Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 11 octobre 2021

Guillaume Duval : « La présidence Macron est une folie en termes de concentration des pouvoirs »

Guillaume Duval, ex-rédacteur en chef d’Alternatives économiques et fondateur du Festival des Idées, publie L’impasse : comment Macron nous mène dans le mur aux éditions Les Liens qui Libèrent. Il est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la définition du macronisme 
« Le marcionisme est fondamentalement deux choses : un mépris du peuple, c’est à dire l’idée que ce sont les gens en bas de l’échelle qui sont responsables de nos difficultés économiques et sociales parce qu’ils sont paresseux, ils ne travaillent pas assez, ils sont trop payés, les systèmes sociaux sont trop développés (…). Et l’autre caractéristique du macronisme, c’est un élitisme aristocratique. C’est l’idée que c’est une élite très intelligente et dès diplômée qui est seule légitime pour diriger le pays parce qu’elle sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui. »
« Je ne pense pas qu’Emmanuel Macron veuille faire le bien des très riches ou du capitalisme. Il est sincère dans l’idée que ce qu’il défend est bon pour l’avenir du pays. Il se trompe complètement sur le diagnostic et les remèdes. »
« Emmanuel Macron s’inscrit dans une lignée autoritaire, verticale, jupitérienne. »
« La manière dont il a mené la politique de santé pendant la crise du Covid-19 est extrêmement inquiétante pour l’avenir. »
« La présidence Macron est une folie en termes de concertation des pouvoirs. »

 Sur le bilan du quinquennat 
« On va retenir plusieurs choses mais c’est vrai que la période qui est en train de se clore avec le Covid-19 a changé un peu la nature de sa politique économique. Il a fait du quoi qu’il en coûte même si c’est très inégalitaire. C’est du quoi qu’il en coûte pour les entreprises et assez peu pour les pauvres et les dépenses sociales. »
« À l’origine, le début de son mandat avait très clairement pour objectif de mettre en œuvre un programme très thatchérien : abaisser les impôts sur le revenu du capital et des très riches. Diminuer les droits des salariés et restreindre les dépenses publiques. »
« Ce que l’on perçoit de la suite, c’est revenir au ‘business as usual’. Se remettre à diminuer les dépenses publiques, réformer les retraites, diminuer l’assurance chômage. »
« Le quoi qu’il en coûte a eu un effet positif sur l’activité économique mais on verra ce qu’il se passera après les élections si par malheur il est réélu. » 
« La France est le pays de l’OCDE où les entreprises sont les plus endettées donc on est dans une situation très fragile. Par ailleurs, les comptes extérieurs ne se sont pas redressés, l’innovation est toujours à la cave, l’université et la recherche vont toujours très mal et plutôt qu’avant qu’il ne reprenne les choses en main.

 Sur la popularité de Macron 
« Les sondages donnent Macron aussi populaire aujourd’hui que Sarkozy en 2011. François Hollande est hors concours dans ce domaine là. »
« L’idée qu’Emmanuel Macron soit très populaire ou exceptionnellement très populaire est vrai par rapport à François Hollande mais ça n’est pas vrai vis-à-vis du reste. »
« La forte position de Macron dans les sondages tient principalement au fait qu’il n’y a pas d’alternative de gauche crédible. »
« Macron peut reculer dans les sondages si une alternative de gauche crédible se dégage si le nombre de candidats se réduit. »
« Macron apparaît pour beaucoup de gens - y compris à gauche - comme un rempart à moindre mal vis-à-vis de la droite très extrémisé. »
« La situation est politiquement beaucoup plus dangereuse qu’elle ne l’était il y a cinq ans même si le RN est affaibli. »
« L’émergence d’un arc droite/extrême droite apparaît aujourd’hui très crédible là où, il y a cinq ans, la digue tenait encore. » 

 Sur les syndicats et la négociation collective  
« Macron s’inscrit dans une tradition très française avec l’absence de corps intermédiaires. »
« On est un pays où la tradition de négociation sociale est très faible. »
« Au début des années 2000, il y a eu un certain consensus droite/gauche pour essayer de social-démocratiser la société française et donner plus de poids à la négociation sociale qu’à la loi (…). Nicolas Sarkozy a été très macronien dans sa pratique du pouvoir puisqu’il s’est assis dessus très rapidement. Hollande avait essayé mais il a lui aussi balayé les choses notamment sous l’impulsion de Macron. L’arrivée de Macron au pouvoir, c’est l’enterrement de cet effort-là avec le retour en force de l’Etat et du rôle de l’exécutif qui doit faire la loi dans le domaine social avec des corps intermédiaires sont balayés. »
« Sous Macron, on est revenu à la politique jupitérienne, verticale dans le domaine du social. C’est une des raisons pour lesquelles la France a autant de mal dans la compétition internationale. L’Allemagne, la Suède, les pays scandinaves s’en sortent beaucoup mieux que nous même s’ils ont un coût du travail très élevé. Dans ces pays, la négociation sociale est très importante et les salariés ont beaucoup plus de pouvoir dans les entreprises. »

 Sur les « cendres de la social-démocratie » 
« Il y a un problème général de la social-démocratie. »
« On aurait pu penser après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique que la social-démocratie allait enfin gagner face au communisme et on a finalement assisté à un déclin presque aussi profond de la social-démocratie que du communisme. »
« Le discours sur l’unité du salariat ne peut plus marcher dans des sociétés où quasiment tout le monde est salarié et les gens qui ne le sont pas sont des quasi salariés. »
« Dans des sociétés où presque tout le monde est salarié, les contradictions internes à la société passent forcément à l’intérieur du salariat. Donc tout le discours qui était commun aux socialistes et aux communistes sur l’unité du salariat face au bourgeois et aux capitalistes ne tient plus. »
« Les vrais prolétaires qui continuent à exister ne se reconnaissent plus dans le discours de l’unité du salariat. »

 Sur les stratégies de la gauche 
« Je pense que le discours sur les 1% et les 99% est un discours trompeur : c’est vrai qu’il y a les 1% qu’il faut taxer plus sur leurs revenus et leur patrimoine mais cela ne règle pas toute la question. Si les ouvriers, les employés, les salariés des zones rurales, si les gilets jaunes ont toujours du mal à se reconnaitre dans la gauche politique dans toutes ses nuances - que ce soit la LFI, le PCF ou le PS -, c’est que la gauche de gouvernement a toujours considéré que, dans les petites entreprises, il ne fallait pas embêter les patrons avec les droits de leurs salariés parce que c’était eux qui créaient des emplois. »
« Il est indéniable qu’il y a des nuances et des oppositions significatives à gauche sur plusieurs sujets : l’Europe, le nucléaire, la laïcité. Mais on est tous d’accord sur des sujets importants qu’il s’agit de placer de nouveau au cœur du débat public : les inégalités de revenus, le pouvoir d’achat, la réindustrialisation… »
« Les sujets de dissensus servent souvent d’excuses pour ne pas chercher l’unité : c’est suicidaire si cela devait perdurer. »

 Sur la primaire populaire 
« Les candidats actuels à l’élection présidentielle sont engagés dans une dynamique où ils ont choisi que ce serait les sondages qui les départageraient. On sait très bien qu’ils n’iront pas tous jusqu’au bout car il faut trouver des financements et des signatures. »
« La primaire populaire propose un départage civilisé et ensuite, une dynamique unitaire. »
« C’est une initiative qui mérite d’être soutenue et tentée car c’est la seule qui permette d’avoir une chance de gagner l’an prochain. »

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