Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 24 septembre 2020

Eric Piolle : « Mon but, c’est la conquête du pouvoir »

On le voit partout en ce moment. Dans les médias, aux côtés d’Anne Hidalgo, de Jean-Luc Mélenchon, de François Ruffin. Il est un nouveau visage de la vie politique. Le maire écologiste de Grenoble, Eric Piolle, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur sa prise de conscience écolo
« Il y a un rapport qui est décentré du caractère dominant de l’humain parce que très jeune, je fais face à la montagne et parce qu’il y a aussi une forme d’humilité face aux éléments. Je vivais dans un monde ou la contemplation et où l’humilité face aux éléments étaient très présents. »
« Mon premier engagement est plutôt d’ordre social, au lycée via la soutien scolaire pour les enfants des milieux défavorisés, puis à Amnesty ou pour l’abolition de la torture et dans des syndicats lycéens. Et plus tard, à l’âge adulte, auprès des sans papiers. »
« Pour moi, la bascule politique s’est faite au début des années 2000 quand une collègue de travail m’a fait lire un bouquin du directeur de Greenpeace pour les négociations de Kyoto, Jeremy Leggett, La Guerre du Carbone. Il y décrit les négociations et notamment le lobbying des multinationales. »
« Les lectures qui ont nourries mon engagement ou mes réflexions sont celles de Georges Bataille, Réné Girard, Edgar Morin, Françoise Héritier ou Michelle Perrot.

Sur la nostalgie de l’histoire de la gauche
« Je ne suis pas du tout nostalgique. Je donne des références historiques mais je ne suis pas nostalgique de ces années-là. »
« Je fais beaucoup référence à la Commune parce qu’il y a une dimension sociale, sociétale et émancipatrice qui m’intéresse vivement. »
« Il y a une façon de faire, une éthique et une dimension collective chez Jospin qui est pour moi très riche. »
« Mon engagement est tourné vers l’avenir. Il faut fédérer l’arc humaniste pour porter un projet de transformation qui part du sens et qui réintroduit la spiritualité dans la politique comme un vecteur de transformation et qui vient recomposer un contrat social et une mythologie positive commune. »
« Mon but c’est la conquête du pouvoir. »

Sur les échecs de la gauche
« Il y a la difficulté d’un PS hégémonique à changer radicalement son projet qui est un projet productiviste et dont l’objectif est la croissance du PIB pour redistribuer ensuite. C’était possible dans les années des Trente Glorieuses mais ça n’est plus un projet adapté aujourd’hui. »
« La question du sens comme vecteur de transformation est très importante. Je ne suis pas branché sur l’urgence écologique, qui reste un moteur d’action pour plein de gens avec les marches climats et c’est important, mais le vecteur de transformation c’est : que voulons-nous vivre, à quoi sommes-nous attachés, et qu’est-ce que nous sommes prêts à lâcher pour conserver ce à quoi nous sommes attachés. C’est une redéfinition de l’ordre social, de l’équilibre dans lequel on se dit : 1- la lutte pour l’égalité. 2- la liberté, la fraternité. Et comment dans tout cela, le projet écolo, est un projet de progrès écologique. »

Sur la tentation hégémonique à gauche
« Est-ce qu’il y a, à la FI, une tentation hégémonique ou est-ce qu’ils veulent une politique de la terre brûlée en finissant les autres espaces pour reconstruire quelque chose ? Je ne sais pas. »
« La FI est un espace de transformation politique extrêmement fort qui amène énormément en termes de contributions politiques par le travail intellectuel. Est-ce que c’est un espace gagnant ? Je ne le crois pas. À partir du moment où ça n’est pas un espace gagnant, on ne peut pas dire qu’il ait une vocation hégémonique. Il peut y avoir une question de prédominance pour garder son pré-carré mais le PS avait une chance sur deux de gagner, donc il avait une tentation hégémonique. Aujourd’hui, personne n’a une chance sur deux de gagner. Et y’a pas plus de raison d’avoir cette tentation hégémonique chez les écologistes. »
« J’ai la conviction depuis 2010 que nous partageons un projet politique commun. Il faut se mettre au service d’un projet qui nous dépasse. »

Sur la société de sobriété et le rôle de l’Etat
« Il y a une majorité culturelle pour cela [pour changer les modes de vie]. »
« L’écologie est clivante dans la société mais elle est aussi clivante dans chacun de nous : on peut continuer à faire la 5G, la 6G, on peut continuer à cloner les humains, on peut continuer à prendre l’avion, on peut continuer à chercher tout le pétrole du monde, mais faut-il le faire ? »
« La démocratie est nécessaire. Écologie et démocratie sont indissociables. On ne peut pas renoncer à nos libertés. »
« L’Etat passe un contrat avec la nation pour garantir des éléments de sécurité et de prospérité. C’est un niveau fondamental qui est extrêmement important. »
« L’Etat pour moi doit être un Etat stratège. »
« Il faut d’un côté un Etat stratège qui produit du consensus sur les grands sujets et qui assure des missions régaliennes et de l’autre, une subsidiarité qui permette de faire du projet concret et de dépasser les clivages. »

 Sur son rapport au capitalisme  
« Est-ce que nous sommes pour une économie de marché dans laquelle on définit des pans de l’économie qui relève des biens communs et d’une gestion autre - publique, parapublique ou paritaire ? (…) Moi, je veux réfléchir à où l’on met le curseur par rapport à l’économie de marché : notre système de retraite, où le met-on ? Notre système de santé, où le met-on ? »
« La réflexion sur l’endroit où l’on met les curseurs par rapport à l’économie de marché est assez consensuelle : même lorsqu’il y a eu des clivages entre les différents éléments de la gauche sur l’économie de marché, à la fin, au delà des débats de politique politicienne, il y a un consensus partagé. »
« Personne aujourd’hui ne pousse pour une économie dont les outils seraient entièrement publics - comme quand j’allais en Tchécoslovaquie avant la chute du Mur et où toutes les librairies étaient des librairies d’Etat. »
« La question du capitalisme, c’est l’équilibre entre la rente, le stock et le patrimoine d’un côté et le travail de l’autre. »
« Si on regarde les écarts de revenus en France, ils sont importants. Si on regarde les écarts de patrimoine, ils sont juste monstrueux et ils s’agrandissent de façon incroyable : la correction des situations de naissance devient de plus en plus compliquée. »

 Sur la sécurité 
« Face à une sorte d’échec des politiques de sécurité successives, tout le monde s’est mis à faire du vent pour ne pas apparaître comme ne faisant rien : c’est le cas lorsqu’on installe des caméras dans l’espace public. »
« Il faut plus de police, nationale et municipale. A Grenoble, on a l’une des polices municipales les plus importantes de France. »
« Gérald Darmanin assume être en échec face aux trafics de drogue (et c’est un constat que je partage) et qu’il n’y a pas assez de policiers. »
« Les armes à feu, ce n’est pas fait pour pourchasser les méchants, c’est un outil de légitime défense. La question, c’est : est-ce que l’on est plus protégé ou pas avec une arme à feu ? Moi, j’ai considéré que c’était plus protecteur de ne pas en avoir. »
« Le problème, c’est qu’il n’y a plus de police nationale, donc régalienne, au milieu des habitants. »

 Sur les deux gauches irréconciliables 
« C’est Manuel Valls qui est irréconciliable avec la gauche. »
« Il y a une gauche en mutation, celle qui était productiviste, croissanciste, centrée et organisée sur la redistribution de la croissance : elle est en train d’évoluer en se rendant compte que ça ne marche pas dans la mesure où cela fait 40 ans qu’il n’y a plus de croissance. »

 Sur la présidentielle 2022 
« Nous avons un vrai espace pour gagner en 2022 et je viens contribuer pour que ce collectif se créer pour rendre possible la victoire. »
« Ce n’est pas encore l’heure d’être candidat à la primaire des écologistes : pour l’instant, je travaille à construire ce que je pense être cet espace politique à fédérer. »
« La capacité à créer une équipe avec quelqu’un pour conduire cette équipe à la victoire, ça sera aussi la confiance dans le projet qui est porté et dans le fait qu’il sera mis en oeuvre. »
« Si on va à la présidentielle éparpillés façon puzzle, on sait très bien qu’on ira voter au second tour pour Emmanuel Macron ou un candidat de droite en serrant les fesses en se demandant si c’est cette fois-ci que Marine Le Pen va passer ou la fois d’après. »
« Le présidentialisme jupitérien de Macron, c’est cuit : je ne crois pas à la rencontre d’un homme providentiel avec la nation. »
« Je crois à un collectif organisé avec à sa tête, quelqu’un qui est capable d’organiser la conduite du changement. »
« Pour 2022, ce sera plus collectif qu’un simple tandem. »

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  • Quelques réflexions issues de cet entretien :
     le constat local de la politique de la coalition semble positif. Des marges de manoeuvre existent donc. Espérons qu’à Marseille et ailleurs ce soit pareil.
     au niveau des références théoriques je n’ai pas saisi la cohérence entre l’évocation de la commune de Paris ( à l’assaut du ciel selon Marx) et la confiance initiale en Rocard (à l’assaut de ?).
     au niveau politique j’ai noté une continuité de la 5ème république assumée avec une conception collective (qui semble contradictoire avec les institutions).
    Aucune référence au pouvoir économique des grandes entreprises et leur instrumentalisation de l’Etat.
    Une volonté de privilégier la subsidiarité (communes ?).
    Un discours visant à vouloir déplacer le "curseur" entre les appétits des prédateurs et les intérêts collectifs.
    J’ai du mal à voir en quoi tout cela ce distingue vraiment de Jadot qui semble plus cash. Ce dernier s’affiche clairement indolore pour le capitalisme. Piolle s’en démarque t il vraiment.
    Beaucoup d’inquiétude de ma part.

    chris Le 27 septembre à 11:58
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