Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 8 février 2021

Dr. Benarous : « On a les moyens de contraindre les laboratoires pharmaceutiques à lever les brevets »

Tout le monde en convient, les vaccins doivent être un bien public mondial, accessible de tous. Pour autant, rien n’est fait dans ce sens. Les politiques ont-ils encore du pouvoir ? Le Dr. Richard Benarous, ex-directeur du département des maladies infectieuses à l’institut Cochin, lance une pétition pour exiger la levée des brevets. Il est l’invité de #LaMidinale​.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur les vaccins comme bien public mondial
« Il n’y a pas de volonté politique du côté de la France. »
« Tout le monde en convient, le président Macron, Merkel, l’ensemble de l’Union européenne : les vaccins doivent être un bien public mais strictement rien n’est fait pour obtenir cet objectif. »
« On a les moyens de contraindre les laboratoires pharmaceutiques. Nous ne voulons pas les spolier ni les bouleverser mais nous voulons que les licences soient accordées à toutes les entreprises pharmaceutiques mondiales capables de faire des vaccins. »
« Il y a urgence absolue à vacciner tout le monde et quand je dis tout le monde, c’est toute la population mondiale. Il est extrêmement dangereux de laisser des foyers se développer comme c’est le cas au Brésil. Les laisser se développer c’est laisser aussi les variants se développer. »
« La gratuité pourrait être possible quand on voit les milliards de chiffres d’affaires, comme c’est le cas de Pfizer, qui a par ailleurs bénéficié de beaucoup d’argent public. »
« L’OMS est toute seule. Et elle n’a pas les moyens de contraindre toute seule les laboratoires pharmaceutiques d’accorder les licences. »
« Il est juridiquement prévu la possibilité de lever les contraintes des entreprises : on peut faire ce qu’on appelle les licences d’office qui pourraient aboutir à la gratuité. »
« Les entreprises vont comprendre qu’elles ont intérêt à accorder des licences aux entreprises qui sont capables de produire les vaccins. »
« On peut mobiliser, réquisitionner s’il y a une réticence majeure, les outils de production pour produire les vaccins. »

Sur le retard de la France en matière de recherche médicale
« Non, les pays européens n’ont pas abandonné la recherche en matière de vaccins. »
« Moderna a été développé par beaucoup de hauts cadres de Sanofi. »
« BioNTech est une entreprise allemande, européenne de biotechnologies. »
« L’institut Pasteur a développé des voies intéressantes sans y parvenir encore mais il y a des choses intéressantes qui sortent. »
« En France, il y a un défaut de financement de la recherche publique fondamentale et des biotechnologies. Il n’y a pas de relations fortes entre l’industrie pharmaceutique et les entreprises de biotechnologies. »
« En France, les entreprises comme Sanofi vont faire leur marché aux Etats-Unis. »
« Le gouvernement et le président Macron ont pris la bonne décision de créer une agence de recherche sur les maladies infectieuses en absorbant l’ANRS (l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales) : ils lui ont donné 2 millions d’argent supplémentaires. On fait face à une pandémie, on sait qu’il y en aura d’autres et on ne donne que 2 millions ? »

Sur le confinement et la stratégie du gouvernement
« Arnaud Fontanet a raison (…) : les spécialistes sont assez pessimistes quant au développement de l’infection en France et en Europe. Un reconfinement sera sûrement indispensable. »
« On sait qu’un reconfinement poserait des problèmes : il faut arbitrer mais ne pas jeter la pierre à tout le monde. »
« L’urgence première, ce sont les vaccins. »

Sur la démocratie sanitaire
« Il y a une insuffisance de mobilisation globale et de décisions partagées avec les entreprises, les enseignants, les universités et les différentes organisations. »
« On court après le virus, c’est lui qui mène la danse. Il faut l’arrêter avec les vaccins et les antiviraux. »
« Il faut penser aux antiviraux. La recherche sur les antiviraux, qui sera plus longue, doit bénéficier de moyens importants. »

Sur les brevets sur toutes les recherches
« Il faudrait revoir les règles juridiques sur les brevets : c’est une négociation qui sera longue et qui demande réflexion. »
« Ce qu’il y a d’intéressant avec les brevets, même ceux qui durent 20 ans, c’est qu’ils obligent à publier les résultats technologiques. »
« Aujourd’hui, on a trop tendance à privilégier la propriété privée par rapport à la publication. »

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