Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 8 septembre 2021

Gilles Richard : « La droite sociale n’existe plus parce qu’on n’en a plus besoin »

Où va la droite ? Y a-t-il une place pour une droite sociale ? De quoi l’hypothèse d’une candidature d’Eric Zemmour est-elle le révélateur ? Gilles Richard, historien, spécialiste des droites et président de la société française d’histoire politique, est l’invité de #LaMidinale.

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 Sur les droites irréconciliables  
« La vie politique est illisible et incompréhensible parce qu’on ne fait pas assez attention au vocabulaire. Il y a des droites. »
« Il y a deux droites, deux grandes familles de droite qui sont en conflit : les néolibéraux et les nationalistes. »
« Il y a des divisions entre néolibéraux et nationalistes. »
« Il ne faut pas confondre les familles politiques et les partis politiques (…). Il y a aujourd’hui une crise des partis politiques qui se traduit par le fait que les partis ne correspondent pas aux familles. Il n’y a pas une bonne superposition. »

 Sur Emmanuel Macron et la droite 
« Les néolibéraux sont au pouvoir depuis Giscard d’Estaing sans interruption - sauf un court moment quand les gauches étaient de gauche de 81 à 83. »
« Les néolibéraux sont dominants et dirigent le pays de façon hégémonique depuis 1974. Emmanuel Macron en est le pur produit. Il en est même l’incarnation. »
« Emmanuel Macron a pris une partie des socialistes, les strausskaniens et une partie de la droite, les juppéistes. Son problème aujourd’hui c’est qu’il lui faut faire vivre tous ces gens ensemble. »
« LR est en train de se dissoudre, comme le PS. »

 Sur la famille néolibérale 
« S’il y avait un Xavier Bertrand ou une Valérie Pécresse à la tête de l’Etat, je ne vois pas ce que ça changerait sur le fond. »
« Les néolibéraux sont ces libéraux qui ont compris à la fin des années 30 qu’il fallait modifier leur rapport à l’Etat. »
« La famille libérale en France a toujours existé mais n’était pas dominante. Elle était toujours associée à d’autres forces. »
« La famille libérale considérait que les affaires économiques devaient n’être l’affaire que des patrons. Les néolibéraux repensent le rôle de l’Etat et considèrent que l’Etat a un rôle central dans la protection et l’extension du capitalisme. L’Etat doit institutionnaliser le capitalisme par la loi. »
« Les néolibéraux n’ont pas besoin des LR puisqu’ils sont au pouvoir avec les machinistes. »

 Sur la droite et les territoires  
« On est en campagne électorale et on a ouvert la machine à discours pour essayer d’attirer les électeurs. Il faut aussi glaner les voix des élus locaux pour obtenir les parrainages à l’élection présidentielle donc on a intérêt à parler des territoires. Ça vaut d’autant plus quand on est un élu régional. »

 Sur la place pour une droite sociale/humaniste  
« Le fait de se réclamer de de Gaulle est à la mode et comme il est mort, ça ne coûte rien de s’en réclamer. C’est le grand homme le plus populaire, il a dépassé Napoléon 1er et Louis XIV. »
« On se réclame de Charles de Gaulle autant à gauche qu’à droite. »
« Est-ce que le gaullisme est social ? Oui. Seulement, quand il était président de la République, il a pris Georges Pompidou comme premier ministre qui est le prototype du néolibéral. »
« Quand il a voulu faire du social après 68, de Gaulle a échoué et il a été battu par Pompidou qui a pris sa place. »
« La droite sociale n’existe plus parce qu’on n’en a plus besoin. Le mouvement ouvrier est moribond. Le PCF n’existe quasiment plus. Le PS n’est plus de gauche. La CGT a moins d’adhérents qu’en 1914. »
« On ne peut plus parler de classe ouvrière. Les néolibéraux associés au grand patronat ont réussi à la détruire. »

 Sur le clivage droite/gauche 
« La vie politique française est structurée depuis la Révolution française par le clivage entre gauches et droites. »
« Au 19è siècle, la question porte sur le régime politique : est-ce qu’on va être en République ou est-ce qu’on va être dans un régime de type personnel. Ça c’est le combat entre gauche et droite. »
« Une fois que la République est installée se pose la question de savoir si on va avoir une République libérale ou une République sociale ? »
« Aujourd’hui, comme le mouvement ouvrier s’est liquéfié et s’est auto-détruit, le clivage n’est plus entre République sociale ou République libérale, il est entre une République intégrée dans la vaste Union européenne ou au contraire on se replie sur les référents identitaires classiques d’un pays avec des frontières une monnaie : ça, c’est le camp des nationalistes. »
« Les nationalistes réémergent parce que les gauches sont en crise profonde. »

 Sur l’hypothèse d’une candidature Zemmour 
« La droite nationaliste n’a pas besoin d’Eric Zemmour pour exister. Elle a le Rassemblement national et Marine Le Pen qui au second tour de 2017 a réuni 11 millions de suffrages c’est-à-dire cinq fois plus qu’en 1984 et le double de son père en 2002. »
« Il n’est pas impossible qu’Emmanuel Macron ne puisse pas être candidat à l’élection présidentielle et il n’est pas impossible non plus que Marine Le Pen gagne l’élection. »
« Eric Zemmour n’a pas encore ses 500 signatures et il n’a pas de parti derrière lui. »
« Le phénomène Zemmour est un état de la crise des partis politiques. Il est le résultat de la montée en puissance des réseaux sociaux dits sociaux et de ces télé en continue. »

 Sur la question de la liberté au coeur des mobilisations 
« Jacques Chirac, dans la première cohabitation, gouverne déjà au nom de la liberté. »
« Quand on est dans un pays où pendant deux siècles on a eu un clivage entre droite et gauche on ne peut pas parler de France à droite ou de France à gauche. Depuis que les gauches se sont liquéfiées, effondrées, volatilisées, est montée une nouvelle question centrale : non plus la question sociale mais la question nationale. »
« La question nationale organise le débat politique. »
« Les gauches ont perdu la main sur l’organisation de la lutte des classes ce qui ne veut pas dire qu’elles n’existent plus. Pour que les gauches puissent reprendre la main, il faut désormais - puisque la question nationale est posée - qu’elles soient capables de répondre à la question nationale. C’est-à-dire d’offrir une perspective de gauche à une France qui est dans l’Union européenne et dans un monde du capitalisme de la troisième révolution industrielle. Et pour l’instant, il n’y en a pas. »

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