Accueil | Par Pierre Jacquemain | 15 mai 2018

François de Castro : « La réforme de la justice va mécaniquement augmenter une hausse du nombre de détenus »

Le projet de réforme de la justice suscite une large contestation « des robes noires ». La dernière mobilisation qui a ainsi rassemblé avocats, greffiers et magistrats, de droite comme de gauche, remonte à 2011, lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Pour en parler, François De Castro, avocat pénaliste, est l’invité de La Midinale.

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 Sur la mobilisation des professions du droit contre la réforme 
« Le 11 avril dernier, toutes les robes noires battaient le pavé. »
« C’est un enterrement en première classe d’un service public très largement obéré dans son efficacité et ses moyens. »
« La contestation s’étend autant du côté de l’USM, un syndicat classé à droite, que le Syndicat de la magistrature. La dernière fois qu’ils se sont retrouvés ensemble, c’était en 2011 à l’encontre d’une réforme, celle de Sarkozy. »

 Sur la réforme actuelle de la justice 
« Imaginer que ce gouvernement puisse mettre en place une politique de gauche, j’ai personnellement quelques doutes. »
« L’aspiration de cette réforme est de droite. Et de droite conservatrice. »
« Elle répond à une logique exclusivement gestionnaire, de réduction des coûts. »
« Cette réforme entraîne une déshumanisation totale des rapports entre le juge et le justiciable. »

 Sur l’état des prisons 
« Je ne crois pas que plus de fouilles, plus de contraintes physiques qui pèsent sur les détenus, sont de nature à régler le problème de sécurité dans les prisons. »
« Depuis plusieurs années, vous avez des gouvernements de droite comme de gauche (…) qui taisent la situation d’insalubrité du milieu carcéral qui vaut à la France des condamnations successives par la Commission européenne des droits de l’homme pour des traitements inhumains exercés au sein de ces prisons. »
« On ment aux Français ; on ne leur dit rien de la situation des prisons. »
« La réforme mise en œuvre – notamment l’article 5 qui concerne le sens de la peine – va entraîner mécaniquement, à données de criminalité constantes, une augmentation du nombre de détenus. »

 Sur les alternatives à la détention 
« Je suis favorable à tout système qui permette ou limite le placement en détention. »
« La prison est une école extraordinaire pour forger de jeunes délinquants mineurs en des délinquants majeurs rompus à la grande criminalité. »
« Tous les moyens de l’Etat doivent être mis sur la question de l’alternative à la détention. »
« Les peines d’emprisonnement dites sèches, c’est-à-dire sans aucun aménagement et sans aucune possibilité d’imaginer des réductions, entraînent mécaniquement des effets de récidives significatives. »

 Sur les peines pour mineurs 
« Insertion professionnelle et scolarité [pour les mineurs] disparaissent du projet. On insiste sur la contrainte. »
« La protection judiciaire des mineurs est un parent pauvre de la justice, complètement dépourvue de moyens. »
« On n’est pas très loin des maisons de correction. »

 Sur la répression policière 
« La police et la sécurité dans les quartiers est quelque chose de nécessaire mais je n’ai pas vu dans le discours de Macron, de moyens supplémentaires pour la justice. »
« De la répression sans les moyens de faire comprendre le sens de cette répression, je pense que quoiqu’il arrive, on est encore dans une mesurette sans efficacité. »

 Sur le nouveau Palais de justice à Paris 
« La configuration des locaux à laquelle il faut ajouter tout ce qui se décide dans le cadre de cette réforme, éloigne incontestablement le justiciable de son juge. »
« La configuration est beaucoup plus déshumanisée qu’on avait dans notre ancien et sans doute trop vétuste Palais de justice. »

 Sur la perpétuité 
« Supprimer la peine de perpétuité est un combat qui est légitime. »
« La peine de perpétuité est une peine de mort lente. »
« La plupart des Français pensent que la perpétuité réelle n’existe pas en France. »
« La perpétuité existe bien : il y a des détenus qui font 40, 50 ans de prison. »

 Sur l’indépendance de la justice 
« En France, la justice est un parent pauvre. »
« La disparition du juge d’instruction est dans l’ADN de la réforme actuelle. »
« Quand on connaît la doctrine de Monsieur Macron sur la question de l’indépendance des parquetiers, la question de l’indépendance de la justice se pose évidemment avec acuité. »

 Sur la poursuite de la mobilisation 
« La mobilisation des avocats va se poursuivre. »
« Ce n’est pas un combat corporatiste mais pour que la justice soit rendue conformément aux standards internationaux. »

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