Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 25 novembre 2020

Éric Coquerel : « On a aujourd’hui le programme de l’extrême droite au pouvoir dans notre pays »

Violences policières, proposition de loi pour une sécurité globale, accueil des exilés : le député La France insoumise Éric Coquerel, est l’invité de la Midinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le moment politique que l’on vit actuellement 
« On a glissé d’un cran vers un régime autoritaire et liberticide. »
« Cela fait deux ans que l’on vit une des gestions des mobilisations sociales la plus répressive en termes de proportionnalité de toute la Cinquième République ; on a eu des lois de prolongation et d’intégration de l’état d’urgence dans les lois communes qui ignorent totalement la question de répartition des pouvoirs et de l’Etat de droit ; et maintenant, on a le Covid… Pour ce dernier, on aurait pu penser que la question de privation des libertés publiques était peut-être nécessaire pour des raisons sanitaires mais ce qui est dramatique, c’est que le gouvernement (et on l’a vu encore hier soir avec l’allocution du Président de la République) n’envisage pas d’autres alternatives au confinement que de continuer les privations de liberté et surtout qu’il utilise le moment pour faire passer des lois qui nous font être pointés doigts par toutes les associations et instances internationales attachées aux droits de l’homme, y compris l’ONU. »

 Sur la cote de popularité d’Emmanuel Macron 
« Je me méfie de ce genre de sondage : François Hollande avait aussi des sondages qui lui donnait une cote de popularité importante au moment des affaires de terrorisme, ce qui ne l’a pas empêché de ne même pas pouvoir se représenter tellement les gens étaient déçus par sa politique. »
« Dans une situation comme celle que nous vivons actuellement, d’angoisse et de stress, de repli sur son propre sort (ce qui est normal quand on a affaire à une épidémie de ce type), les ressors font que l’on essaie de se raccrocher à ce qui peut représenter l’autorité. »
« Les professions, les unes après les autres - et cela commence à faire beaucoup de monde -, sont de plus en plus colère, des gens qui versent dans la pauvreté sont en colère, les salariés qui sont obligés d’aller travailler dans des conditions sanitaires anormales sont en colère, les enseignants en colère… Additionnés, je trouve cela bizarre qu’à la fin, cela fasse des sondages de popularité de la sorte. »

 Sur la proposition de loi « pour une sécurité globale » 
« Avec Emmanuel Macron, de manière caricaturale, les droits du Parlement sont contournés et ignorés avec une majorité qui semble plus encline à applaudir à tout rompre qu’à réfléchir. »
« La majorité a fait une mistoufle : ils ont profité d’une proposition de loi de la majorité pour y mettre tout ce qu’ils voulaient y ajouter, ce qui leur a évité une étude d’impact, l’avis en amont du Conseil d’Etat, et le débat parlementaire normal pour une loi de cette importance. »
« Politiquement, on assiste à une alliance de l’extrême droite à En Marche en passant par Les Républicains. La majorité, en réalité, récite la leçon de l’extrême droite, jusque dans le vocabulaire et la façon de réagir. »
« M. Darmanin en 2017, lorsqu’il était dans l’équipe de campagne de M. Fillon, avait dit que M. Macron allait ouvrir à Mme Le Pen s’il était élu. J’espère que cela ne sera pas le cas en 2022 mais on peut d’ores et déjà dire qu’il a ouvert la voie au programme du Rassemblement national. »
« On a aujourd’hui le programme de l’extrême droite au pouvoir dans notre pays. »

 Sur ce qui se passera si la proposition de loi « pour une sécurité globale » est votée 
« Il va y avoir deux saisines du Conseil Constitutionnel : celle du Premier Ministre sur l’article 24 et celle que nous allons déposer avec le Parti socialiste et le Parti communiste sur l’ensemble du texte. »
« La majorité est gênée aux entournures : l’article 24 a été réécrit de façon totalement superficielle, simplement en rajoutant « manifestement » et « le respect de la liberté de la presse », mais ils annoncent qu’ils vont continuer à le réécrire. »
« Dans cette loi, il y a des choses extrêmement inquiétantes qui commencent à ressembler à big brother is watching you : 1984 de George Orwell est un bouquin de fiction parce qu’on n’avait pas, à l’époque, les moyens techniques de regarder tout le monde mais aujourd’hui, on les a. »
« Si jamais les deux saisines ne marchent pas, la loi va continuer sa navette parlementaire et je compte sur la mobilisation pour faire plier la majorité. On a déjà vu des mobilisations faire reculer un gouvernement. Je pense que la mobilisation de samedi par exemple, à 14h sur la place de la République, va être extrêmement importante. »
« La jeunesse est en train de se mobiliser sur la question des libertés. »

 Sur la fracture entre la police et la population 
« Cette fracture est de plus en plus profonde parce que les messages envoyés par Gérald Darmanin sont terribles. »
« Je dis Gérald Darmanin mais je n’oublie pas qu’il y a Emmanuel Macron derrière. »
« Un geste d’apaisement aurait constitué à limoger le préfet de police de Paris Didier Lallement qui a été mis là des fins précises : c’est l’un des rares préfets de police à avoir félicité la police après qu’un député, Loïc Prudhomme, a été frappé dans une manifestation par la police… »
« Cette politique menée par Emmanuel Macron et Gérald Darmanin est voulue et elle a eu, même si son bilan n’était pas bon, la peau de Christophe Castaner. »
« Quand M. Castaner a évoqué la limitation de l’utilisation de certaines armes qui sont interdites partout en Europe sauf en France pour faire face aux mobilisations sociales, quand il a parlé des techniques d’étranglement, quand il a parlé d’être impitoyable avec les éléments racistes dans la police, il a suffi de quelques jours pour que les syndicats de police obtiennent sa peau. »
« On a un pouvoir qui n’ose plus rien faire : il a enfanté d’un monstre. Ils ont tout lâché parce que la police a été le seul bouclier qui a permis au pouvoir de résister face à la mobilisation des gilets jaunes puis des retraites et aujourd’hui, ils obéissent aux éléments les plus extrêmes. »
« Sur le terrain, on se demande qui donne les ordres imbéciles de lundi soir [place de la République à Paris] : charger une place avec suffisamment de policiers au lieu d’attendre parce que, dans la mesure où c’était un acte symbolique, la place aurait fini par être évacuée d’elle-même. »

 Sur les propositions de la France insoumise en matière de police 
« Si demain on gouverne, la première chose, c’est de revoir de fond en comble la police. »
« Il ne faut pas ignorer que le métier de policier est dur : il faut leur donner des moyens humains et matériels pour qu’ils puissent faire leur métier dans des conditions correctes. »
« Il faut changer la doctrine qui fait que l’on est passé du maintien de la paix au maintien de l’ordre, d’une politique de prévention avec la police de proximité que l’on veut remiser sur les polices municipales à une politique qui intègre la question de la prévention et de la répression quand c’est nécessaire. »
« Si on enlève la police du quotidien, c’est-à-dire de prévention, il n’y a plus que l’aspect répressif. Dès lors, le consentement par la population devient de plus en plus difficile. »
« Il faut aussi recruter des officiers de police judiciaire parce que c’est nécessaire pour mener des enquêtes. »
« Il faut redonner une formation normale aux futurs policiers : elle n’a pas arrêté d’être diminuée. »
« Il faut faire en sorte que les éléments de la police qui ont des sympathie pour des thèses suprématistes ou racistes, n’aient pas leur place dans la police. »
« Il faut que la police redevienne entièrement républicaine - à l’image, d’ailleurs, de beaucoup de policiers. »
« Par rapport à lundi place de la République à Paris : que chacun fasse son métier. Je ne sais pas ce que fait la BAC, dont on demande la dissolution, dans des manifestations dont ce n’est pas le boulot et où elle envenime considérablement les choses. »

 Sur le traitement des exilés en France 
« Ce qui s’est passé lundi est au-delà du tolérable. »
« Lundi, c’est la préfiguration de ce qui se serait passé si la loi pour une sécurité globale était passée. »
« 500 personnes ont été mises à la rue et on a voulu les invisibiliser en cassant leur matériel. »
« C’était une manifestation totalement pacifique rassemblant des avocats, des élus qu’on a empêché de protéger les manifestants et des journalistes qu’on a empêché de témoigner. »
« Sur les réfugiés, dans un moment où les frontières sont quasiment fermées, il est incroyable que l’on n’ait pas un centre d’accueil digne de ce nom dans la capitale de la sixième puissance économique au monde. »
« La plupart de ces exilés ne partiront pas : même avec une politique du soi-disant tout expulsion, techniquement, financièrement et administrativement, ce n’est pas possible. La plupart des gens qui sont sur notre sol et qui veulent y rester, il faut envisager leur régularisation massive, à commencer par ceux qui travaillent dans ce pays, ce qui y étudient aussi. »
« L’arrivée des réfugiés a considérablement diminué avec le Covid donc il n’y a pas d’appel d’air comme disent certains. »
« On parle là d’uniquement quelques dizaines de milliers de personnes dans le pays, pas plus. »
« Il faut gérer les causes des départs et, tant qu’on ne les a pas gérées, il faut gérer l’accueil. Les deux choses sont nécessaires. »
« L’idée que des gens soient contraints de partir n’est jamais une satisfaction. »
« La plupart souhaitent vivre dans leur pays et ne veulent pas être déracinés. »
« Nous avons nous, les pays industrialisés et développés, la plupart des responsabilités dans la fragilité des cadres géostratégiques qui provoquent des guerres, dans le libre-échange économique qu’on impose à des économies déjà très fragiles et dans la question climatique car c’est nos pays qui polluent le plus. »
« Il faut créer les conditions géostratégiques, c’est-à-dire, en gros, la paix, mais aussi économiques et climatiques pour que les gens ne soient pas obligés de déménager quand ils n’en ont pas envie - mais en attendant, il faut les accueillir. »

 Sur le Parti socialiste et les attaques d’Anne Hidalgo et d’Olivier Faure 
« Olivier Faure, il dit des choses et puis tout son contraire la semaine suivante. »
« Pour nous, la laïcité est un des fondements de la République. Mais je ne sais pas si on a la même conception avec Olivier Faure : nous, on a celle de 1905. »
« J’appelle les gens qui se réclament de gauche à ne pas se tromper. »
« L’extrême droite a marqué des points idéologiques dans ce pays. »
« C’est avant tout l’extrême droite qui a utilisé la laïcité contre une seule religion. »
« On ne sait pas trop à quoi Anne Hidalgo fait référence et sur quoi elle s’appuie. »
« Le discours d’Anne Hidalgo est un discours vallsiste. »
« Quand on est à gauche, on défend les victimes des inégalités et des discriminations. »
« Quand il y a une gauche qui sert à transférer l’idéologie d’extrême droite, ça n’est plus la gauche. »
« J’ai plutôt envie qu’Olivier Faure verse du bon côté donc je ne vais pas l’agresser en disant que c’est fini, c’est foutu ou qu’il est passé dans le mauvais camp. »
« Ils feraient mieux d’exiger, comme nous, le respect de la loi de la laïcité en demandant qu’on arrête de financer les écoles privées hors contrat. »

 Sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon  
« C’est les écologistes qui ont commencé à dire qu’ils auraient un candidat. »
« Pour l’instant, on n’exclut pas que d’autres forces politiques se joignent à la France insoumise pour soutenir Jean-Luc Mélenchon. »
« On va aller voir les différents partis et on va discuter du programme. »
« Il y aura de toute façon une candidature de type social-libérale ou écolo-libérale qui existera. Il y a quand même deux lignes à gauche et on aura du mal qu’ils acceptent notre ligne de rupture. »
« Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on est légitime à proposer que ça soit Jean-Luc Mélenchon le candidat. »

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