Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 9 avril 2021

Frédéric Sawicki : « EELV, PS, LFI : tout pousse à ce qu’ils entrent en concurrence et exagèrent leurs différences »

A un an de l’élection présidentielle 2022, qu’est-ce qui se joue au Parti socialiste ? Et à gauche ? Frédéric Sawicki, professeur en science politique, est l’invité de la Midinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Etat des lieux de la gauche en 2021 
« On est à quatre ans d’une élection qui a pulvérisé le visage de la gauche. »
« Jusqu’en 2017, les socialistes et leurs alliés immédiats les radicaux, étaient en position hégémonique sur le plan politique et électoral. »
« Pendant 30 ans, les socialistes se sont habitués à être majoritaires à gauche. »
« Après ce qu’il s’était passé en 2017, c’est-à-dire un Jean-Luc Mélenchon parvenant à agréger 19% des électeurs, on aurait pu penser qu’il pourrait potentiellement représenter une gauche alternative - même si lui à l’époque ne se définissait pas comme ça. »
« Depuis 2017, les Verts sont apparus, non pas en tant que nouvelle hégémone, mais comme venant potentiellement casser cette recomposition possible. »
« Il y a une tripartition à gauche. »
« En l’absence de pôle autour duquel pourrait s’agréger une alliance, chacun des pôles peut prétendre à l’hégémon :
les socialistes considèrent que 2017 a été une catastrophe mais que l’orientation très à droite du gouvernement libère de la place pour un électorat de centre-gauche dont on aura besoin pour reconstruire une domination ;
les Verts, très surpris de ce qui leur arrive enfin, s’imaginent, à cause de la place que prennent les enjeux écologiques en ce moment, qu’ils vont pouvoir prétendre au leadership à gauche ;
les insoumis considèrent que les performances passées de Jean-Luc Mélenchon le mettent naturellement en situation de se représenter en 2022. »
« Comme il n’y a pas de négociation entre ces trois pôles car il n’y a pas de tradition de négociations, il n’y a pas d’arbitre non plus : tout pousse à ce que ces acteurs entrent en concurrence mais surtout exagèrent leurs différences. »

 Sur le positionnement des socialistes 
« Sur quoi les socialistes peuvent encore espérer se distinguer des deux autres pôles, écologistes et insoumis ? Sur les questions d’environnement, il y a une convergence : c’est plus vert que moi, tu meurs (…). Sur les questions économiques, il y aurait plus à dire mais fondamentalement, on ne voit pas non plus de marqueur de différences. Mais il y a le marqueur très symbolique qui a l’avantage de ne rien coûter : la République. Aux yeux des socialistes, les écologistes sont des Girondins et des internationalistes multiculturalistes, les insoumis étaient partagés jusqu’il y a peu mais aujourd’hui, ceux qui semblent l’avoir emporté, sont ceux de l’aile de la tolérance et de l’acceptation de la diversité culturelle. »
« Il y a un positionnement général de la direction du PS sur le champ de la défense des valeurs républicains de manière pas toujours très précise (on est parfois presque dans l’ordre de la morale : on affirme des grands principes mais on ne se bat pas pour savoir s’il faut interdire le port du voile à l’université car là, on reste dans le flou). »
« Il y a aussi des conflits internes au PS : dans l’entourage d’Olivier Faure, il y a une forte présence d’anciens proches de Manuel Valls dont ils partagent un certain nombre de positionnement sur les questions de laïcité, de l’islam, de sécurité… et poussent à la roue. Un certain nombre de gens qui se définissent moins comme les gardiens du temple républicain en profitent pour verser de l’huile sur le feu pour déstabiliser le Premier secrétaire. »
« Certains comme Bernard Cazeneuve ou Stéphane Le Foll ne veulent pas d’une candidature qui ne soit pas socialiste. »
« Si demain, les socialistes, les écologistes et les insoumis se mettaient d’accord pour soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon - je ne sais pas si c’est possible mais pourquoi pas -, on risque d’avoir un déport du PS au profit d’une autre candidature. »
« Quand un parti se rétracte sur son noyau le plus fidèle, ce n’est pas un signe de sa capacité à s’ouvrir. »

 Sur l’éventuelle évolution du PS 
« 2017 est la plus grande défaite des socialistes depuis longtemps. »
« Il faut détacher ce que pensent les dirigeants et ce que pensent les socialistes qui restent : la grande difficulté, c’est que l’affichage transformationnel et plus radical mais aussi l’écologisation, en fait, n’a pas eu lieu. »
« Il y a une conviction qu’il faut changer et faire évoluer les choses vers une société moins polluante mais toute la démarche intellectuelle que cela suppose n’est pas faite en profondeur : les socialistes qui restent sont plutôt vieux et sont issus d’une matrice qui restent productivistes. »
« Le positionnement écologiste du PS relève plus de la stratégie ou de la tactique que d’une conviction profonde et d’une modification des chaines de pensée. »
« Qu’est-ce que lisent les sympathisants socialistes ? Est-ce qu’ils connaissent les grands penseurs de la pensée écologiste critique ? Ils sont encore marqués par une espèce de keynésianisme marqué par un peu de marxisme et d’un radicalisme lié à la culture très troisième République de défense des principes républicains. Il y a certes une réflexion sur l’histoire ou la colonisation mais qui n’est quand même pas très développée… Il y a un effet d’âge et un effet de formation. »

 Sur les deux gauches irréconciliables 
« Même le Parti socialiste n’est pas capable de savoir comment il pourrait lui-même choisir son ou sa candidate pour l’élection présidentielle ou même pour une primaire : il y a Anne Hidalgo, il y a Arnaud Montebourg, il y a un certain nombre d’autres candidats en embuscade… Du coup, c’est la tyrannie des petites différences sans pour autant oser prendre des risques. »
« Tous les socialistes s’abritent derrière les fondamentaux : on est tous républicains, on est tous écologistes, on défend tous les services publics… mais ça ne va pas au-delà parce qu’il y a une peur de trop effrayer. »

 Qu’attendre de la réunion de toute la gauche voulue par Yannick Jadot ? 
« Un miracle est toujours possible : on est quelques jours après Pâques. »
« Tant que tout le monde ne se focalisera que sur l’élection présidentielle, c’est perdu d’avance sauf si tout le monde arrivait à se mettre d’accord sur un mécanisme commun de désignation de ce candidat. »
« Derrière l’élection présidentielle, il y a les élections législatives. Et sans majorité à l’Assemblée nationale, un président en France a très peu de pouvoir. D’ailleurs, on doit apprendre que ce qu’il s’est passé en 2017 avec En Marche ne doit plus se reproduire : il faut à tout prix expliquer aux Français que tout ne se joue pas uniquement sur une personne. »
« On peut se mettre d’accord sur un programme - pas besoin de se mettre d’accord sur tout. »
« Il faudrait qu’on mette la question de l’éducation en premier, pas de savoir si on est pour les réunions non-mixtes ou l’écriture inclusive. »

 Sur la présidentielle 2022 et les perspectives à gauche 
« On ne peut pas à la fois critiquer la cinquième République présidentialiste voire monarchiste et faire comme si la survie de la gauche et du pays passait par savoir qui aurait la chance de ne pas être battu au premier ou au deuxième tour de l’élection présidentielle. »
« Un président de gauche, quelle que soit sa saveur, ne peut être élu qu’à la faveur d’un imbroglio, c’est-à-dire quatre candidatures qui auront fait entre 15 et 25% et que lui aura fait 17,5. »
« Moi, dans l’idéal, je pense qu’il aurait fallu des primaires qui rassemblent tout le monde. »
« Etant donné que la gauche aujourd’hui dans notre pays, c’est 25% à tout casser, s’il veut gagner, il ne pourra se permettre le luxe de faire le tri entre les bons et les pas bons électeurs : on n’est pas dans un congrès trotskyste. »
« On pense que si on est élu, on va pouvoir réaliser son programme. Mais on voit bien que même Emmanuel Macron n’y arrive pas. »
« L’unité, ce n’est pas l’uniformité. »
« La gauche n’est pas taillée pour une compétition qui serait personnalisée, où les partis seraient évanescents ou cycliques. »
« Une des grandes faiblesses de EELV, c’est qu’il y a 8.000 adhérents mais un ancrage dans la société très faible. »
« La force du PCF, c’est d’avoir encore un tissu de militants mais ils n’ont pas la personne… Mais cela explique leur survie ! »

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Vos réactions

  • Mr Sawicki et mr Regards.

    Vos considérations sur la goche on s’en tape au plus haut point !!

    On veut
    1 du social
    2 du social
    3 du social.

    Parlez de la goche, du PS et tutti-quanti sans dire que le PS a une politique anti-sociale est un exploit en mauvaise foi.
    Toute mes félicitations !!

    Quant aux primaires de la goche mais à qui vous voulez faire croire un truc pareil ?
    Valls a tout dit sur les primaires de la goche : de la m....

    Cyrano 78 Le 9 avril à 23:38
  •  
  • Mr Sawicki
    Entre JLM ou Macron/MLP, vous votez pour qui ?

    je parie une bouteille de pastis que la majorité de l’appareil du PS rejoint Macron avant le 1 tour des présidentielles !
    Pour lutter contre le fascisme évidement pas pour prendre des places !

    Cyrano 78 Le 9 avril à 23:41
  •  
  • La force du PCF, c’est d’avoir encore un tissu de militants mais ils n’ont pas la personne… Mais cela explique leur survie ! »

    oui

    il lui manque encore de s’extraire des alliances avec le PS , ce qui contribue à la confusion , de clarifier ses positions sur un certain nombre de sujet, l’Europe par exemple.
    Et il pourrait être un point d’appui pour la reconstruction d’une alternative s’adressant à tous ceux qui désertent la vie politique, les urnes.
    aux cabossés de la mondialisation

    dan93 Le 10 avril à 10:01
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