Accueil | Par Pierre Jacquemain | 25 mars 2019

Jean-Marie Godard : « Les urgences sont devenues de grands dispensaires publics »

Après avoir enquêté au sein de la police, le journaliste Jean-Marie Godard vient de passer un an en milieu hospitalier. Il publie « Bienvenue aux urgences. L’hopital comme vous ne l’avez jamais vu » aux Éditions Fayard. A la veille du projet de loi santé, largement contestée, il est l’invité de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

Sur les personnels soignants aux urgences

« Les personnels soignants sont des héros, même s’ils ne se considèrent pas en tant que tels. »
« Les personnels soignants sont une des fiertés du service public. »
« La France a un système de santé qui fait de l’accueil inconditionnel, qui met l’humain avant le côté marchand qu’on pourrait donner à la santé. »
« Parce qu’on est dans un service en première ligne sur l’humain, il prend de plein fouet tous les dysfonctionnements qu’il y a à l’extérieur de l’hôpital. »
« Giovanna, 87 ans, va finir sa vie dans un service de post-urgences parce qu’une place en EHPAD coûte plus de 3.000 euros, que la famille ne peut pas le payer et qu’il y a très peu de places en aide sociale. »
« Tout ce que la société ne peut plus ou ne veut plus faire finit aux urgences. »

Sur les problèmes et les changements à apporter à l’organisation des urgences
« Ca ne sert à rien de faire uniquement des changements en interne aux urgences : il faut une réorganisation globale à mettre en œuvre sur le fonctionnement de nos systèmes sociaux extérieurs à l’hôpital. »
« A partir du moment où des gens viennent dormir à l’hôpital parce qu’ils n’ont pas d’autre possibilité, c’est qu’il y a quelque chose qui défaille à l’extérieur. »
« Les urgences sont le cul-de-sac de beaucoup de choses. »

Sur l’évolution de la médecine généraliste
« A la base, dans l’esprit de tout le monde, urgences = urgences vitales. »
« Avec l’évolution de la médecine de ville et de la demande de la population en matière de soins, les urgences font, de fait, de la consultation médicale de ville non-programmée. »
« Il y a moins de médecins généralistes en ville et les évolutions – compréhensibles – de la société font que l’image du médecin corvéable à merci a complètement vécu et que les jeunes médecins veulent avoir une vie, des week-ends et la possibilité de fermer leur cabinet à 18h… »

Sur le 15
« Il y a 20 ou 30 ans, quand on appelait le 15, c’était parce qu’il y avait un arrêt cardiaque ou quelque chose de grave. Aujourd’hui, le 15 est devenu le système de régulation de la demande de soins. »
« Les centres 15 se doivent de ne pas passer à côté d’une urgence vitale au téléphone. »

Sur le burn out
« Tous les urgentistes que j’ai rencontrés qui m’ont parlé du burn out ou des choses très dures qu’ils peuvent vivre, m’ont dit qu’il n’y avait aucun soutien psychologique pour eux. »
« Une médecin a été amenée à payer de sa poche des séances de psy et d’hypnose parce qu’elle était en burn out. »
« On commence à parler du burn out à l’hôpital grâce à des organisations d’internes qui ont poussé un cri d’alarme sur le suicide des internes dans certains services. »
« Il n’y a aucune statistique qui essaie de quantifier le phénomène de burn out. »
« Il y a une déshumanisation du burn out : quand vous n’allez pas bien, vous disparaissez de la circulation pendant six mois mais tout continue à tourner et la direction n’est même pas au courant ! »

Sur la crise des urgences
« L’accueil des urgences et l’offre de soin restent d’une très grande qualité. »
 « Il ne faut pas oublier, que lorsqu’on arrive aux urgences, on se fait soigner uniquement avec une carte vitale. »
« En 1990, il y avait 7 millions de passages aux urgences, aujourd’hui, nous sommes à plus de 20 millions. »
« Tout tient grâce au professionnalisme et à la passion des gens qui travaillent aux urgences mais jusqu’à quand ? »

Sur le projet de loi santé présenté par Agnès Buzyn et la création des hôpitaux de proximité
« Je ne sais pas trop à quoi vont ressembler les hôpitaux de proximité. »
 « Il ne faudrait pas que, sous couvert de créer des hôpitaux de proximité, on ferme encore plus d’autres services à côté, de maternité pas assez rentables ou des lits d’hospitalisation. »
 « Dans ce projet de loi, il n’y a rien qui ne concerne les urgences. »
« Le projet de loi santé, c’est de s’occuper de tous les problèmes autour pour que ça désengorge les urgences. »
« Les urgences sont devenues, de fait, de grands dispensaires publics où l’on fait du tri médical et du social. »
« L’organisation du système de soins fait que les urgences aujourd’hui sont devenues des dispensaires publics : il faut l’admettre et il faut donner les moyens à cette porte d’entrée de l’hôpital pour qu’elle fonctionne. »

Sur le maintien de l’ordre au temps des gilets jaunes
« Au niveau politique – et les flics de terrain le disent eux-mêmes –, la gestion du maintien de l’ordre a été calamiteuse. »
« Le problème du gouvernement actuel, c’est qu’il n’a aucune connaissance historique des mouvements sociaux, de la manière dont on peut les traiter et discuter avec. »
« On a un ministre de l’intérieur, ministre d’Etat – et je n’ai jamais vu ça dans aucun gouvernement – qui, au lieu d’essayer de calmer les choses, vient montrer ses muscles à chaque veille de manifestation sur les plateaux de télé et les réseaux sociaux. »
« Les policiers sont complètement épuisés. »
« Comme il n’y a pas assez de CRS et de gendarmes mobiles qui sont formés pour faire du maintien de l’ordre, on va agglomérer des tas de services qu’on va chercher dans les commissariats à qui on va donner des casques et qu’on va envoyer au casse-pipe dans les manifs. »

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