Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 28 mars 2019

Isabelle Garo : « Il faut revisiter les concepts de classe et de communisme »

Le communisme a-t-il encore un avenir ? Le retour de la pensée marxiste, peut-on y croire ? Isabelle Garo, philosophe et auteure de "Communisme et stratégie" aux éditions Amsterdam, est l’invitée de la Midinale.

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 

VERBATIM

 

 Sur le regain théorique du communisme 
« Il y a un certain retour de la question communiste dans des ouvrages philosophiques et notamment contemporains. »
« La pensée communiste est quelque chose d’extrêmement divers. »
« Ce qui me parait être une alternative, c’est l’idée communiste en tant qu’elle est porteuse d’un projet anticapitaliste radical, qui reste à définir. »
« Cette pensée communiste tient moins à un projet qui serait définit, clef en main, qu’à une approche qui concerne la stratégie c’est-à-dire la façon de faire avancer ce projet de sortie du capitalisme. »

 Sur le communisme et les communs 
« Ces alternatives sont limitées (…), elles tendent à être isolées les unes des autres et du coup, elles sont des perspectives souvent locales et pas aussi globales que le capitalisme mondial. »

 Sur la pensée marxiste 
« Il faut considérer que Marx n’est pas la vérité telle qu’elle et qu’il faut essayer de faire le travail qu’il a fait lui-même, c’est-à-dire de se réajuster à des circonstances. »
« Pour une partie de la gauche, je pense qu’il y a un vocabulaire qui a été un peu banni des usages avec l’idée qu’en étant plus neutre, en ayant un discours plus consensuel, on allait avoir davantage d’électeurs. C’est une logique mortifère. »
« Il faut revisiter les concepts de classe et de communisme. »

 Sur la pensée post capitaliste 
« Cet éclatement des perspectives, c’est un peu le démembrement de la perspective communiste et socialiste. »
« Notre question à nous, c’est d’arriver à la fois de remembrer tout ça, à y intégrer d’autres questions qui ne sont pas abordées, sans procéder de manière autoritaire et sans créer une espèce de projet qui, par avance, intégrerait toutes ces dimensions sans les avoir explorées. »

 Sur la « médiation » 
« La notion de médiation permet d’éviter deux école dans lesquelles on se trouve un peu piégé : d’un côté, l’idée qu’il faut supprimer la politique, c’est un peu la thèse de Badiou ; et l’autre école, c’est de s’en tenir à des formes traditionnelles de politique représentative, des formes de délégations de pouvoir. Et entre les deux, il y a cette question de la médiation, c’est-à-dire la structuration des luttes sociales, des luttes politiques, d’un projet collectif. »
« Ce terrain de la médiation est aujourd’hui déserté. »

 Sur le rôle des intellectuels 
« Le caractère d’intermédiaire de l’intellectuel, c’est le caractère intermédiaire de la pensée et des idées dont nous avons besoin. »
« Cette division traditionnelle du travail, qui est celle du capitalisme, fait que d’un côté il y a des intellectuels - qui peuvent avoir à dire des choses intéressantes - mais qui restent coupés et à distance de l’action politique. Et tout l’enjeu, c’est de faire en sorte que cette réappropriation de la pensée et des idées passe par les acteurs sur le terrain de l’action sociale et politique. »

 Sur le mouvement social et le communisme 
« Ces mouvements sont divers, avec des projets différents. »
« La question, c’est de politiser, participer à la politisation, pas par le haut, mais à l’intérieur de ces mouvements. »
« Ces mouvements sont profondément anticapitalistes. »
« Essayer de relier les préoccupations militantes à la réflexion théorique me parait une bonne idée. »

 Sur l’échec du « socialisme réel » 
« Je pense que [ces expériences échouées] pèsent [sur l’état de la gauche aujourd’hui]. D’abord, parce que ça a discrédité l’idée socialiste et communiste et puis ça pèse aussi parce que la critique des pays de l’Est a été un des moyens de ce grand retournement idéologique des années 70 mais qui a profondément structuré et marqué la pensée française dont on trouve encore des traces chez des penseurs d’aujourd’hui. »
« L’essence même de la pensée communiste et marxiste, c’est d’être toujours en lien direct avec son temps. Ça suppose de reconstruire les choses et de les reconstruire vraiment collectivement. »
« Le travail à faire, c’est de reprendre la pensée marxiste de manière critique et la réajuster à nos besoins d’aujourd’hui. »

Vos réactions (3)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Bonjour
    D’accord avec, vous, il faut revoir tout cela , remettre a plat, redéfinir le communisme, la lutte des classes le prolétariat, la classe ouvrière, le salariat....et le capitalisme aussi.
    Nous avons eut a travers l’histoire une vision trop simpliste du communisme, nous avons désigné des régimes , dit communiste, en Europe de l’Est , l’URSS, et ailleurs qui n’avaient rien de communistes, mêmes leur dirigeants de l’époque hésité à parlé de communisme. Nous payons très chère une impasse, ou une expérience historique....
    Mais rien n’est perdu pour autant, le capitalisme lui mêmes est en phase terminale (du moins pour certains), le communisme à encore une possibilité de revenir sur le devant de la scène, après la parenthèse écologique, faut t-il que nous soyons prêt et que nous ne faisons pas les mêmes erreurs, et que nous ayons fait ce travail que vous dites.

    bob Le 28 mars à 14:30
  •  
  • L’écroulement de l’empire communiste à la fin du siècle dernier a laissé des orphelins qui cherchent à se refaire une virginité. C’est à ce prix qu’ils comptent continuer à paraître sur la scène politique et s’octroyer un avenir qui, probablement, n’existe pas. Y croire est un pari hasardeux et leur foi un levier sans point d’appui : les régimes communistes ont disparu sans retour et personne n’ose revendiquer de les avoir soutenus. Les partis communistes quant à eux sont devenus marginaux et ne font plus guère référence ni à leur doctrine, le marxisme-léninisme, ni à leur allégeance, cet imperium qui avait englouti la moitié de l’Europe et emmuré Berlin.

    Alors le salut est dans l’interprétation de la philosophie source, que peuvent se permettre les spécialistes de cette grande pensée. C’est ce que fait Isabelle Garo, qui compte parmi eux. Mais alors qu’il aurait suffi à sa probité qu’elle parlât selon son expertise et non selon sa conviction, et de dire que le marxisme est une théorie, sans application pratique possible, et que les régimes qui se fondaient entièrement sur elle ne se sont pas écroulés sans raison, elle s’est engagée sur le terrain politique, qui demande d’autres compétences et obéit à d’autres enjeux.

    Glycère Benoît Le 28 mars à 21:50
  •  
  • une approche qui concerne la stratégie c’est-à-dire la façon de faire avancer ce projet de sortie du capitalisme

    Le Capitalisme d’État, la Tchéka, les Goulags. La Dictature du Prolétariat, touts simplement :)

    monKheyou Le 5 avril à 21:39
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.