Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 16 novembre 2021

Jean-Louis Rocca : « La Chine est une dictature mais pas un régime totalitaire »

Lundi 15 novembre, Xi Jinping et Joe Biden se sont parlés pendant trois heures. De nombreux sujets ont été évoqué, dont Taïwan et les accords commerciaux avec un objectif : afficher aux yeux du monde, une entente cordiale. Jean-Louis Rocca, sociologue, spécialiste de la Chine, est l’invité de #LaMidinale.

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la Chine en 2021 
« Depuis un an, on voit une montée en gamme de la Chine avec comme conséquence, des résistances en face. »
« On peut considérer qu’il y a un recul de la Chine puisqu’il y a des résistances. Aujourd’hui, la Chine est devenue l’ennemi du camp occidental. »
« La Chine a moins de problèmes économiques que beaucoup d’autres. Elle continue à recevoir des investissements de l’étranger de manière très importante. Elle continue aussi à inquiéter l’économie mondiale (…). La Chine joue aussi un rôle important en matière diplomatique (…). Enfin, on voit la Chine prendre une place très importante sur le plan de l’analyse et de la théorie politique. Elle prétend avoir un système politique particulier, il y aurait une voie chinoise et on est retombé dans des discussions pas si éloignées du temps où il y avait la guerre froide c’est-à-dire l’idée qu’il y aurait deux systèmes. En fait, c’est beaucoup plus compliqué que cela même si les choses sont posées de cette façon là aujourd’hui. »
« La Chine n’est pas du tout dans la même situation de l’URSS lorsqu’elle était un bloc. Je ne crois pas à la lecture des blocs contre blocs. »
« La Chine a des alliés notamment à travers son programme de route de la soie en nouant des accords commerciaux y compris avec l’Amérique latine - ce qui ne plaît d’ailleurs pas aux Etats-Unis. »
« Il y a une projection internationale de la Chine même si elle reste isolée. »
« Le monde est interdépendant et il n’y a pas de bloc contre bloc. »
« Si l’économie de la Chine toussote, c’est l’ensemble de l’économie mondiale qui toussote. »
« Nous sommes interdépendants, y compris sur le plan idéologique : les chinois ont toujours le désir d’aller faire leurs études à l’étranger (…). Donc on n’est pas du tout dans deux blocs idéologiques où il y aurait d’un côté les affreux communistes et de l’autre les gentils capitalistes - ou inversement -, on est dans des espèces de nuances par rapport à un modèle commun qui est l’idée qu’il faut développer des relations, régler les problèmes de pauvreté et de stabilité des populations. »
« Les grandes problématiques de la Chine et des Etats-Unis sont à peu près les mêmes. » 

 Sur la possibilité d’une guerre Chine / Etats-Unis 
« On ne voit pas quel serait l’intérêt de la Chine de lancer une opération militaire. La situation des Etats-Unis est différente parce qu’il n’est pas question d’une intervention ex nihilo. Les Etats-Unis ont clairement dit qu’ils interviendraient s’il y avait une intervention chinoise. Le danger serait évidemment que la Chine intervienne. » 
« La Chine pourrait intervenir dans deux scénarios qui seraient des scénarios catastrophes et qu’on ne peut pas exclure même s’ils sont peu probables : la première serait de très fortes difficultés internes avec une crise économique et des mouvements sociaux très forts (…). Ça voudrait dire une transformation du régime autoritaire de la Chine - qui est une dictature - en un régime totalitaire (…). La deuxième raison serait que très clairement les Etats-Unis disent que Taiwan est un Etat indépendant. Ça serait une décision dangereuse et suicidaire des Etats-Unis parce que ça obligerait la Chine à intervenir (…). Pour l’instant, il n’y a pas de remise en cause de la dépendance de Taiwan à la Chine, par les Etats-Unis »
« Le scénario le plus probable, c’est la continuation du statu quo entre la Chine et les Etats-Unis. »
« On peut imaginer que la Chine se débrouille pour déstabiliser l’économie taïwanaise et stimuler les gens de Taïwan qui sont pour la réunification. »

 Sur l’échange Biden / Xi Jinping  
« Il y avait besoin de renouer le dialogue de manière un peu spectaculaire. C’est de la communication qui s’appuie des deux côtés sur l’idée que l’on peut sauver les meubles c’est-à-dire qu’il y a des possibilités de négocier, qu’on va trouver des solutions et qu’on va essayer d’apaiser la situation. »
« Le président Chinois sort d’une séquence qui lui est plutôt favorable avec le renforcement de l’idée que Xi Jinping est vraiment le symbole d’une Chine unie et d’un Parti communiste uni. »
« La plupart des analystes considèrent que Xi Jinping est une espèce de Mao tout puissant. Ça n’est pas du tout comme ça que ça fonctionne. Il est le symbole de l’idée que la Chine a besoin d’un homme fort. D’une seule voix. Et d’une unité autour de deux idées fondamentales : tout ce qui est bon pour la nation est bon pour les chinois. Tout ce qui est bon pour le parti est bon pour les chinois. Donc tout passe par le renforcement de l’unité nationale et de l’unité du parti pour apporter aux chinois une amélioration de leurs conditions de vie - y compris dans l’amélioration du climat et de l’environnement. »
« Aujourd’hui, on ne peut pas imaginer qu’on puisse gouverner la Chine contre les intérêts matériels mais aussi intellectuels des chinois. »
« Xi Jinping et le PCC sont confortés. Ils sont en position de force et Xi Jinping a ainsi pu proposer ce dialogue avec Joe Biden et montrer un visage plus ouvert et une volonté de régler les problèmes. Biden a accepté ce qui montre aussi une volonté d’échange du côté des Etats-Unis. Ça entraîne une retombée des tensions. »

 Sur l’économie chinoise  
« La question centrale est double : il y a une question théorique en matière économique et d’un autre côté, il y a un aspect en termes de conflits géopolitiques. »
« La situation de l’économie chinoise est à la fois très privatisée et très étatisée. »
« En Chine, les gouvernements locaux ont en charge le développement économique beaucoup plus fortement que ce qu’il se passe par exemple en France ou d’une manière générale en Europe. »
« L’Etat a conservé la mainmise sur les grands secteurs de l’économie : les banques, les communications, etc. » 
« Il y a cette idée qu’à partir du moment où on fait des affaires avec une entreprise chinoise, on risque de faire des affaires avec l’Etat chinois. »
« Il y a une question géostratégique : il y a l’idée que la Chine est un danger économique parce qu’elle est devenue en compétition, en concurrence avec les entreprises américaines et européennes. Ça n’est pas nouveau. »
« Aujourd’hui, on utilise tous les moyens pour décrédibiliser l’influence des entreprises chinoises y compris quand il n’y a pas de danger manifeste - notamment en termes d’espionnage. On a d’ailleurs beaucoup de difficultés à argumenter en la matière. »
« L’influence américaine en Afrique est toujours beaucoup plus importante que l’influence chinoise. »
« On a peur qu’à travers les investissements chinois on ait une influence beaucoup trop grande du gouvernement chinois et de l’économie chinoise. »

 Sur la COP26 
« La Chine, comme dans beaucoup de domaines, suit le mouvement : depuis qu’il s’est agi de prendre des engagements sur le climat, la Chine a été présente, voire en avance. Tous les observateurs notent qu’elle fait des efforts - dans une situation bien particulière car la Chine est en plein développement et est très peuplée. »
« On se plaint que la Chine pollue mais on est bien content que ce soit elle qui construise nos batteries. »
« La Chine n’est pas devenue un pays où l’on ne produit que de la haute technologie : il y a une dualité car c’est un pays où l’on produit de la merde et de la technologie propre. De ce point de vue, c’est un pays moderne. »
« La Chine suit le repli mondial sur les questions écologiques. »
« La Chine a de gros problèmes d’approvisionnement : il y a encore des coupures de courant - ce qui était impensable avant le Covid. »
« Il n’y a aucune raison que la Chine devienne un exemple absolu en matière écologique en sacrifiant sa croissance pour la planète parce que personne ne le fait. »

 Sur ce qu’il reste de communisme dans le régime chinois 
« La Chine est une dictature mais pas un régime totalitaire : il y a un parti unique mais le régime de veut pas contrôler les individus - même s’il y a tout un bruit sur le contrôle par l’intelligence artificielle ou la reconnaissance faciale. »
« Aujourd’hui, la vie privée des Chinois est respectée. »
« Au centre des préoccupations de la société chinoise et de Xi Jinping, il y a la stabilité sociale et la stabilité politique : cela n’existe pas dans un système totalitaire selon Arendt. »
« Ce qu’il reste de l’époque de Mao Zedong, c’est une ingénierie sociale : le parti, contrairement à d’autres systèmes politiques, a toujours essayé depuis les années 1970, de maintenir un équilibre entre les nécessités de contrôle de stabilité politique et les nécessités de satisfaction de certaines demandes de la société. C’est le contrat social. »
« L’idée, c’est : on reste au pouvoir parce que l’on est capable de vous fournir des conditions de vie décentes. »

Vos réactions (1)
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

  • Si le régime chinois n’est pas totalitaire alors le totalitarisme n’existe pas, n’a jamais existé, ne peut pas exister.

    Glycère BENOIT Le 16 novembre à 20:37
  •  
Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.