Accueil | Par Pierre Jacquemain | 6 décembre 2017

F. Berdougo et G. Girard "L’activisme sida n’est pas mort mais il doit se réinventer"

Vendredi dernier, c’était la journée mondiale de lutte contre le
sida. Le sida est-il devenu une maladie comme les autres ? Où en
est l’activisme sida ? Quelles évolutions dans les politiques
publiques ? Quelle place les pharmaceutiques occupent-ils ?
Rencontre avec François Berdougo et Gabriel Girard, auteurs de "La
fin du sida est-elle possible ?", publié aux éditions
Textuel.

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Sur la fin du Sida

« Si on ne combat pas à la fois les inégalités sociales et si on ne lutte pas pour les droits des personnes concernées par le VIH, on n’arrivera pas à l’horizon de la fin du sida. »

« Il y a une forme de normalisation de la maladie et de cette infection sur 20 ans. »

« Sur le plan social, le regard porté sur le VIH, les personnes qui vivent avec ce virus, a assez peu changé et reste largement dépréciatif et marqué par la peur. »

Sur les pratiques à risque

« Il y a un effritement des comportements préventifs. »

« Il y un probablement un lien entre le changement de statut de l’infection et des comportements préventifs qui sont moins élevés qu’il y a 20 ans. »

« On a besoin d’accroitre le niveau global de prévention dans ce contexte de changement de la perception du regard. »

Sur la « Prep »

« L’accessibilité et le remboursement ne sont plus trop un sujet. »

« On peut imaginer un retour de flamme moral qui porterait sur les pratiques sexuelles des gays. »

« D’un point de vue de santé publique et même financiers, il y a de sérieux arguments qui plaident pour le maintien de cet outil. »

Sur les politiques de santé publique

« Il y a un certain nombre de déterminants sociaux et économiques qui pèsent sur les individus en matière de préservation de leur santé. »

« C’est plutôt la régression qui domine : les minimas sociaux restent à un niveau extrêmement bas, 9 millions de personnes en France sont pauvres. »

« Les personnes qui vivent avec le VIH sont pour la moitié dans une situation socio-économique mauvaise. »

« La non généralisation du tiers payant est un signal extrêmement mauvais. »

Sur l’activisme associatif

« Il y a une espèce de retour d’énergie dans les années 2010 autour des stratégies biomédicales de prévention, autour de la Prev. »

« L’activisme sida n’est pas mort mais il doit se réinventer. Il ne peut pas ressembler à celui qu’il était en 1992 ou 1994. »

Sur les laboratoires pharmaceutiques

« Le système pharmaceutique arrive à bout de souffle avec ces questions de brevet qui confèrent un monopole pendant 20 ans. »

« On va vers un niveau de prix absolument délirant et insoutenable pour les systèmes publics de santé et qui vont avoir un impact sur l’accès concret aux thérapeutiques innovants. »

Sur le sida en Afrique

« Les choses ont considérablement changé entre le début des années 2000 et aujourd’hui. »

« Dans le monde il y a 20 millions de personnes qui ont accès au traitement mais 20 millions n’y ont pas accès. »

« Il y a beaucoup de disparités en Afrique. »

« On manque d’argent à l’échelle internationale : on estime à 30 milliards de dollars la somme nécessaire chaque année »

« Il y a des fenêtres d’optimisme qui se sont ouvertes mais le fossé n’est pas encore comblé. »

Sur la sociologie accusée d’être une science de l’excuse

« L’enjeu de l’excuse demeure très présent dans le champ de la prévention du VIH. »

« Les chercheurs en sciences sociales se sont vus reprocher par certains acteurs de chercher à excuser les comportements à risque et de chercher à trop les comprendre plutôt qu’à les changer. »

« Les comportements qui étaient considérés comme moralement répréhensibles, d’une prise de risque volontaire, sont intégrés aujourd’hui dans la prévention. »

« Une pratique sexuelle sans préservatif aujourd’hui, dans le contexte de la Prep, ne sera plus catégorisé de la même manière par les intervenants en prévention. »

« La médicalisation de la prévention change les conditions du débat sur les pratiques à risque. »

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