Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 9 janvier 2020

Guillaume Duval : « Après la réforme, il y aura encore plus d’incertitude sur la pérennité du système de retraite »

Que comprendre de la réforme des retraites et de la mobilisation sociale en cours ? Guillaume Duval, éditorialiste à Alternatives économiques et co-initiateur du Festival des idées, est l’invité de #LaMidinale.

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 Sur le rôle des syndicats 
« La présidence d’Emmanuel Macron marque une rupture profonde vis-à-vis d’une période où il y avait un consensus droite/gauche sur le fait que sur les sujets sociaux, avant de faire des réformes, il fallait négocier avec les syndicats et laisser les syndicats et le patronat négocier sur les sujets du droit du travail. Emmanuel Macron a balayé ça d’un revers de la main pour imposer une vision jacobine et jupiterienne de la présidence. »
« Ce qui est très impressionnant sur les retraites, après deux ans de concertation, c’est que, d’une part, on a aucun accord des syndicats et, d’autre part, on n’y voit pas clair. »

 Sur l’absence de chiffrage et de simulation du projet de réforme 
« Aucun chiffrage n’est disponible, ni au niveau global, ni au niveau individuel. »
« Le système actuel est parfaitement soutenable. »
« Le rapport remis par le Conseil d’Orientation des Retraites faisait ressortir qu’il n’y aurait aucune explosion des dépenses de retraite à prévoir jusqu’en 2025, voire 2030. »
« Il y a une baisse des recettes du système qui est liée à deux choses corrélées à la politique du gouvernement : d’une part, les exonérations de cotisations sociales supplémentaires qui ont été décidées et qui n’ont pas été compensées par l’Etat - comme la loi Veil de 1994 l’obligeait. Et d’autre part, le recul de l’emploi public : l’employeur public cotise plus que l’employeur privé. Et quand on fait baisser l’emploi public, on fait baisser les recettes du système des retraites. »
« Si on maintenait simplement les recettes du système des retraites en pourcentage du produit intérieur brut, il n’y aurait aucun problème de déficit à prévoir. »

 Sur les régimes spéciaux 
« On soutient plutôt la suppression des régimes spéciaux et on soutient aussi l’unification d’un système de retraites entre le public et le privé. »
« Le fait que les règles de fonctionnement du système de retraite entre le privé et le public soient différentes est l’une des causes majeures de division du salariat. »
« Le fait que l’on supprime cette fracture qu’il y a aujourd’hui au sein du salariat me parait un objectif politique absolument central pour reconstruire une alternative au néolibéralisme qui joue beaucoup sur cette opposition pour empêcher toute alternative d’émerger. »

 Sur la pénibilité et l’intégration de “spécificités” dans le principe universaliste de la réforme  
« Vu la politique du gouvernement, ça va se terminer comme d’habitude avec un schéma intellectuel parfait qui unifie et simplifie tout et au lieu d’avoir 42 régimes à la fin, vous en aurez 43. On est parti dans cette logique-là. »
« La question de la pénibilité est centrale pour tenir compte des difficultés que peuvent rencontrer certaines professions. »
« Avec les critères d’aujourd’hui, on a 180.000 personnes qui peuvent prétendre à ces conditions-là et il y en aurait 800.000 si on remettait les critères qui ont été éliminés. Il faut rétablir les critères éliminés en 2017 mais il fait aussi abaisser les seuils auxquels on les prend en compte. »
« Il faut aller plus loin en termes de droit à partir plus tôt à la retraite. Aller plus loin, ça n’est pas seulement un moyen de compenser les effets de la pénibilité - insuffisamment pris en compte -, c’est aussi un moyen d’imposer aux employeurs d’améliorer les conditions de travail. »

 Sur la retraite à points 
« Le principe même de la retraite à points est problématique à plusieurs niveaux : il prend en compte de la même manière les rémunérations touchées tout au long de la carrière pour calculer le niveau de la retraite. »
« La fonction sociale d’un système de retraite, c’est de donner aux gens un revenu de remplacement qui soit en rapport avec le revenu qu’il touchait en fin de carrière. Donc il s’agit de punir les gens qui ont un peu mal démarré dans leur carrière. »
« La retraite à points oblige les jeunes à regarder de très près combien ils vont gagner de points parce que c’est ça qui déterminera leur retraite : c’est très mauvais pour la dynamique économique du pays. Ça veut dire que vous dissuadez les jeunes de créer des entreprises, de s’embarquer dans une boite qui démarre, de changer d’orientation. Vous freinez la mobilité dans l’économie et vous freinez l’économie. »
« Un an de plus dans une retraite à points ça donne environ 2,5% de retraite en plus sur une carrière de 40 ans. Ce que pense le gouvernement, c’est que 2,5% ce n’est pas assez dissuasif et le risque est non négligeable que tout le monde parte à 62 ans dans le nouveau système. »

 Sur la question de l’âge pivot  
« Le système de l’âge pivot est le système le plus injuste parce que ça pénalise d’abord ceux qui ont commencé à travailler plus tôt et ça avantage ceux qui ont fait des longues études et ont, a priori, des rémunérations plus fortes et des conditions de travail plus favorables. »
« Le problème, c’est que ce gouvernement peut sans doute faire passer en force son système de retraite mais il reste la question de la fonction publique, des enseignants et de beaucoup d’autres secteurs dans la fonction publique : ils sont les grands perdants. »
« Il va y avoir une plus forte incertitude après qu’avant la réforme des retraites, sur la pérennité, la nature et la soutenabilité du système futur de retraites. »

 Sur les inégalités 
« Dans le simulateur qui est mis en ligne par le gouvernement, il montre qu’une femme qui a commencé à travailler à 23 ans et qui veut prendre sa retraite à 62 ans, en ayant été payée au SMIC pendant toute sa carrière, aura une retraite plus faible avec le nouveau système qu’avec l’ancien. Ça n’est qu’à 64 ans qu’elle gagnera un peu plus parce qu’elle rentrera dans la logique du minimum de retraite. »
« Ce que montre le simulateur c’est exactement le contraire de ce que dit le gouvernement sur l’amélioration des situations des uns et des autres. »

 Sur la mobilisation sociale du jour  
« Il faut retirer le texte et négocier sérieusement. »
« On ne peut pas faire une conférence de financement tout en laissant en place le texte et sa logique. »
« La première chose qu’on ne comprend pas dans ce texte et sa logique, c’est le financement du système futur de retraite une fois qu’on aura mis en place les points. »
« Il faut commencer par discuter du financement des retraites mais pour le faire dans de bonnes conditions, il faut d’abord retirer ce projet. »
« Même si la CFDT, l’UNSA et la CFTC se disaient ”d’accord” [avec la réforme], aujourd’hui, en termes de représentativité, ils ne représentent qu’un tiers des voix des salariés. »
« La CFE-CGC qui pèse très lourd et qui est plutôt en progression aujourd’hui dans le salariat est associée à la mobilisation avec la CGT et FO. »
« Pour faire une réforme qui rencontre un consensus suffisant dans la société pour être stable, c’est-à-dire de dégager l’horizon futur des retraites, il faut négocier et aboutir à un consensus large sur ce qu’il faut faire dans le futur. »

 Sur le festival des idées  
« C’est l’un des lieux qui permettent de construire une alternative au néolibéralisme, notamment dans l’optique des élections de 2022. »
« Notre objectif n’est pas de rassembler des partis ou de construire des coalitions ; c’est plutôt de dégager des perspectives en termes de contenus, de programmes, d’idées sur ce qui pourrait rassembler la gauche et les écologistes comme projet pour le futur d’une part et d’autre part ce qui pourrait faire qu’on retrouve en particulier les classes populaires afin qu’elles puissent adhérer à un projet porté par la gauche et les écologistes. »
« Cette année, on voudrait être plus programmatique. L’an dernier on avait mis des sujets en discussion. Cette année, on voudrait mettre des propositions en débat pour permettre d’avancer sur une dizaine ou une vingtaine de propositions qui pourraient être le cœur d’un programme pour le futur d’une alternative en 2022. »

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