Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 14 décembre 2020

Esther Benbassa : « Il faut en finir avec les tests osseux qui bafouent les droits des enfants »

Elle vient de déposer une proposition de loi pour interdire le recours aux tests osseux pour déterminer si un jeune migrant est mineur ou majeur. La sénatrice EELV, vice-présidente du groupe écologiste au Sénat, Esther Benbassa est l’invitée de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la proposition de loi contre les tests osseux 
« Le 18 décembre, c’est la journée internationale des migrants. »
« Les tests osseux sont anticonstitutionnels car les droits de l’enfants doivent primer. »
« On fait les tests osseux d’une manière cavalière lorsqu’au tribunal, on pense qu’un enfant n’est pas mineur. »
« Un test osseux est une radiographie de la main gauche et de son poignet. On compare ensuite avec l’atlas de Greulich et Pyle qui a modélisé des squelettes de jeunes américains caucasiens de milieux aisés dans les années 30 et 40. Ce test ne correspond pas aux personnes subsahariennes. »
« Les tests osseux ont une marge d’erreur importante, entre un et deux ans… »
« On fait des tests parce qu’on ne veut pas, dans des départements, se charger des mineurs qui coutent de l’argent à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). »
« Si le jeune est déclaré majeur, il est renvoyé dans la rue ou bien il a une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français). »

 Sur les alternatives aux tests osseux 
« Souvent, même si un jeune a des papiers, on lui dit au tribunal que ce sont des papiers falsifiés. »
« Le plus souvent, à cause de la façon dont ils sont arrivés jusqu’en France, ces jeunes ont perdu leurs papiers d’identité - ou dans l’embarcation, en traversant les frontières, ou parce que dans leur pays d’origine, il n’y a pas d’enregistrement à la naissance. »
« Il y a aussi parfois des échographies des attributs sexuels des jeunes filles et des jeunes hommes. »
« Dans des pays comme l’Angleterre ou l’Australie, on ne pratique plus de tests osseux : on utilise une méthode holistique, c’est-à-dire que l’on discute avec la personne, on étudie sa vie passée, son itinéraire, son histoire, son appartenance communautaire, son éducation… pour décider comme la ou le prendre en charge. En France, déterminer si quelqu’un est mineur ou non, c’est juste pour savoir s’il coutera ou non de l’argent au département. »

 Sur la prise en charge des mineurs exilés 
« Je suis pour qu’on se dise d’abord que quelqu’un mineur et que peut-être il est majeur. »
« La radiographie de la main doit obtenir le consentement de la personne. Là, on parle de mineur isolé, qui ne parle parfois pas français, qui sont en France depuis souvent moins de six mois, et on parle de consentement… »
« Si un jeune n’accepte pas le test osseux, on va considérer automatiquement qu’il est majeur. »
« En soi, les tests osseux sont anticonstitutionnels : dans notre pays, toutes les libertés et les droits doivent être respectés. »

 Sur la France et l’accueil des migrants 
« La CNCDH, le Défenseur des Droits, des associations, des ONG n’acceptent pas les tests osseux. »
« Nous avons un problème avec l’accueil des migrants. Et les tests osseux sont une illustration de ce mauvais accueil. »
« La Constitution demande le respect de la dignité des êtres humains : ce n’est pas parce que l’on est un migrant ou étranger que l’on n’a pas le droit à ce respect. »

 Sur la gauche et les tests osseux 
« Je ne crois pas que la gauche soit désunie sur le sujet : peu de gens sont pour les tests osseux. »
« Il peut y avoir aussi des Présidents de conseils départementaux, qui peuvent être socialistes, qui soient pour les tests osseux. »
« François Hollande, sur les questions d’immigration, n’était pas un grand libéral au sens américain du terme (…) Il y a eu aussi la déchéance de nationalité… »

 Sur la régularisation des sans-papiers 
« On entre en période d’élection et la droite comme l’extrême droite misent sur le principe anti-migratoire. Le gouvernement actuel a bifurqué en ce sens pour gagner leurs électeurs. »
« Les gens peuvent avoir des accès de colère lorsqu’ils voient des migrants dormir au pied de leur immeuble. C’est humain… mais le problème, c’est que l’on cultive ce rejet. »
« Si on avait bien accueilli et que les gens étaient dans des centres d’hébergement, il n’y aurait pas de gens au pied des immeubles ! Et le rejet ne serait pas du tout du même acabit. »
« Il y a quinze jours, nous sommes allés visiter le Centre de rétention administrative (CRA) de Plaisir : ils y ont rassemblé que des malades de la Covid. C’est dément de penser que l’on concentre les malades ensemble en les faisant venir d’autres CRA. »
« Le problème, c’est que nous voulons dissuader les gens de venir en France. »
« Moi-même, je suis immigrée et je le sais : rien ne peut dissuader quelqu’un qui veut immigrer. Vous pouvez mettre la police partout, vous pouvez les faire dormir dans la rue… »
« Je comprends que l’on veuille rationaliser l’immigration. C’est vrai que le nombre de mineurs migrants à augmenter considérablement ces dernières années. Mais est-ce que c’est une solution de poursuivre ces gens puisqu’ils reviennent ? Ne peut-on pas faire comme l’Allemagne qui a pris en considération son histoire avec le nazisme et a accueilli plus d’un million de réfugiés ? »
« Dans les CRA, j’ai vu des gens qui vivaient depuis 8 ou 9 ans en France, qui étaient mariés, qui avaient des enfants, qui avaient un travail au noir. »

 Sur la laïcité 
« Je suis historienne et pour moi, la laïcité, c’est la loi de 1905. Mais la version d’Aristide Briand, c’est-à-dire le respect des cultes. Et ce n’est pas celle du petit père Combes comme on l’appelle vulgairement. Quand on écoute les débatteurs, on a l’impression que c’est la version laïciste de ce dernier qui a gagné - et ce n’est pas vrai. »
« La laïcité, c’était un combat contre une religion dominante alors que maintenant, on est en train de faire un texte contre les musulmans. »
« Je ne sais pas si la population fait bien la distinction entre musulmans et islamises… Nous sommes tous contre l’islamisme politique ou le terrorisme. Nous sommes pour la liberté des femmes. Mais, du jour au lendemain, nous sommes devenus des islamogauchistes sans que cela ne veuille rien dire. »
« Il faut revenir à la version de la laïcité que défend Jean Baubérot : une laïcité ouverte qui ne soit pas une religion. Or on glisse vers le laïcisme pour montrer que l’on combat le terrorisme. Or ce n’est pas avec la laïcité que l’on combat le terrorisme. »
« Toutes les lois liberticides arrivent en pleine pandémie. »

 Sur la construction de l’alternative 
« J’aurais bien voulu qu’on soit en train d’organiser une alternative pour 2022. »
« Je suis déçue par les querelles de la gauche. »
« J’ai vu comment, aux élections partielles, on s’est battu entre nous. »

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