Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 2 septembre 2019

Henri Sterdyniak : « L’objectif du gouvernement, c’est de baisser les retraites de 20 à 25% d’ici 2050 »

Après la publication du rapport Delevoye, le gouvernement lance une consultation nationale en vue de sa future réforme des retraites. Pour en parler, Henri Sterdyniak, économiste, est l’invité de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur le fait que rien serait encore arbitré sur la réforme des retraites 
« Le point essentiel de la réforme, c’est de passer à un système à points, un système où la valeur du point est décidée par le gouvernement, de façon à équilibrer le système sans augmenter les taux de cotisation. Et ça, de toute évidence, ce n’est pas négociable. »
« L’objectif initial, c’est de réduire le poids des retraites publiques dans le PIB. »

 Sur la consultation nationale 
« Il y a un principe, celui de la démocratie sociale qui est quand même que les retraites comme le chômage sont des salaires différés et socialisés qui donnent une légitimité aux syndicats et au patronat pour les gérer. »
« Ce que fait Macron, ce qu’il a fait pour l’assurance chômage, c’est d’étatiser le système, c’est-à-dire que le système sera décidé par le gouvernement et les cabinets financiers et non dans le cadre d’une négociation avec le patronat et les syndicats. »
« La consultation nationale restera purement fictive. »

 Sur l’âge effectif de départ à la retraite 
« Au final, on travaillera plus longtemps. »
« Comme beaucoup de jeunes en moyenne commencent à cotiser à 23 ans, ça veut dire que 23+43 = 66 ans donc la plupart des gens partiront à la retraite à 66 ans. »
« L’idée de la réforme préconisée par Delevoye, c’est de brutalement passer à 44 annuités et progressivement arriver à 66 ans. »
« Depuis 2003, la CFDT est persuadée que la durée de cotisation, c’est mieux que l’âge. »

 Sur la retraite par points 
« Dans le système actuel, un euro cotisé donne plus de droit à un bas salaire qu’à un haut salaire. »
« Le fait qu’un euro cotisé doit donner les mêmes droits pour tous est contradictoire avec le principe de l’assurance sociale qui est redistributif. »
« La retraite par points ne tient pas compte de l’espérance de vie selon la profession : un ouvrier à une espérance de vie plus faible qu’un cadre, de 6,5 années actuellement. »
« Le risque, c’est de ne pas tenir compte de l’espérance de vie et des capacités à se maintenir dans l’emploi. »
« Cette réforme a pour premier axe de ne pas augmenter le poids des retraites : ça veut dire qu’il faut baisser le niveau des retraites de chacun. Et nos classes dirigeantes sont indifférentes à la situation des classes populaires… »

 Sur le système de retraite à points proposé par le gouvernement 
« Un système social bien fait, c’est un système dans lequel on dit aux gens qu’ils auront un certain taux de remplacement qui garantit que, pendant la retraite, ils auront à peu près le même niveau de vie que les personnes en activité. »
« Le système [proposé par le gouvernement] est complètement incompréhensible : des points dont le prix d’achat et la valeur sont fixés par le gouvernement sans aucune garantie avec, dans le rapport Delevoye, des formulations extrêmement vagues : à aucun moment, il n’est écrit que le pouvoir d’achat des retraites suivra celui des salaires, que le taux de remplacement sera maintenu à un certain niveau ou que le prix d’achat des points suivra le salaire. »
« L’objectif [de la réforme], c’est imposer aux gens de travailler plus longtemps (et tant pis pour ceux qui n’y arrivent pas, ils auront une retraite plus faible) et assurer que les retraites baisseront bien de 20 à 25% d’ici 2050. »

 Que faut-il faire avec nos retraites ? 
« Il faut accepter une certaine hausse des taux de cotisation. »
« On vit plus longtemps et certaines personnes voudront travailler plus longtemps et c’est tant mieux mais pour la masse des salariés, il faut garantir un taux de remplacement satisfaisant (85% au niveau du SMIC, 75% pour les salaires au niveau du salaire médian) et garantir que l’âge de la retraite sera satisfaisant en tenant compte de la profession. »
« Il faut dire aux jeunes : vous cotisez un peu plus mais en contrepartie, votre retraite est garantie à un niveau satisfaisant. »
« Il faut un loi organique disant que le système [de retraite] est stable et garanti. »
« Un grande partie des gens qui partent à la retraite plus tôt, ce sont des gens qui n’ont pas le choix. »
« L’objectif, ce doit être d’étendre les régimes spéciaux aux branches. »

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  • Bien évidemment. Je rajouterai même que la politique de Macron est celle de la revanche sociale du capital international contre le Programme du CNR méthodiquement exécutée. La démocratie economique par les nationalisations, la Sécurité Sociale, les retraites, la presse libre de lEtat, de letranger et des puissances tout d’argent, tout y passe. L’intention en avait été annoncée en 2005 dans un article de "Challenges" d’un certain Denis Kessler , ex-"maoiste" devenu l’idéologue du MEDEF, auquel Macron doit beaucoup pour son élection (Institut Montaigne, notamment)....

    Domart Jean-Marc Le 11 septembre à 10:16
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