Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 2 septembre 2022

« En France, le monde de la critique radicale de l’école est encore très petit bourgeois »

À l’occasion de la réédition de Lettre à une enseignante par les élèves de l’école de Barbiana aux éditions Agone, l’historienne Laurence De Cock, autrice de la préface de l’ouvrage, est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur l’école de Barbiana du prêtre Don Lorenzo Milano
« Barbiana est une école fondée par Don Lorenzo Milani au coeur de la Toscane rurale et très montagneuse à la fin des années 60. »
« Quand il arrive dans le hameau, Don Milani s’aperçoit que la plupart des enfants de sa paroisse ont été recalés par l’école publique. »
« Il va travailler avec des méthodes qui vont susciter le désir d’apprendre et de connaitre : c’est une réconciliation avec le savoir - et pas uniquement les savoirs traditionnels du monde paysan mais des savoirs plus classiques et livresques. »
« Il part des connaissances empiriques des élèves avec le désir de les généraliser. »
« Il décide, à la fin des années 60, de lancer un cri à la société italienne en faisant dire à ses élèves qu’ils sont le produit du dysfonctionnement de la société italienne alors qu’ils ne peuvent compter que sur l’école publique s’ils veulent sortir de leur milieu. »

Sur l’ouvrage « Lettre à une enseignante »
« “Lettre à une enseignante” est une déclaration de guerre à l’école publique, c’est un texte violent, quelque chose est fait pour nous déranger : soit ça change, soit vous allez morfler. »
« L’identité de classe, les élèves de Barbiana l’ont spontanément. La conscience de classe est le produit de l’éducation. Don Lorenzo Milani est celui qui rend possible la conscientisation et la transformation d’une classe d’hyper dominés en des puissances d’agir avec des capacités d’action. »
« La place de la religion catholique [dans l’enseignement de Don Lorenzo Milani] est nulle. »
« L’idée que la culture classique aurait spontanément un potentiel émancipateur est un point de débat entre Pasolini et les enfants de Barbiana. »

Sur la mixité sociale à l’école
« La mixité sociale à l’école est un principe d’incantation : quand on regarde concrètement comment fonctionne l’école en général, la répartition selon des logiques de classe est encore extrêmement vivante. »
« La mixité sociale doit rester un idéal : tous les travaux montrent que la mixité sociale est bénéfique dans les classes et pour ceux qui en ont le plus besoin et pour ceux qui en ont le moins besoin. Mais elle ne doit pas être une sorte d’incantation vague comme si ce n’était qu’une responsabilité de l’école et que derrière, il ne devait pas y avoir une politique plus globale de redistribution des richesses dans la société toute entière. »

Sur les critiques de gauche de l’école
« Aujourd’hui, quand on réfléchit à l’histoire de la critique radicale de gauche de l’école, c’est pour faire exploser tout le cadre étatique de l’éducation et de responsabilité publique de la mission éducative. »
« A chaque fois, la critique qui est faite et que l’on retrouve notamment dans certains textes de LundiMatin, c’est de dire que l’école d’Etat est pénible, autoritaire, militarisée et empêche de penser. Compte tenu des dysfonctionnements de l’école publique, c’est parfois tout à fait juste. Mais à aucun moment, ce qui m’étonne, c’est qu’il n’y eu d’ouvrage comme celui des élèves de Barbiana, qui ne remette pas en cause le principe de l’école publique mais qui lui dise de faire son boulot ! »
« Le monde de la critique radicale de l’école en France est encore très petit bourgeois. »

Sur les conditions d’enseignement aujourd’hui
« A la fin de mon introduction, je me pose la question de savoir si c’est le moment de poser cette critique-là : les profs sont laminés, pendant 5 ans, on a été piétinés vertement par Jean-Michel Blanquer… Et il y avait une interrogation que de publier aujourd’hui un ouvrage qui met en accusation le corps professoral. »
« Si un enfant très pauvre a confiance dans le corps enseignant, c’est un bon point de départ. »
« Ce qui nous empêche de travailler, ce sont des politiques gouvernementales qui transforment notre métier d’enseignant. »

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  • Les classes sont résilientes. Les classes sociales, pas scolaires. Bien sûr que l’égalité des chances est un mythe, entretenu par les démagogues. Un enfant né dans une famille aisée a bien plus de chances de réussite qu’un enfant d’origine modeste, de la banlieue ou de la campagne. La sociologie des élèves de la Légion d’Honneur, d’Henri IV ou de la rue d’Ulm le montre assez.

    Faut-il s’en indigner ? Oui, mais d’un autre côté on ne saurait critiquer des parents aisés de faire usage de leur argent pour contribuer à l’éducation de leurs enfants. Peuvent-ils en trouver un qui soit meilleur ? Si l’on veut l’égalité parfaite en matière éducative, il faudrait donner le même revenu à toutes les familles, ce qui contreviendrait au principe ‘à travail égal, salaire égal’, qui fait l’unanimité. Cet aspect de l’iniquité éducative est accentué par la nécessité pour tout enseignement en tant que mission régalienne d’être élitiste : si l’on donne des diplômes à tout le monde, y compris ceux des meilleures filières, ils n’auront plus de valeur et l’ascenseur social sera encore plus poussif qu’il n’est déjà.

    Glycère BENOIT Le 3 septembre à 09:06
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