Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 8 novembre 2019

Francis Wurtz : « Lorsque le mur est tombé, je n’étais pas pour la réunification des deux Allemagnes »

30 ans que le mur de Berlin est tombé, entraînant la réunification du pays et, peut-être aussi, préfigurant la fin de l’URSS. Pour en parler, Francis Wurtz, député européen communiste de 1979 à 2009, est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur la chute du Mur de Berlin en novembre 1989 
« La chute du Mur de Berlin a été un séisme politique considérable auquel personne ne s’attendait. »
« Au moment de la chute du Mur, ironie de l’histoire, le chancelier Kohl était en Pologne et discutait avec Lech Walesa de la question de la réunification et disait que ça ne se passerait pas de son vivant. »
« Au moment de la chute du Mur, la réunification n’avait rien d’inéluctable. »
« Le Parlement européen a immédiatement adopté une résolution qui proposait la réunification si, évidemment, les Allemands de l’Est le souhaitaient – mais pas le Conseil des chefs d’Etats européens ! »
« Les chefs d’Etat européens qui se sont réunis sitôt après n’ont même pas évoqué l’hypothèse de la réunification. »
« Il y avait un désaccord profond entre François Mitterrand et Helmut Kohl sur la question de la réunification. Le président français avait plusieurs craintes assez légitimes : les conséquences d’un tel séisme, un renversement de Mikhail Gorbatchov en URSS et le déclassement de la France dans une Europe avec une Allemagne réunifiée. »
« La réunification s’est faite au pas de charge : en moins de six mois, c’était fait. »

 Sur le débat réunification des deux Allemagnes versus annexion de l’Allemagne de l’Est par l’Allemagne de l’Ouest 
« En fait, la réunification des deux Allemagnes est une annexion. »
« A peine la réunification réalisée, on met en place la Treuhand, un organisme fiduciaire qui a pour mission de brader tout le patrimoine public est-allemand : 13.000 entreprises publiques, des banques, des services, des terrains agricoles, tout est littéralement bradé au profit des entreprises occidentales. »
« Les citoyens de l’Est qui avaient énormément investi psychologiquement dans l’Allemagne de l’Ouest découvrent le chômage de masse et sont humiliés dans la mesure où tout ce qui touche de près ou de loin à l’identité de la RDA est ignoré et méprisé. »
« Personnellement, je n’étais absolument pas pour la réunification. »
« Jusqu’à la chute du Mur, les Montagsdemonstrationen, les manifestations de masse notamment à Leipzig et ensuite généralisées, ne proposaient ni la réunification ni même la chute du socialisme. »
« L’Allemagne occidentale a promis aux Est-Allemands monts et merveilles : l’effet Kohl. »
« Les élections de mars 1990 se sont soldées en Allemagne de l’Est par une victoire écrasante avec 48% des voix de la coalition de droite – qui, petit détail, s’intitulait AfD, Allianz für Deutschland. »
« La politique néolibérale appliquée à l’époque a été particulièrement cruelle pour les Allemands de l’Est, et notamment pour les femmes qui ont vu leur statut régresser avec l’unification. »

 Sur le Parti communiste français au moment de la chute du Mur de Berlin 
« Il n’y a pas eu une seule opinion au Parti communiste français. »
« La chute du Mur était la preuve manifeste qu’un système et un mode de gouvernement avaient totalement épuisé leurs capacités. Et c’était un échec que l’on voyait venir depuis longtemps. »
« Le moment-clef a été le discours solennel de Mikhail Gorbatchov à la tribune des Nations Unies en décembre 1988 dans lequel il annonce que l’URSS n’interviendra plus jamais militairement dans un pays étranger quel que soit le système politique. Il retire donc 500.000 soldats soviétiques avec leurs armes des pays de l’Est. On a senti qu’il se passait là quelque chose de très important. »
« Il y a eu un lâchage de Mikhail Gorbatchov de la part de l’Occident : toutes les promesses d’aide sont tombées à l’eau, le G7 a boudé l’URSS, la frontière Allemagne de l’Est – Allemagne de l’Ouest pour l’OTAN a été violée… La situation ne prêtait pas à l’optimisme : on se doutait bien que le début de la fin avait commencé. »
« On était très nombreux à avoir accueilli très favorablement l’arrivée de Mikhail Gorbatchov au pouvoir : on s’est dit qu’une rénovation était possible. »

 Sur le PCF et la gauche après la chute du Mur de Berlin et la fin de l’URSS 
« La chute du Mur de Berlin et la fin de l’URSS sont des éléments qui pèsent très lourd sur le PCF mais la chute aux élections n’était pas inéluctable. »
« Une forme historique du dépassement du capitalisme a échoué – et ça pèse sur les dynamiques politiques de tous, aussi bien les amis que les adversaires du système soviétique. »
« Contrairement aux illusions de l’immédiat après chute du Mur, ce n’a pas été la fin de l’Histoire : le capitalisme a continuer de montrer les horreurs dont il était capable. La nécessité de trouver une voie nouvelle pour le dépasser reste aujourd’hui encore d’una actualité brûlante. »
« Il y a plusieurs tentatives des forces favorables au dépassement du capitalisme comme le mouvement altermondialiste mais qui se sont enlisés… »
« L’aspiration existe : on vient d’entendre qu’aux Etats-Unis, 30% de la jeunesse américaine avait une opinion positive du communisme. Qui l’eut cru ? »
« Il y a une défiance massive du système dominant – y compris là où on ne l’attend pas. »

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