Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 2 décembre 2019

Gilles Raveaud : « La réponse au déficit du régime des retraites, c’est l’emploi : il faut embaucher des jeunes qui cotisent »

La réforme des retraites se justifie-t-elle ? L’argument du déficit est-il recevable ? Quels financements pour les retraites de demain ? L’économiste Gilles Raveaud, professeur à l’Institut d’études européennes de l’Université Paris 8-Saint-Denis, est l’invité de #LaMidinale.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 

VERBATIM

 

 Sur le fonds de réserve des retraites 
« Lionel Jospin avait mis en place un fonds de réserve des retraites avec 35 milliards sur le compte. Et les caisses complémentaires privées, AGIRC et ARRCO qui ont fusionné, disposent de 116 milliards de réserve. Donc on a un total de réserve de 150 milliards. »
« En 2018, le régime général des retraites en France est à l’équilibre. »
« Le déficit annoncé pour 2022/2025 n’est que de quelques milliards. »
« Ce qui se passe, c’est comme si vous aviez 100 euros de découvert à la fin du mois, que vous aviez 15.000 euros d’épargne et que vous paniquiez parce que vous n’allez pas pouvoir finir le mois. »

 Sur la réforme des retraites 
« C’est une réforme machiavélique parce que le montant des retraites va baisser, sans qu’on le dise. L’immense majorité des gens ne décide pas la durée de cotisation. Certains ne peuvent pas bosser davantage, ça ne dépend pas d’eux : ça dépend de leur état physique, de leur santé mentale, des maladies. »
« Le vrai problème qui va venir, c’est la pauvreté des retraités. »
« Il est aberrant de dire qu’il faut que tout le monde bosse plus alors qu’on a aujourd’hui des millions de gens qui sont laissés sur le bord de la route et qui voudraient travailler. »
« Personne ne fait le lien entre le pseudo-déficit des retraites et le chômage - alors que c’est une évidence. »

 Sur le rapport cotisants/retraités 
« L’économiste Jean Gadrey explique que ce qui compte, c’est le rapport entre le nombre de personnes âgées et le nombre de personnes qui travaillent. Il dit aussi qu’il y a moins d’enfants. Or les enfants coûtent très cher à l’éducation. C’est une charge pour une société avant qu’ils ne travaillent. Donc la part des vieux va augmenter mais la part des jeunes va baisser : ça veut donc dire que le rapport entre le nombre de cotisants et de dépendants se dégrade, mais pas tant que ça. »
« La plus grande victoire des libéraux est d’avoir fait croire qu’on était un pays pauvre. C’est d’une indécence totale. Une grande partie de la gauche a intégré ce discours. »
« L’Etat n’est pas la France. Et la Sécurité sociale n’est pas la France. Donc l’Etat peut être en déficit, la Sécurité sociale aussi mais la France reste extrêmement riche. »

 Sur le système de retraite par points 
« La retraite aujourd’hui, c’est la sécurité sociale. »
« Emmanuel Macron est fasciné par l’autorité et la puissance de l’Etat donc le premier changement qui est fait dans cette réforme, c’est que la retraite sera gérée par l’Etat. Donc le point ne vaut rien. Même François Fillon le dit. »
« Légalement, il n’y a aucune garantie sur la valeur du point. Edouard Philippe ne peut pas forcer la personne qui sera à la tête du gouvernement dans cinq ou dix ans de faire quoi que se soit. »
« Cette réforme est une avenue pour les fonds de pension. Mais il faut arrêter de se mentir, ces fonds de pension existent déjà. »
« Le système français de retraite, d’un point de vie économique, est l’une des technologies les plus fantastiques qui existe. »

 Sur le seuil minimum des 1.000 euros de retraites 
« S’ils le font, c’est vrai qu’il y a un petit progrès pour le plus pauvres d’entre nous. »
« Pour les femmes, en général, le fait de prendre en compte l’ensemble de la carrière est beaucoup plus pénalisant que le système actuel. »

 Sur les régimes spéciaux 
« Sur les retraites, Macron avait un argument malin - et qui n’était pas faux - sur l’unification et la simplification du système à cause notamment des 42 régimes spéciaux. Sauf qu’en réalité, on oublie de dire qu’il y a 90% des gens qui sont dans le régime général. »
« Le déficit du régime des retraites de la SNCF est important : il est d’environ 5 milliards d’euros. Mais que s’est-il passé ? Dans les années 1970, il y avait 30.000 personnes qui travaillaient à la SNCF. Ils sont aujourd’hui 150.000. Les anciens employés sont à la retraite et ceux qui bossent sont deux fois moins nombreux donc ils ne peuvent pas financer la retraite des plus âgés. »
« La première réponse au déficit du régime des retraites de la SNCF, c’est d’abord l’emploi : il faut embaucher des jeunes qui cotisent. »
« Il faut que l’Etat s’occupe de ses agents et mette l’argent nécessaire pour la formation. »
« Il faut supprimer les régimes spéciaux (…) : si le peuple est uni et n’est pas divisé en catégories, il est plus fort. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.