Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 10 septembre 2019

Droits humains et libertés : « La France manque tragiquement à son destin »

Demain s’ouvre le procès des « décrocheurs de portraits ». Quelle justice pour ces lanceurs d’alerte ? Y a-t-il une justice politique ? William Bourdon et Vincent Brengarth, avocats au barreau de Paris (défenseurs de Lula, des Sept de Briançon ou encore des militants de Extinction Rebellion), sont les invités de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur le procès des décrocheurs de portraits 
« Il y a un mouvement dynamique (…) d’une criminalisation, d’une persécution de ceux qui disent leur colère et leur exaspération devant le fait que les grands intérêts publics - la santé, l’environnement - sont menacés et que, de façon paradoxale, les dirigeants de la planète sont perçus comme ne se donnant pas ni la volonté ni les moyens de répondre à cette menace. »
« Il y a une forme d’instrumentalisation de la justice par le pouvoir politique avec des décisions extrêmement lourdes. »
« Il y a une volonté du gouvernement de déléguer au pouvoir judiciaire ce qui normalement devrait connaitre une réponse politique. »

 Sur les droits et libertés en France 
« Il y a une réduction, une érosion à bas bruit, souterraine, sournoise des libertés. On l’a dénoncé au moment de la mise en œuvre de l’Etat d’urgence. »
« Il y a une déshumanisation et une perte de contact avec les idéaux de solidarité et de fraternité : la France manque tragiquement à son destin et ses obligations historiques s’agissant de la situation des migrants. »
« Il y a une société civile qui ne peut que se radicaliser proportionnellement au sentiment de ne recevoir que des crachats ou des portes fermées. »
« Pour disqualifier les voix dissidentes, on les pousse à la radicalité : effet d’aubaine pour une criminalisation. »

 Sur la justice envers les lanceurs d’alerte 
« Le recours à la justice est imposé : ça permet de porter une parole tout en étant menacé et exposé par un risque d’emprisonnement. »
« Il y a une balance d’intérêt, un équilibre à trouver entre la sanction pénale et la motivation politique. »
« Il y a des juges qui résistent et qui voient bien l’émergence de la colère citoyenne. »
« Il y a une autorité politique relayée par les procureurs - même s’il y a aussi des résistances ces les procureurs - qui essaient d’imposer cette logique de criminalisation et il y a les juges du siège qui sont à l’écoute de cette inquiétude de colère citoyennes qui sont capables de rendre des décisions de relaxes ou des décisions bienveillantes. »

 Sur la « justice politique » et la tribune dans le JDD signée par 6.000 personnalités 
« Toute l’histoire de la justice française est émaillée de très grands scandales où le politique était terriblement intrusif : sous Nicolas Sarkozy, c’était au-delà de la caricature. »
« Un des bilans positifs de Hollande - il y en a pas 36.000 donc on peut s’en réjouir -, c’est le fait qu’il y a eu une forme de restauration de l’indépendance du juge. Sous Macron, on fait des pas en arrière. »
« Est-ce qu’on peut considérer que ce que dit Jean-Luc Mélenchon est parole d’évangile quand il dit qu’il a fait l’objet d’une persécution politique ? De mon point de vue, non. »
« La lutte contre la corruption est instrumentalisée dans certains pays pour abattre un certain nombre d’opposants ou de voix dissidentes : c’est devenu l’arme létale pour tuer politiquement. »
« La comparaison avec Mélenchon me parait opportuniste. »

 Sur l’indépendance de la justice 
« Mélenchon pointe une vérité objective : le Parquet, constitutionnellement, est sous la hiérarchie de la Garde des Sceaux. Donc du gouvernement. »
« Il faut absolument que la réforme constitutionnelle lève complètement les soupçons sur l’absence d’indépendance du Parquet. »
« Tant que le Parquet ne sera pas libéré de sa dépendance vis-à-vis du pouvoir politique, vous aurez systématiquement une suspicion. »
« C’est une telle saga depuis 50 ans cette histoire d’indépendance de la justice (…). On a quelques raisons d’être sceptiques [sur le projet de réforme constitutionnelle]. »
« Il y a une plaie, un poison derrière tout ça : les effets pervers de la lutte contre le terrorisme. »
« Il y a une instrumentalisation de la lutte contre le terrorisme à des fins qui ne sont pas la lutte contre le terrorisme : que ça soit contre les migrants ou les voix dissidentes. »
« Ce que nous vivons en ce moment, c’est exactement la duplication de ce que dénonçaient les grandes consciences dans la deuxième moitié du 19ème siècle, qui dénoncent les lois scélérates utilisées contre les voix dissidentes : c’est un peu ce qui est en train de se passer. »

 Sur la judiciarisation du débat public 
« Les juridictions sont précisément là pour pallier les carences des pouvoirs publics. »
« La seule possibilité aujourd’hui - face à l’urgence climatique par exemple -, c’est de faire appel au juge pour mettre le législateur face à ses propres engagements. »
« Il y a une crise de la démocratie avec une perte de confiance dans la parole et l’action publiques. Il y a une démonétisation des corps intermédiaires. Toutes ces créances d’action ou de protection, sur tous les domaines de la vie sociale, s’exercent de manière de plus en plus radicale (…) et se déversent partout : dans l’enceinte scolaire, dans l’enceinte hospitalière, dans l’enceinte judiciaire. »
« Dans la radicalité, il y a un épuisement de la cause qui fait que vous allez perdre le contact avec ceux là mêmes que vous voulez rassembler et fédérer autour de vous, c’est-à-dire le plus grand nombre de citoyens. »

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  • Vous n’avez toujours pas compris comment enregistrer le son correctement et c’est pénible !
    Le fait que vous fassiez des efforts ne vous dispense pas de persévérer !
    2 micros cravate c’est mieux, mais ça serait encore mieux s’ils étaient bon ce qui n’est pas le cas actuellement.
    Le choix des lieux de leur calme et de leur acoustique est aussi déterminant.
    Une post-production sérieuse (mixage) est aussi indispensable.
    Tout cela est d’autant plus dommage que vos interview pourraient être au moins intéressants, mais ça c’est un autre problème...
    Merci tout de même pour votre travail.

    Philippe Le 10 septembre à 21:08
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