Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 12 avril 2019

Guillaume Duval : « Macron n’est une chance ni pour l’Europe, ni pour la France »

Guillaume Duval est journaliste et éditorialiste à Alternatives Economiques. A quelques semaines des élections européennes, il vient de publier Trump, Poutine, Orban, Salvini, le Brexit... une chance pour l’Europe aux Editions Les Petits Matins. Il est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur l’Europe : c’est quoi l’Europe ? 
« L’Europe, c’est d’abord des institutions, un marché mais c’est aussi une puissance économique notamment à travers l’euro qui fait qu’elle existe à l’échelle internationale. »
« L’Europe est un ensemble très hétérogène mais cette hétérogénéité est en train de se réduire assez rapidement. »
« Le dumping social à interne à l’Europe est en train de se réduire fortement parce que les pays de l’Europe centrale et orientale se sont mieux sortis de la crise que l’Europe occidentale et donc les écarts se sont beaucoup réduits. »

 Sur l’absence d’intérêts convergents entre pays membres 
« L’un des problèmes de l’Europe c’est cette incapacité de parler bloc à bloc notamment avec les puissances comme la Chine sur les questions commerciales mais c’est une des choses qui est en train de changer. »
« Les Allemands ont compris qu’ils étaient 80 millions et que les Chinois étaient 1,4 milliards et qu’ils ne s’en sortiraient pas tout seul avec eux. »

 Sur Trump comme chance pour l’Europe 
« Les Etats-Unis vont mal sur le plan de la santé publique, des inégalités territoriales, sur des questions de race, et ça les amène à vouloir se recentrer sur eux-mêmes et à se désengager du reste du monde - notamment en l’Europe. »
« L’agressivité de Trump vis-à-vis de l’Europe - il déclare que l’Europe est un ennemi des Etats-Unis - nous pousse à nous doter d’une politique extérieure et de défense commune. »
« L’agressivité de Trump sur le plan commercial pourrait nous être utile. »
« Ça fait longtemps que les Américains reprochent aux Européens de ne pas faire ce qu’il faut pour soutenir l’économie mondiale. »
« Cette situation avec les Etats-Unis peut amener les Allemands à accepter un changement de politique économique en Europe pour continuer à pouvoir vendre des voitures aux Etats-Unis en réduisant les excédants extérieurs de l’Europe. »
« La zone euro a 390 milliards d’euros d’excédents extérieur : c’est de la folie furieuse. »

 Sur Poutine comme chance pour l’Europe 
« Je ne crois pas du tout au discours sur l’Europe sociale. Je pense que les modèles sociaux se sont développés dans chacun des pays nationaux et on aura beaucoup de mal à les rapprocher. »
« L’enjeu sur le social, c’est d’éviter que le fonctionnement économique de l’Europe continue d’être anti-social. »
« Les politiques environnementales sont déjà des politiques européennes. »
« La France est un pays qui n’a aucune politique environnementale - et qui n’en a jamais eues - : elle a simplement transposé en droit français des directives européennes. »
« Les pays les plus écolos sont les pays du nord de l’Europe et l’Allemagne, qui sont aussi les plus austéritaires, mais comme ils ont très peur du réchauffement climatique, ils pourraient accepter de mettre beaucoup d’argent en commun pour l’environnement. »
« On pourrait relancer l’intégration européenne autour de la transition énergétique. »
« Il ne s’agit pas simplement d’être gentil avec le climat pour nos arrière-petits-enfants ; c’est aussi une question de survie pour le modèle social européen. »
« Si on n’est pas capable de se passer des énergies fossiles, il faudra donner de plus en plus de fric à des gens aussi peu recommandables que Poutine ou Mohammed Ben Salman, pour payer le gaz et le pétrole dont on va continuer à avoir besoin. »

 Sur Emmanuel Macron et la question européenne 
« Le problème, c’est l’attitude des dirigeants français et du peuple français. »
« Les Français sont persuadés qu’on ne peut pas relancer la construction européenne et changer son mode de fonctionnement dans un sens plus social et plus écologique. »
« La France pèse très lourd dans l’Europe, surtout si le Royaume-Uni s’en va. »
« Le poids économique de l’Allemagne ne fait plus d’elle une grande puissance puisque, sur le plan militaire et diplomatique, elle ne pèse pas très lourd, contrairement à la France qui n’utilise pas ce poids - parce qu’on est persuadée qu’on ne peut rien faire. »
« Le problème d’Emmanuel Macron, c’est qu’il est d’accord avec les Allemands sur la politique économique déflationniste de flexibilisation de politique d’austérité et de baisse des dépenses publiques. Donc il ne fera pas changer la politique européenne qui nous mène dans le mur. »
« Macron n’est une chance ni pour l’Europe, ni pour la France. »

 Sur les européennes 
« Il faudra malheureusement attendre qu’Emmanuel Macron ne soit plus à la tête du pays pour réussir à saisir toutes les opportunités mais je suis persuadé que la gauche peut rebondir beaucoup plus facilement et beaucoup plus aisément qu’on ne le pense. »
« En 1978, après l’échec des législatives, j’étais désespéré et il y a eu la victoire de 1981. En 1993, j’étais désespérée, j’étais sûr qu’on était parti pour une génération de droite et, en 1997, on a gagné. »
« Je sais qu’aujourd’hui, la situation est sans doute plus structurellement difficile et qu’il faut inventer des choses plus nouvelles qu’à ces époques mais je pense qu’on en est capable plus rapidement qu’on ne le pense. Mais il faut surmonter les égos. »
« L’élection européenne est favorable à un certain émiettement à gauche mais elle peut se rassembler assez rapidement derrière. »
« Sur le fond, les gens sont beaucoup moins éloignés qu’on ne le pense, notamment sur la question européenne. »

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