Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 8 mars 2021

Elisa Rojas : « Le féminisme est multiple mais il est encore trop blanc, trop valide et trop hétérocentré »

Elle fait la Une de Marie-Claire, elle vient de sortir Mister T & moi aux éditions La Belle Étoile, elle est avocate et féministe : en ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, Élisa Rojas est l’invitée de #LaMidinale

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur l’héritage #MeToo et la journée internationale des droits des femmes 
« Si politiquement, il n’y a pas de décisions ni de moyens mis en place, rien ne peut changer. »
« Aujourd’hui, il y a une prise de conscience plus importante, généralisée, amplifiée par les réseaux sociaux sur ces questions. C’est une étape mais rien n’est magique et ça ne suffit pas à modifier la réalité de façon instantanée. »
« Être militant n’est pas incompatible avec la joie. »
« Le féminisme est multiple en revanche je pense qu’il est encore trop blanc, trop valide et trop hétérocentré. »
« Je crains qu’il y ait encore des femmes qui sont encore sous représentées. »

 Sur la couverture de Marie-Claire  
« En France, tout arrive tardivement et on a toujours 150 ans de retard sur quasiment tout. »
« Cette Une qui a déjà été faite aux Etats-Unis arrive tard, comme le reste. »
« J’ai l’impression qu’on est un pays très réactionnaire. »

 Sur la dépolitisation des questions de handicap  
« Il devrait y avoir un clivage droite/gauche sur les questions de handicap. »
« Si la gauche jouait son rôle, il devrait y avoir une politique de gauche du handicap et ça n’est pas le cas. »
« Cette question du handicap a été dépolitisée par tout le monde : les associations comme les partis. »
« On oublie que le handicap est une question politique avec des choix politiques qui ne sont pas neutres et sont le fruit d’une idéologie. »
« À gauche, il devrait y avoir des propositions qui aillent dans le sens de l’égalité, de la non discrimination et de l’émancipation. »
« À gauche, dès que vous parlez de handicap, le radar se brouille. »
« Il faut passer du modèle médical au modèle social du handicap. Tant que la gauche n’aura pas compris ça, elle ne sera pas à la hauteur des enjeux. »

 Sur le désir 
« On a tendance à croire que le désir est naturel et que tout est lié à la nature alors que le désir est construit pour tout le monde. Et quand c’est construit c’est qu’on peut agir dessus, on peut modifier. »
« Notre liberté est limitée : on est conditionné et formaté à désirer certaines personnes plus que d’autres. »
« Il faut modifier et travailler les représentations : ça permettrait d’ouvrir les possibles en matière de désir. »
« Quand on commence à décortiquer nos fantasmes et nos désirs, j’ai l’impression qu’ils se désagrègent et ça laisse de l’espace à autre chose, ça ouvre d’autres possibles - à des relations que peut-être vous n’aviez jamais envisagées jusque-là. »

 Sur les différences femme-homme pour les personnes en situation de handicap 
« Il y a des problèmes communs que l’on soit une femme ou un homme handicapé, notamment l’infantilisation, le fait de considérer que l’on est asexué ou que l’on n’a pas de genre. »
« Les hommes handicapés ne sont pas sensés répondre aux injonction de la masculinité - tout comme les femmes, à celles du féminin, de l’attraction ou de la beauté. »
« Il est plus difficile pour une femme handicapée de trouver un partenaire, notamment un homme, parce qu’elle est supposée avoir une fonction particulière qui fait qu’il est considéré comme incompréhensible qu’un homme valide fasse le choix d’une partenaire handicapée - si ce n’est pour la dominer doublement. »
« Comme les femmes sont supposées être plus aptes que la moyenne à prendre soin d’un partenaire et de remplir le rôle de soutien affectif, on va plus facilement comprendre qu’un homme handicapé trouve un compagne qui va être considéré comme son infirmière. Ce qui est grave car cela empêche également de considérer qu’il s’agit d’une relation égalitaire. »

 Sur la radicalité 
« Les étiquettes ne me font pas peur parce que je m’en fous : les gens peuvent bien me mettre dans la case qu’ils veulent, je sais d’où je viens, qui je suis, où je vais. »
« Qu’on m’appelle islamogauchiste ou quoique ce soit, ça me passe au-dessus de la tête parce que je sais ce que je veux comme type de société et ce que j’ai envie de construire avec d’autres personnes qui pensent que l’on peut modifier les choses. »
« Le terme radical est relatif : ce qui vous paraît radical aujourd’hui sera la réalité de demain. »
« Il y a eu un moment dans l’histoire où dire que les femmes devaient pouvoir voter, c’était radical, porté par des femmes radicales qui avaient des méthodes radicales. »
« Radical, ça veut dire aller à la racine d’une difficulté ou d’un problème. »
« Certains trouvent que je suis radical en matière de handicap. Mais il se trouve qu’à ce jour, je défends ce que défend l’ONU - et ce ne sont pas de dangereux gauchistes. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.