Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 10 décembre 2021

Frédéric Sawicki : « On ne peut pas dénier à Anne Hidalgo d’avoir le sens des responsabilités »

En France, la social-démocratie est en échec. La candidate socialiste, Anne Hidalgo, est créditée de 3 à 5% des intentions de vote, selon les sondages. Une réalité qui n’est pas sans lien avec la proposition de primaire populaire, comme pour mieux sortir par le haut. Frédéric Sawicki, politologue, professeur de Science politique, est l’invité de #LaMidinale.

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur le revirement d’Anne Hidalgo  
« Il est clair que les anticipations liées aux sondages ont joué un rôle important dans la décision d’Anne Hidalgo. »
« Anne hidalgo avait jusque-là refusé de participer à une primaire populaire. »
« Anne Hidalgo avait présumé de ses forces et de son charisme. »
« Beaucoup ont vu dans la candidature d’Anne Hidalgo une façon de sauver le PS ou de contrer la ligne d’Olivier Faure qui était de proposer la possibilité d’un soutien à une candidature non socialiste. »
« La crainte de nombreux parlementaires socialistes c’est de ne pas retrouver leur circonscription aux prochaines législatives. »
« Pour les partis, les élections législatives sont beaucoup plus importantes que l’élection présidentielle. En tout cas, elles sont aussi importantes que l’élection présidentielle. »
« Avec sa proposition de doubler les salaires des enseignants, Anne Hidalgo a été largement discréditée - notamment dans les médias mais aussi du côté des enseignants qui ont trouvé que la proposition était très démagogique. Elle s’est plantée. Elle tente de se rattraper. »
« Anne Hidalgo n’est pas toute seule à prendre des décisions. On ne peut pas lui dénier, avec sa proposition, d’avoir le sens des responsabilités. » 
« La défaite écrasante de la gauche impacterait le Parti socialiste mais aussi plus largement l’ensemble de la gauche. »

 Sur l’état de la social-démocratie  
« La social-démocratie est en crise mais il y a une capacité de ces partis à s’ouvrir à des revendications écologiques et environnementales. Le paradoxe, c’est que le PS est allé assez loin en s’affichant comme le parti de la social-écologie. Ça ne prend pas et si ça ne prend pas c’est parce qu’il y a ce bilan désastreux du quinquennat précédent. »
« L’analyse critique des raisons pour lesquelles le PS au pouvoir entre 2012 et 2017 a échoué à ce point - au point que son président n’a même pas pu ou n’a pas osé affronter les électeurs - n’a pas véritablement été faite devant les Français. Le problème, c’est que le PS pense que ce travail a été fait. »
« Anne Hidalgo, même si elle-même n’a pas été au premier plan, ministre au gouvernement, porte ce fardeau [le quinquennat de François Hollande]. »
« Anne Hidalgo, dans ses positions publiques, fait comme si le passé n’existait pas. Elle arrive en se présentant comme une femme neuve, qui s’est faite d’elle-même, et qui a fait des choses merveilleuses à Paris, comme si sa famille politique n’était en rien lié à ce qu’elle est. »
« Les socialistes se sont un petit peu trop satisfaits de leur victoire aux élections locales en pensant que la page avait été tournée alors que la page n’a pas été tournée. »
« Anne Hidalgo et le PS jouent la carte de la gauche responsable. »
« François Hollande ne croit pas aux chances de la candidate du Parti socialiste mais Anne Hidalgo va quand même à ses côtés en Corrèze quitte à se faire humilier. »
« Anne Hidalgo dit qu’elle n’abandonnera pas la course si elle est la seule à proposer cette primaire ce qui veut dire qu’on pourrait revenir au point de départ. »

 Sur la possibilité d’une implosion au PS 
« Il y a au PS une aile identitaire : des gens qui considèrent qu’il faut assumer le bilan du quinquennat de François Hollande et qu’il n’est pas possible de dissoudre le PS dans une espèce de nébuleuse social-écologiste dans laquelle les verts auraient la prééminence (…). Ces gens-là pensent que le plus important est de sauver le Parti socialiste et d’essayer de retrouver la prééminence à gauche. Ils craignent que le fait de ne pas présenter de candidat soit un calcul de court terme et qu’à long terme le PS va être pasokisé, c’est-à-dire comme le PASOK grec, il va être dissout. Et ça sera la fin du PS. »
« Depuis le début, Anne Hidalgo et ses proches n’en font qu’à leur tête. »

 Sur la suite de la campagne pour les candidats et candidates de la gauche et des écologistes 
« Il y a des contraintes pratiques de calendrier, notamment le fait que les comptes de campagne doivent être fusionnés s’il y a ralliement à partir de fin janvier. Mais il y a aussi le problème de la collecte des signatures, la question de l’organisation matérielle d’éventuelles primaires… Mais il y a surtout le poids des logiques identitaires et d’appareils : on le voit par exemple pour le Parti communiste qui affirme ne pas avoir présenté de candidat à la présidentielle depuis longtemps. »
« Chez les écologistes, on invoque le fait d’avoir déjà organisé des primaires. »
« Tout pousse à ce que cela ne bouge pas. »
« Il y a aussi la dynamique des sondages qui sont de plus en plus catastrophiques avec une menace sérieuse pour que, de nouveau, on se retrouve entre Marine Le Pen (ou Eric Zemmour) face à Emmanuel Macron ou même Valérie Pécresse - Emmanuel Macron. »
« Les choses pourraient peut-être bouger même si je pense personnellement que ce n’est pas l’hypothèse la plus probable vu l’émotion suscitée par la proposition d’Anne Hidalgo. »
« Est-ce que l’on assistera à un désistement progressif des candidats au profit de celui qui est en tête ? Cela supposerait un accord politique et cela voudrait dire qu’il faudrait se mettre d’accord sur les législatives et avoir un programme suffisamment oecuménique. Le problème, c’est que tout cela apparaîtrait comme un bricolage aux yeux des électeurs. »

 Sur la candidature de Christiane Taubira 
« Je crois qu’on est, chez un certain nombre de gens, dans une situation tellement désespérée que tout est bon à prendre. En 1995, le PS était prêt à s’offrir à Jacques Delors pour sauver les meubles. Aujourd’hui, ça pourrait être Christiane Taubira. »
« Quand on a un candidat ou une candidate à l’élection présidentielle, on épluche toutes ses prises de position antérieures : Christiane Taubira qui a une image plutôt positive pour les électeurs de gauche risquerait d’être ramenée à des positions beaucoup moins consensuelles - sans même parler de ses positions sur la vaccination de ces dernières semaines. »
« Christiane Taubira aurait de fortes chances de cliver. »
« Je ne crois pas qu’on improvise une candidature à l’élection présidentielle comme ça : si Christiane Taubira avait souhaité s’engager, elle avait 5 ans pour le faire et se préparer. »

 Sur le peuple de gauche 
« Selon les enquêtes, il y a entre 20 et 25% de gens qui continuent de se positionner à gauche - plutôt au centre gauche qu’à l’extrême gauche -, 30 à 35% à droite ou à l’extrême droite et un nombre important de gens qui refusent de se positionner selon cet axe ou qui se placent au centre. »
« Quand la gauche est arrivée au pouvoir, c’est parce qu’elle a réussi à rallier des électeurs qui se positionnaient au centre ou ni à droite ni à gauche. Il n’y aucune fatalité à ce que seuls les électeurs se sentant de gauche votent à gauche. »
« Si on regarde le positionnement quant aux enjeux de société ou aux enjeux socio-économiques, on peut se dire que la gauche a du potentiel. »
« C’est une illusion terrible de penser qu’Emmanuel Macron, parce qu’il a une politique pour les gens plus politisés et clairement orientés à droite, est perçu automatiquement comme étant de droite par des électeurs qui accordent à la politique une attention oblique et ponctuelle (…). La politique du quoiqu’il en coûte a été très bien accueillie par des gens de milieux modestes ou qui peuvent politiquement voter à gauche. »

Vos réactions (2)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • « On ne peut pas dénier à Anne Hidalgo d’avoir le sens des responsabilités »

    J’avoue que j’ai éclaté de rire à la lecture de cette phrase ^^

    Quand je pense que Ségolène Royal aurait put être la candidate du PS... Elle aurait su faire l’union avec Mélenchon et Jadot.

    jojoLeRouge Le 10 décembre 2021 à 20:42
  •  
  • Le drame pour Hidalgo est que son sens des responsabilités a franchi le périphérique.

    Glycère BENOIT Le 10 décembre 2021 à 22:16
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.