Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 12 janvier 2021

« Il faut rompre avec la prédominance de la logique marchande vis-à-vis de la nature »

À quoi sert le One Planet Summit ? Opération de communication ? Réelle prise de conscience ? Clément Sénéchal, porte-parole des politiques climat à Greenpeace, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur l’ouverture du procès de l’affaire du siècle
« Jeudi aura lieu une audience importante. Il s’agit d’un recours administratif pour dénoncer les carences de l’Etat en matière de lutte contre le changement climatique. »
« L’Etat français ne respecte pas ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. »
« Ce que l’on peut attendre de ce procès, c’est que le tribunal administratif reconnaisse que l’Etat français a méconnu ses obligations de lutte contre le changement climatique et donc a commis une faute qui engage sa responsabilité. »
« Le tribunal pourrait prononcer une injonction à agir pour que l’Etat prenne les mesures nécessaires. »
« C’est bien l’Etat qui est visé mais ça engage les responsabilités du gouvernement actuel et du chef de l’Etat. »
« Le conseil d’Etat a donné [en novembre dernier] trois mois au gouvernement pour justifier ses engagements climatiques dans le cadre d’un recours de la ville de Grande-Synthe qui est menacée par la montée des eaux et dans lequel Greenpeace est co-requérant. »
« On a de bonnes raisons de croire que le tribunal administratif va condamner l’Etat dans sa gestion dans la crise climatique. »

Sur les enjeux de biodiversité
« Il y a une sixième extinction de masse. On a une disparition des espèces vivantes qui s’accélère et qui est cent fois plus importante que lors des cinq précédentes extinctions de masse. »
« On a perdu à peu près 70 à 80% des mammifères et des vertébrés sur ces 40 dernières années. »
« On estime qu’il y a un million d’espèces qui sont aujourd’hui soient portées disparues soient en voie de l’être. »
« En France, il y un quart des espèces qui sont en danger ou qui ont d’ores et déjà disparu. »
« 75% des espaces terrestres sont dégradés aujourd’hui et 65% du territoire maritime. »
« Le constat est alarmant et les causes de ces destructions sont connues : la déforestation, l’agriculture industrielle, les pollutions que fait subir notre modèle industriel à nos écosystèmes, le réchauffement climatique, la surpêche, le prélèvement trop important des espèces naturelles et la destruction de leurs habitats. C’est sur ces leviers qu’il faut agir aujourd’hui. »

Sur le One Planet Summit
« Le One Planet Summit est essentiellement une opération de communication. C’est une sorte de diplomatie parallèle à la gloire d’Emmanuel Macron et des multinationales. »
« C’est un peu l’affichage de la collusion incestueuse et toxique pour l’environnement, des Etats et des multinationales. »
« Le One Planet Summit est un défilé assommant de contritions hypocrites, de formules creuses, de diagnostics radotés, de concepts éculés, d’initiatives mal recyclées et de promesses vaines ou de questions rhétoriques qui visent à faire semblant de croire que les solutions aux problèmes ne sont pas connus alors que c’est la volonté politique qui fait défaut. »
« Il y a aucune lisibilité, aucune clarté sur les engagements qui sont pris dans ces différentes coalitions. »
« Il y a un problème de transparence : on ne sait pas comment sont gouvernées ces coalitions. Il n’y a pas de suivi et on ne sait pas quels sont leurs résultats ni les moyens qu’ils se donnent. »
« Il y a un risque de dispersion de l’action environnementale. Il y aussi un risque de diversion politique et de confusion idéologique. »

Sur le retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris
« C’est un signal important. Les Etats-Unis sont quand même le deuxième plus gros pollueur de la planète derrière la Chine. »
« Est-ce que Joe Biden épouse une matrice politique compatible avec la lutte contre le changement climatique et qui applique une politique de rupture ? La question reste en suspens et pour le moment, on a quelques réserves. »

Sur les décisions politiques nécessaires
« Il faut rompre avec la prédominance de la logique marchande vis-à-vis de la nature. »
« Il y a une nécessité très claire de s’en prendre à l’activité des multinationales pour leur assigner des objectifs. »
« Il faut un partage de l’effort entre les ménages les plus pauvres et les ménages les plus aisés et c’est pour ça que Greenpeace a proposé l’instauration d’un ISF climatique. »
« Il faut un effort du partage de sobriété d’une part et de solidarité d’autre part. »

Sur Covid, santé et climat
« On a établi un lien de causalité entre la destruction de l’habitat naturel et la prolifération des pandémies. »
« On a un gouvernement qui réintroduit les néonicotinoïdes, qui refuse de taxer les engrais azotés, qui ne tient pas sa promesse sur le glyphosate, qui détourne les propositions de la convention citoyenne pour le climat qui prévoient notamment de mettre un terme à l’artificialisation des terres ; un gouvernement qui refuse d’appliquer sa stratégie nationale contre la déforestation, qui applique très mal le règlement européen contre le bois illégal, qui refuse de changer notre modèle agricole industriel, lequel repose sur les importations massives de soja pour l’alimentation animale, destinée à satisfaire notre consommation effrénée de viande : il y a donc une contradiction entre l’action du gouvernement et les paroles. »
« Il y a une conscience populaire qui mûrit et qui devient de plus en plus systémique et on s’aperçoit de plus en plus que les fondamentaux du néolibéralisme commencent à être mieux compris et davantage remis en question. »

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