Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 1er février 2019

François Levin : « Il y a nécessité à repenser la politique industrielle du numérique »

Les algorithmes, ces instructions qui façonnent tout l’univers du numérique, sont ce que nous voulons qu’ils soient. Seulement, qui les contrôlent ? Et pour quoi faire ? François Levin, doctorant en philosophie et rapporteur du rapport Villani sur l’intelligence artificielle pour le Conseil national numérique, est l’invité de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur les algorithmes et le travail 
« On se rend compte de plus en plus que se sont les emplois les moins qualifiés qui ont un plus haut risque d’automatisation contrairement à ce qu’on a dit à un moment en disant que ça concernerait les chirurgiens ou les avocats très experts. »
« L’automatisation va toucher les populations qui sont déjà les plus précarisés et qui ont des emplois à faible valeur ajoutée. On se rend compte aussi que ça va avoir lieu dans des territoires qui sont déjà fragilisés et non pas dans les grandes métropoles. »
« L’automatisation qui invisibilise des nouvelles formes de travail qui sont sous l’intelligence artificielle : c’est le travail humain derrière l’intelligence artificielle. »
« Plutôt que de dire quels emplois vont être supprimés, il s’agit de savoir où la valeur va remonter. »

 Sur l’adaptation de la société à la robotisation et aux algorithmes 
« Les emplois vont être très largement modifiés, par forcément automatisés, mais modifiés. Les tâches vont êtres modifiées. Chacun potentiellement va voir son travail très largement automatisé mais en fait va perdurer. »
« La question va être de savoir comment on fait en sorte que le développement de l’intelligence artificielle ne conduise pas à une sur-surbordinnation, soit pas le biais de l’externalisation - c’est l’exemple de Uber en rendant les employés indépendants - soit c’est le contre modèle, c’est l’entreposage Amazon. »
« Les employés Amazon qui sont subordonnés obéissent au quotidien et d’une manière extrêmement fine à un algorithme qui commande leurs déplacements à l’intérieur d’un entrepôt. »
« Dans les entrepôts Amazon il y a un développement d’une souffrance au travail qui est assez impressionnante parce qu’elle est très nouvelle dans la mesure où ça conduit les gens à ne plus se parler entre eux, à avoir des rythmes horaires calibrés en amont, et qui sont extrêmement serrés. »
« A côté de la question du transfert de valeur, il s’agit d’abord de penser comment on peut organiser un dialogue syndical à l’intérieur de l’entreprise. »
« Quand les employés de Peugeot seront en grève parce que leur emploi sera automatisé, plus que d’aller voir la direction de Peugeot, il faudra peut-être aller voir la direction de Google ou de la Start-up qui a récupéré la valeur en construisant la voiture autonome. »

 Sur le rôle et le contrôle des Etats 
« Aujourd’hui, l’Etat a du mal à capter ces problématiques, surement parce qu’il ne le veut pas et ça va contre l’idée qu’il s’agirait de favoriser le développement de l’intelligence artificielle, quoi qu’il en coûte. »
« L’appétence de l’Etat sur ces questions-là est assez limité. »
« En Europe, l’Etat a largement bridé sa propre capacité de produire une politique industrielle du fait du mythe d’un développement parfaitement horizontal, parfaitement organisé, qui serait au fondement du développement du numérique. Et aussi à cause du discours libéral qui consiste à dire qu’il ne faut plus d’intervention étatique. »

 Sur le développement d’une politique industrielle 
« On souvent tendance à penser la politique industrielle, et notamment en France, sur le mode sur lequel ont a pensé la politique industrielle dans les années 50, 60, 70. Or pour le numérique, c’est plus compliqué. »
« Il y a eu de grands projets industriels qui ont été mené en France et en Europe qui ont été un échec ce qui a refroidi les ardeurs d’un certains nombres de personnes à l’intérieur de l’Etat qui prônait une politique industrielle forte. »
« Il y a une nécessité de repenser une politique industrielle et de la repenser pas forcément, et c’est ça l’enjeu, pour faire un Google ou un Facebook européen. »
« Il faut ouvrir un champ de réflexion : répondre aux problèmes écologiques que pose de manière notoire le développement du numérique ; répondre aux problèmes du travail, répondre à des objectifs de politiques publiques. »
« Il y a d’autres manières de faire des choses innovantes et qui ne soient pas fondées sur des monopoles comme ceux de Google. Il y a les logiciels libres, les communs, on pense à d’autres manières de faire du numérique, de faire l’industrialisation du numérique mais qui ne soit pas des politiques industrielles qui conduisent à l’émergence de conglomérats dont on aimerait qu’ils soient Français mais dont on comprend pas bien pourquoi ça serait mieux s’ils étaient Français que s’ils étaient Américains. »

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