Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 22 mai 2019

Dominique Vidal : « Les nationalistes ne sont plus une force marginale mais une force menaçante »

Ils sont 20 chercheurs à avoir scruté et analysé la progression de l’extrême droite dans 24 pays de l’Europe. L’extrême droite est-elle au porte du pouvoir ? Dominique Vidal, journaliste et co-auteur de "Les Nationalistes à l’assaut de l’Europe" (Editions Demopolis), est l’invité de La Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur les élections européennes et l’extrême droite 
« L’enjeu principal des élections européennes, c’est de faire en sorte que la politique européenne change mais, dans cet enjeu, il y a un sous-enjeu important qui est d’empêcher les forces nationalistes, d’extrême droite, populiste, de marquer des points importants pour faire basculer le Parti populaire européen. »

 Sur la progression de l’extrême droite en Europe 
« Il y a 17 pays en Europe où l’extrême droite fait plus de 10%, 9 pays où elle fait plus de 20% et 5 pays où elle fait de 30 à 40%, donc ça n’est pas du tout marginal.
« Les nationalistes dirigent seuls deux pays : la Pologne et la Hongrie et participent à la coalition au pouvoir dans 10 autres Etats. »
« Les nationalistes ne sont plus une force marginale ; ils sont une force menaçante. »

 Sur le terreau commun des nationalismes 
« Il y a une dimension économique et sociale mais il y a aussi la dimension psychosociétale : le chômage, la précarité et la retraite forcée détruisent l’estime de soi de millions d’individus. Ces gens sont beaucoup plus malléables, sensibles, manipulables par des forces qui font jouer ensuite d’autres éléments de crises objectifs, par exemple l’Europe. »
« Il y a une espèce d’obsession des migrants chez les nationalistes qui amènent une xénophobie généralisée, violente. »
« Il y a des hésitations dans certaines forces de gauche. On entend parfois des arguments d’extrême droite repris par des forces de gauche - surtout quand elles se prétendent populistes.

 Sur l’unité du bloc des nationalistes en Europe 
« On ne peut absolument pas parler de bloc uni de l’extrême droite européenne. C’est d’ailleurs l’un des points de faiblesse de la stratégie qui est la leur. »
« Les nationalistes sont divisés en quatre groupes : il y a un éclatement de ces forces traditionnelles et ils sont d’accord sur pas grand chose en réalité. »

 Sur l’extrême droite et le Parti populaire européen (PPE) 
« Même divisés, les rapports de force peuvent faire bouger le PPE. »
« Le droit à l’avortement et le mariage gay sont en danger. »
« La caractéristique de ces forces, dès qu’elles arrivent au pouvoir, c’est de remettre en cause les libertés civiles qui sont les nôtres. »

 Sur l’évolution programmatique de l’extrême droite 
« Il y a une méconnaissance d’un tournant fondamental de ces forces nationalistes qui, hier, voulaient quitter l’Europe et qui, aujourd’hui, veulent s’en emparer. »
« Il y a le feuilleton désastreux du Brexit : ce n’est pas par hasard, à part chez Asselineau et Philippot, qu’on n’entende plus parler de Frexit. Le Brexit est un spectacle épouvantable. »

 Sur l’opposition progressistes versus nationalistes proposée par Emmanuel Macron 
« On ne peut pas être celui qui pousse les électeurs vers Marine Le Pen par sa propre politique en France et, en même temps, se présenter comme un rempart. »
« Les derniers sondages font peur. L’ensemble des forces d’extrême droite sont à plus de 30%. C’est une force considérable. »
« Je crains que Macron ne passe dans l’histoire comme celui qui aura créé les conditions de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en France. »

 Sur le populisme et l’extrême droite 
« Je n’aime pas l’utilisation du terme fasciste ou du terme nazi dans un contexte qui n’est pas celui des années 30. »
« Le populisme n’est pas une doctrine et n’est pas une pensée. Il s’agit d’un discours et de pratiques politiques qui varient d’une période à l’autre, de gauche à droite avec des points communs : le culte du chef, le mépris de la démocratie, le refus de la souveraineté internationale mondialisée ou encore la mise en avant du peuple contre les élites. »
« On n’est pas dans les années 30 du 20ème siècle et nous n’aurons pas, demain, la prise du pouvoir violente par un parti nazi ou fasciste, et encore moins une guerre mondiale ou un génocide mais, à force de dire que nous ne sommes pas dans les années 30, j’ai peur qu’on sous-estime le danger. »
« Il y a deux leçons à retenir : la première, c’est la lâcheté de la droite - c’est-à-dire quand la droite cède et donne le pouvoir à ces forces-là - et la deuxième, c’est la division de la gauche. Si le Parti communiste allemand et le Parti social-démocrate allemand n’avaient pas consacré l’essentiel de leurs forces à se combattre entre eux plutôt que de combattre le nazisme, on aurait évité 50 à 60 millions de morts pour l’Europe. »

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  • Chère Ma

    Visiblement, vous avez compris que cette phrase fait désordre, puisque vous vous inquiétez de son exactitude.

    Jean-Luc Mélenchon ne l’a pas contestée, je n’ai pas de raison de mettre en doute la retranscription du “Monde”.

    En admettant que j’aie pu me rendre su Parlement européen, il aurait fallu que je sache que Mélenchon allait dire cela.

    Mesurez-vous que votre exigence rendrait tout travail journalistique et historique ?

    dominique vidal Le 22 mai à 20:00
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  • A la fin, le mot “impossible” à sauté.

    dominique vidal Le 22 mai à 20:03
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  • Pour que les gauches allemandes ne se combattent pas en 1933, il aurait fallu que le PC allemand oublie que 15 plus tôt le PS au pouvoir avait lancé les milices d’extrême-droite contre lui, les fameux Corps-francs. Ces mêmes sociaux-démocrates qui interdiront après-guerre aux communistes de travailler pour l’administration de la RFA pendant qu’ils y recyclaient les anciens cadres nazis. Puis qu’ils instauraient les plans Hartz qui ont plongé les travailleurs les plus faibles dans la misère.

    Je vous invite à voir le film américain "Jugement à Nuremberg" de 1961 qui vous éclairera sur l’ambiguïté à l’égard des anciens nazis les plus zélés dans l’immédiate après-guerre en Allemagne. En plus c’est un film fabuleux, de la même trempe que "12 hommes en colère" ou "Ne tuez pas l’oiseau moqueur".

    En France, ce sera aussi un PS, François Mitterrand, qui ouvrira les portes du Parlement et des médias officiels au F. Haine pendant qu’il enfonçait le PCF en faisant enfiler une tunique de Nessus aux ministres communistes.

    Oublier les trahisons successives des Soc’-Dem’ ne serait pas un pardon mérité mais de l’amnésie dangereuse.

    John V. Doe Le 22 mai à 23:17
  •  
  • Pour que je puisse mourir un peu moins idiot, Dominique Vidal peut-il clarifier ce qu’est "la souveraineté internationale mondialisée" svp ? Pour le reste, je pense avoir à peu près compris sa vision du populisme dans les grandes lignes...

    carlos Le 23 mai à 17:00
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