Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 6 mai 2020

Esther Benbassa : « En période de crise, les minorités disparaissent – et les femmes avec »

« Demain sera féministe ou ne sera pas » : c’est le mot d’ordre du meeting féministe en ligne qui aura lieu aujourd’hui mercredi 6 mai à partir de 17h30 sur la page Youtube de Regards et sur nos réseaux sociaux notamment. Pour en parler, la sénatrice EELV de Paris Esther Benbassa est l’invitée de la Midinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la sur-représentation des femmes dans les prises de paroles depuis le début de la crise du coronavirus 
« En période de crise, les minorités disparaissent. »
« Les femmes, ce n’est pas une minorité mais la moitié de l’humanité. Pour autant, elles sont moins nombreuses dans les institutions. »
« Il y a entre 30 et 40% de femmes au Sénat et à l’Assemblée nationale… Alors, lorsque l’on doit être 75, les femmes disparaissent du paysage. »
« On a fermé les médias aux politiques et, quand il fallait quand même en inviter, ça a été des hommes. »
« Les blouses blanches [invitées dans les médias], ce sont essentiellement des hommes. »
« Dans les médias, les interviewers se dirigent vers la voix masculine, même lorsqu’il y a une femme pour trois hommes. »
« Dans l’imaginaire de beaucoup, les femmes ne peuvent pas être des expertes. »

 Sur les « dernières de corvées » 
« Les derniers de corvées sont des dernières de corvées, c’est-à-dire des femmes : aides-soignantes, aides à domiciles, caissières… »
« L’imaginaire masculin considère la femme comme infirmière, comme nourricière ou pilier du foyer. (…) Mais on leur refuse le droit de briller. »
« La crise sert de miroir grossissant pour tous les problèmes réguliers d’une société. »
« Nous, femmes politiques, avons disparu pendant cette crise. »
« C’est le peuple qui est sorti de lui-même pour applaudir – et l’élite a aussi applaudi parce qu’elle avait peur de mourir mais c’est tout. »

 Sur la parité dans les partis et les syndicats 
« Il y a des lois qui obligent les partis à appliquer la parité. Mais les partis sont prêts à payer des amendes pour avoir un pouvoir partagé entre hommes. »
« Le pouvoir, c’est la parole et la parole, c’est le pouvoir. Or, les femmes ont été éduquées à ne pas prendre la parole n’importe comment ou quand [contrairement aux hommes] : les hommes peuvent répéter ce que tu as dit deux secondes avant dans une réunion sans que cela les gêne. Nous avons une certaine timidité à prendre la parole. »
« Les hommes, en tant que guerriers, ne veulent pas nous laisser le pouvoir. »
« Je pense qu’il faut peut-être, à un moment, faire des quotas. En Amérique, les féministes ont gagné grâce aux quotas. »

 Sur les violences faites aux femmes 
« Les femmes sujettes à des violences ne doivent pas cohabiter avec les hommes auteurs de ces violences. »
« On a demandé des aides exceptionnelles. »
« Les associations prennent en charge certaines de ces femmes. »
« Le gouvernement a fait quelques gestes en faveur de ces femmes. »
« Les violences faites aux femmes sont un vieux problème qu’il faut encadrer de manière stricte pour que leur nombre diminue. »

 Sur les carences de notre Etat-providence en période de crise 
« Dans un pays moderne comme le notre, l’Etat-providence n’a pas joué pleinement son rôle social puisqu’il y a maintenant de la famine dans certains quartiers. »
« Il y a une vraie urgence économique et sociale. »
« Si les femmes ont disparu pendant la crise, c’est qu’on n’était pas auparavant bien implantées. »
« Les femmes ne veulent pas être présentes uniquement pour les corvées mais partout. Nous voulons la moitié du pouvoir, la moitié des places dans les médias, la moitié des places dans les lieux de décision. »
« Il faut se battre pour ce qui est normal… Et ça, c’est quand même incroyable. »
« Les femmes en politique ont toujours été mal vues parce que la femme n’est qu’un objet de désir, nécessairement sexuée. Je me souviens comment on parlait du sac et des tailleurs de Mme Clinton. »
« Edith Cresson a fait une réunion, avec la FNSEA, en tant que ministre de l’Agriculture. Elle a été accueillie par une grande banderole sur laquelle était écrit ”Edith, on t’espère meilleure au lit qu’au ministère”. Et elle de répondre : “Ca tombe bien que je sois ministre de l’Agriculture parce que, comme j’ai affaire à des porcs, je vais pouvoir m’occuper de vous.” »

 Sur les travailleurs et les travailleuses du sexe 
« Je suis favorable à la création d’un fond d’appui aux travailleuses et aux travailleurs du sexe. »
« Je me suis battue contre le texte sur la pénalisation des clients parce que je savais combien les conséquences seraient dures et préjudiciables à ces femmes et ces hommes qui ont comme seul capital leur corps. »
« Personne ne se prostitue parce qu’il ou elle a envie de vivre de la prostitution – même si on peut penser que certaines call-girls le font parce que c’est de l’argent facile. »
« La plupart des prostitué-es sont des personnes qui ont du mal à vivre et qui subissent des violences. »
« Avec le confinement, les clients se font rares – et alors même que ça s’était déjà raréfié avec la loi sur la pénalisation des clients. »
« Aujourd’hui, personne ne pense aux prostitué-es. »
« Ce sont les socialistes au pouvoir qui ont fait passer le texte sur la pénalisation des clients, parce qu’il fallait “moraliser la société”. »
« Aujourd’hui, les prostitué-es se retrouvent dans une situation économique et physique compliquées parce qu’il n’y a plus l’aide des associations, notamment parce qu’ils et elles travaillent depuis chez elles. »
« Celles qui n’ont pas d’économies sont à l’état de misère. »

 Sur l’accusation de féminisme blanc 
« Le moment n’est pas aux accusations : il faut que l’on évolue nous aussi, cela va de soi. »
« Ce meeting a été organisé dans l’urgence et il ne faut pas chercher la petite bête. »
« Nous les femmes sommes conscientes de ce que nous n’avons pas pu faire et qu’il faut que nous élargissions nos cercles. »
« Il n’y a pas que les femmes blanches qui sont pénalisées mais aussi les femmes de couleurs. »
« Même moi, j’ai mis plus de temps que les autres à réussir dans la recherche, dans l’université et dans la politique où je suis arrivée très tardivement. Je suis peut-être une femme blanche mais je suis d’origine immigrée et j’ai accent : ce sont des handicaps. »
« On est doublement ou triplement pénalisé quand on est une femme et qu’on n’est pas dans les normes : blanche, blonde, jeune et glamour… Même si les hommes en politique sont loin d’être tous glamour ! »
« Nous sommes un pays où chacun doit être un tiroir : tu es blanche, tu es avec les blanches ; tu es noire, tu es avec les noires. »
« Regardez cette magnifique Alexandria Ocasio-Cortez qui fait honneur aux femmes ! En France, on est limité par le pouvoir des hommes blancs. »
« Il ne faut pas reproduire les erreurs des hommes en recréant un pouvoir féminisé mais uniquement blanc : toutes les femmes ont leurs spécificités – ethniques, culturelles, de couleurs et d’origines. »

 Sur la prorogation de l’état d’urgence sanitaire pour deux mois de plus 
« J’ai voté contre – et notamment contre l’article 6 qui institue des “brigades” qu’on a osé appeler “anges gardiens”. »
« On s’accoutume de l’état d’urgence – et notre pays en est friand. »
« Pourquoi en Allemagne, n’ont-il pas décrété d’urgence sanitaire ? Ni en Suède, ni nulle part ? »
« On a réussi à limiter l’état d’urgence au 10 juillet au lieu du 23 mais il sera vraisemblablement prolongé de nouveau. »
« L’état d’urgence est un bouclier pour l’Etat. »
« Certaines des restrictions à nos libertés vont entrer dans le droit commun comme ça a été le cas avec l’état d’urgence après les actes terroristes. »
« Notre côté napoléonien fait que l’on aime bien qu’on nous impose le militaire, le restrictif parce que nous sommes conservateurs et qu’au fond, nous aimons l’ordre. Même l’Allemagne a voté contre ! »
« La liberté ne se négocie pas même quand la maladie est présente partout et que le danger du virus est anxiogène. »

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