Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 17 mai 2019

Françoise Piotet : « À la CGT, chacun construit sa propre CGT »

Alors que la CGT vient de renouveler sa confiance à Philippe Martinez à l’occasion de son 52ème Congrès, comment se porte le syndicalisme en France ? Quelles conséquences le mouvement des gilets jaunes peut-il avoir ? À quoi et qui servent les syndicats ? Françoise Piotet, professeure de sociologie, spécialiste du travail et du syndicalisme, est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

Sur l’évolution du syndicalisme
« Ce qui a continué à évoluer plutôt que changer radicalement c’est les transformations du monde du travail et surtout de l’emploi. »
« Il y a une dichotomie croissante entre les emplois qualifiés et les emplois peu qualifiés, le développement du tertiaire et la baisse des emplois industriels traditionnels, et la féminisation ainsi que la précarité. »

Sur l’affaiblissement du syndicalisme
« Le syndicalisme n’a jamais été très fort : il est en crise depuis sa naissance. »
« Le syndicalisme, en particulier à la CGT, était bien implanté dans les bastions qui ont été les plus affectés par les transformations productives. »
« La faiblesse du syndicalisme est liée en partie à la méconnaissance que nous en avons tous et à tous les niveaux. »

Sur le congrès de la CGT
« C’est un congrès important et difficile. »
« Depuis la succession de Bernard Thibault, la CGT connaît des problèmes de leadership et de légitimité de ses leaders qui peuvent être contestés. »
« La CGT a perdu la première place et ça a secoué très fortement des militants très fiers. »
« Il y a un problème d’organisation à la CGT : c’est un miracle que ce syndicat ait survécu avec l’organisation qui est la sienne. »
« La CGT est un mouvement éclaté : chacun construit sa propre CGT. »
« Contrairement à ce qu’on pense, la direction a très peu de pouvoir, notamment pour lancer des initiatives et réformer l’organisation. »

Sur l’adhésion de la CGT à la Fédération Syndicale Mondiale
« Au congrès, on a trouvé une réponse digne du Vatican où on ne s’interdit plus de développer des liens avec la FSM sans dire qu’on y adhère. »
« Ça traduit un clivage très profond au sein de la CGT entre des fédérations de plus en plus dures (qui prônent la grève générale et la lutte des classes pures) et les héritiers de Viannet et Thibault pour une présence à la table des négociations. »
« C’est inquiétant. »

Sur la critique du politique et non plus du « patron » (gilets jaunes)
« On voit bien que c’est une colère qui est née contre une colère précise, une taxe, mais c’est une révolte de gens qui ont un pouvoir d’achat très limité et contraint. »
« Les gilets jaunes sont très isolés dans leur travail et à des niveaux de qualification qui rend difficile une prise de conscience qu’ils peuvent se battre contre un employeur. »
« On a un salariat très atomisé et qui s’articule difficilement avec des revendications collectives. »
« Les gilets jaunes ne perçoivent pas leur patron comme un ennemi de classe. »

Sur le rôle et le pouvoir des syndicats
« Les syndicats sur le terrain font un travail essentiel et tout à fait admirable. »
« Le syndicalisme est essentiel. »
« On a des politiques qui n’ont pas envie de faire avec les syndicats. Ils ne les connaissent pas et n’ont pas une connaissance approfondie des syndicats et de leur histoire. »
« La culture de la négociation est une culture très exigeante. »
« La loi travail a fragilisé le syndicalisme au niveau national. »

Sur les transformations du travail et les syndicats
« Les seuls qui commencent à réfléchir sur le travail du futur, c’est la CFDT parce que la CFDT fait un travail considérable d’enquête. »
« La CGT est encore très largement un syndicalisme fondé sur les métiers, ce que n’est pas la CFDT, et ils voient les évolutions de leur propres métiers mais ils ne voient pas du tout, ou à la marge, ce qui se passe à côté. »
« La CGT pense l’évolution du travail dans un culture du salariat alors qu’on connait le développement du travail indépendant et de l’auto-entreprenariat. »
« La CGT perçoit l’auto-entreprenariat comme quelque chose de catastrophique mais ne s’st pas intéressée aux gens. »

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  • Gloire à la CGT qui est la gardienne du Syndicalisme français. Je ne crache pas sur le courant réformiste qui a maintenu la flamme syndicaliste en vie durant de la sombre période de croissance économique et de consumérisme abrutissant. Maintenant que revient le temps heureux de la misère et des barricades , c’est au courant Révolutionnaire d’en prendre la tête.

    antifa Le 17 mai à 16:29
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