Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 19 février 2019

Jean Birnbaum : « La gauche est largement désarmée pour faire face au phénomène du religieux »

Plusieurs marches auront lieu ce soir à Paris contre l’antisémitisme. Mais de quoi parlons-nous exactement ? A quoi assistons-nous ? Quelles lectures faire de ce qu’il se passe en ce moment ? Pour en parler, Jean Birnbaum, responsable du Monde des Livres, est l’invité de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur les contours d’un nouvel antisémitisme 
« On a beaucoup de problèmes pour nommer les choses. »
« Aujourd’hui, on a quelque chose qui est d’autant plus difficile à nommer que c’est un peu comme s’il y avait ce phénomène de l’égout, comme en parlait Adorno - le philosophe de l’école de Francfort -, c’est-à-dire qu’il y a quelque chose qui remonte à la surface. »
« Victor Serge, ce grand écrivain anarchiste, parlait de Céline en disant qu’il allait puiser dans les poubelles antiques de l’antisémitisme. »
« Il y a tout un tas de facteurs qui remontent et qui font converger des haines très différentes et en même temps qui se retrouvent : il y a des échos, des résonances épouvantables. »
« Il y a un vieil antisémitisme d’extrême droite et un nouvel antisémitisme post-tiers-mondiste, prétendument antisioniste. »
« Pour nommer la singularité de cet antisémitisme par rapport à d’autres types de haines et de discriminations ou de racismes, il faut avoir un certain rapport au symbolique et notamment à une mémoire longue de la haine religieuse. »
« Pendant très longtemps, ce que Léon Poliakov appelait le bréviaire de la haine, était ancré dans le vieil antisémitisme chrétien et aujourd’hui musulman. »

 Sur la gauche et l’antisémitisme 
« La gauche a tellement de mal à prendre au sérieux le religieux et avoir un certain rapport au symbolique (…), au fait que les juifs sont parfois maudits dans les textes sacrés. »
« À chaque fois que l’antisémitisme surgit, la gauche a l’impression que c’est quelque chose qui vient en diagonal par rapport au mouvement social, quelque chose qui viendrait comme une petite parenthèse, qu’on ne pourrait pas inscrire et qui viendrait le parasiter. »
« On a un mal fou à nommer la singularité de cet antisémitisme parce qu’on a un mal fou à l’inscrire dans notre imaginaire politique qui est désarmé face à ce type de haine qui vient de la nuit des temps et qui parfois mène au pire. »
« La gauche est largement désarmée pour faire face au phénomène du religieux. »
« Chez Marx, la question religieuse est omniprésente. Jacques Derrida disait que Marx accordait un privilège absolu à la religion comme phénomène dans le rapport à l’idéologie. »
« Aujourd’hui, il faudrait retrouver notre capacité à critiquer la religion, c’est à dire à la prendre simplement au sérieux. »

 Sur les raisons de l’antisémitisme 
« Je suis convaincu qu’il faut un devoir de mémoire, qu’il faut honorer les morts, quelques soient les morts, ceux de la Shoah ou d’autres génocides ou d’autres crimes contre l’Humanité. »
« Il y a une illusion dans le progrès, dans les Lumières, qui ferait que forcément la haine serait le produit de l’ignorance. »
« Dans un très beau livre, Jean Hatzfeld cite un instituteur rwandais, rescapé du génocide, qui disait que ce que lui avait appris le génocide, ça n’est pas que la culture permet de lutter contre la haine ou protège de la barbarie, c’est que la culture rend plus efficace dans la barbarie. »

 Sur antisionisme et antisémitisme 
« Il est difficile de répartir religieux et politique entre l’antisionisme et de l’antisémitisme. »
« Il y a une forme de trivialité dans le rapport de désinvolture, dans le rapport au langage qui fait qu’ensuite, on n’est pas très armé pour donner des leçons de morale ou dire qu’il faut avoir un rapport à la mémoire. »
« D’un côté, certains ont raison de dire qu’il y a une tradition antisioniste qui a toute sa légitimité, notamment dans une forme d’extrême gauche, juive, socialiste, dans les années 20-30 (…). »
« Il ne faut pas laisser faire quand certains essaient de réduire tout antisionisme à l’antisémitisme. Il ne faut pas faire de la dénonciation de l’antisionisme un moyen d’empêcher toute critique de la politique du gouvernement israélien. »
« L’autre hypocrisie vient de ceux qui à gauche, ne voient pas qu’aujourd’hui, depuis de nombreuses années, un certain antisionisme est purement et simplement un antisémitisme masqué. »
« A la fois il ne faut jamais laisser l’antisionisme être réduit à l’antisémitisme mais, en même temps, je pense que quiconque à gauche aujourd’hui à une oreille loyale et honnête, doit bien sentir que beaucoup de propos proférés au nom de l’antisionisme mènent à tout autre chose que la justice faite au peuple palestinien. Et, à l’horizon de leurs propos, il y a quelque chose qui relève de la haine pure et simple. »

 Sur le rapport du religieux au politique 
« Ce qui m’intéresse, c’est notre incapacité à nommer le fait religieux et à le prendre au sérieux. »
« Il y a un retour à l’échelle mondiale, non seulement du religieux, mais surtout du nœud entre le religieux et le politique. »
« Le djihadisme n’en est qu’une illustration mais il a un impact dans notre quotidien. »
« Ce qui m’a intéressé c’est que l’incapacité de ma culture politique, qui est une culture politique de gauche, anticolonialiste, féministe, etc. à prendre au sérieux le religieux, c’est-à-dire à ne pas le réduire à rien. »
« On devrait renouer avec la grande leçon que Michel Foucault avait essayé de délivrer quand il est revenu d’Iran, quand il a vu la révolution islamique, il a dit : il faudrait qu’on arrête, nous gens de gauche, de toujours considérer que la religion est le voile d’autre chose, le voile d’un réel qui serait forcément social ou économique. »
« Bien sûr le social, l’économique, c’est très important, mais parfois le religieux n’est pas le voile d’autre chose, c’est parfois le visage du réel lui-même. »
« Depuis Engels, qui parlait de déguisement religieux, jusqu’à Badiou qui dit que les djihadistes ne sont que des petits pétainistes et que chez eux la religion n’est qu’un vêtement : la métaphore de la religion comme voile est omniprésente à gauche. »
« On a un mal fou à prendre au sérieux le religieux comme tel. Plus ça va et plus la gauche aurait intérêt à ouvrir les yeux là-dessus. »

 Sur la réforme de la loi de 1905 
« Ce qui me frappe, c’est que ce qui fait la limite d’un tel débat, c’est qu’il est national. »
« La laïcité ne doit pas apparaître comme une arme de combat contre les religions, ou contre une religion en particulier. Autant elle doit être respectée comme cadre, et bénie comme cadre, parce que c’est un cadre de liberté. Autant, on voit bien que ce cadre, est singulier dans chaque pays d’Europe. »
« Un des grands problèmes qui se pose à nous, c’est cette radicalisation interne à l’Islam, est une espèce de guerre civile mondiale au sein de l’Islam entre ceux qui veulent en permanence relancer les trésors de spiritualité du monde musulman, et ceux qui veulent faire de cette religion une sorte de grimace sanglante et de pouvoir de terreur. »

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  • quel torchon d’idées insipides.
    En Chine, la Gauche est armée de Lao Gai pour lutter contre Jéhovah et ses différents cultes. C’est cela qu’il nous faut.

    loulou Le 25 février à 12:11
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