Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 5 février 2019

Frédéric Métézeau : « Peut-être qu’Emmanuel Macron sera lui-même disrupté par plus disruptif que lui »

Journaliste politique à France Inter, Frédéric Métézeau vient de publier Vieux Renards et Jeunes Loups, aux Editions L’Archipel : voyage au coeur du dégagisme. Il est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur les rapports jeunes loups et vieux renards de la politique 
« Avant, il y avait ce qu’on appelle dans le monde de l’entreprise ‘un tuilage’ : le jeune loup gravissait peu à peu les étapes, il était conseiller municipal puis maire, conseiller départemental, président de collectivité locale, secrétaire d’Etat, ministre. Et pendant ce temps-là, le vieux renard faisait sa carrière de ministre, de ministre d’Etat. »
« Aujourd’hui, ce qui est intéressant, c’est de voir qu’il y a eu une cassure très nette puisque le jeune loup Macron entre à l’Elysée en 2012, il est ministre en 2014 et président en 2017. Il n’y a plus ce cursus, cette longue transmission ou ces longues rivalités entre générations. »

 Sur l’ascension d’Emmanuel Macron 
« L’ascension fulgurante d’Emmanuel Macron ne doit pas être dissociée de l’ascension fulgurante des autres. Derrière Emmanuel Macron on a vu des tas de jeunes gens émerger à la République en Marche, à la France insoumise, chez les communistes, au Parti socialiste, au Modem. »
« Le dégagisme, c’est Mélenchon qui l’a prôné, c’est Macron qui l’a réalisé mais c’est toute la classe politique qui en a été imprégnée. »

 Sur le dénominateur commun des jeunes loups 
« Je pense que les jeunes loups sont des gens qui ont des convictions, ils ne font pas semblant. »
« Malgré ces convictions fortes, les jeunes loups n’ont pas la politique dans le sang depuis qu’ils sont bébés et je ne suis pas persuadé qu’ils soient dans l’envie et dans la volonté de passer quarante ans à grimper les marches comme ont pu le faire les Chirac, les Mitterrand. »
« [Les jeunes loups] sont des gens qui sont moins prêts à sacrifier leur vie de famille que leurs aînés. »
« On est dans une société de plus en plus individualiste mais au sens où l’individu peut se projeter dans une aventure qui est un peu collective quand même : on ne fait pas juste de la politique avec son smartphone. »
« Quand on est dans une société désidéologisée comme la nôtre, c’est l’individu qui prend le dessus. »

 Sur les conséquences dans le champ politique et institutionnel 
« Aujourd’hui, on dit les oppositions. Avant, on disait l’opposition. »
« Le fait de dire ‘les oppositions’, c’est déjà une forme reconnaissance pour chaque composante de l’opposition. »
« Je constate qu’il y a des oppositions qui font un travail idéologique. Peu importe ce qu’on pense de François-Xavier Bellamy, le mettre tête de liste LR, c’est un vrai choix idéologique. »
« Jean-Luc Mélenchon et les siens ont contribué à repenser une idéologie à gauche. C’est plus compliqué pour le Parti socialiste. »

 Sur la stratégie aux élections européennes 
« La politique a toujours été de la stratégie. »
« Si vous êtes Jean-Luc Mélenchon, capé, presque 70 ans, vous avez tout intérêt à mettre une jeune femme tête de liste qui ne vous ressemble pas. Emmanuel Macron, c’est le contraire, il est encore assez jeune, il est marqué par ce côté un petit peu dégagiste, il a besoin de son complément qui pourrait être un homme sage, un européen convaincu, type Michel Barnier. Chaque yin recherche son yang. »

 Sur les députés de la majorité 
« Ce qui ne diffère pas avec le passé, c’est l’admiration du chef, l’adulation du chef. »
« Chirac était un chef adulé, Mitterrand aussi mais là, il y a quelque chose en plus, [les députés de la majorité] doivent leur élection à Emmanuel Macron. »
« Il y a une subordination du député marcheur à 80/90% au nom du président de la République. »
« Les députés ont toujours été godillots dans la Vème République, c’est institutionnel. »
« Les députés marcheurs ont un manque d’autonomie. »
« [Les députés marcheurs] ne savent pas faire de politique au sens premier du terme. »
« Quand l’affaire Benalla explose, il y a 300 marcheurs qui sont complètement tétanisés et ils vont être pliés par une opposition conduite par les vieux Christian Jacob et Jean-Luc Mélenchon - qui font à peine 120 députés -, et qui ont vont d’empêcher le débat sur la réforme constitutionnelle. Parce qu’ils ont l’éloquence et qu’ils connaissent le règlement intérieur. Et là, les oppositions, ont su faire de la politique. »

 Sur le dégagisme 
« La Vème République est née sur le dégagisme. Quand le Général de Gaulle vient au pouvoir, il balaie tous les classiques et les caciques de la IVème République. »
« La nouveauté par rapport au dégagisme, c’est qu’on s’est retrouvé dans une espèce d’alignement des planètes. »
« On dit qu’Emmanuel Macron a eu de la chance : il a eu de la chance qu’Hollande ne se représente pas, il a eu de la chance qu’il y ait l’affaire Fillon, il a eu la chance que Mélenchon atteigne son plafond de verre. Mais la chance en politique, c’est comme la vague quand vous faites du surf : il ne suffit pas d’avoir une bonne vague, il faut savoir la prendre. Et Emmanuel Macron a su la prendre. C’est un moment normalement qui n’était pas prévu dans la Vème République. »
« La Vème République était une République bipolaire, qui a été tripolaire et, finalement, qui est restée bipolaire : il y a un grand centre qui a pris toute la place et qui a mis les oppositions de côté, incapables de s’unir. »
« Est-ce que la Vème République n’est pas morte avec l’élection d’Emmanuel Macron ? »

 Sur le retour des vieux renards 
« Je pense que précisément, parce que tout a été possible en 2017, tout est possible en 2022. »
« Je ne me risquerais pas à dire que les vieux renards sont morts. »
« Inclus de la mondialisation et exclus de la mondialisation : c’est le nouveau clivage. »
« Le plus grand danger pour Emmanuel Macron, c’est peut-être qu’il y ait encore plus jeune loup que lui. »
« Peut-être qu’Emmanuel Macron sera lui-même disrupté par plus disruptif que lui. »

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