Accueil | Entretien par Thomas Desset | 4 octobre 2018

J.-Y. Abecassis (SOS Méditerranée) : « On a plus confiance dans les citoyens pour comprendre l’importance de la tragédie »

A l’occasion de la journée de mobilisation ce samedi 6 octobre pour sauver l’Aquarius, Regards, en partenariat avec la Télé Mouche, reçoit Jean-Yves Abecassis, porte-parole de SOS Méditerranée, dans #LaMidinale.

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VERBATIM

 

Sur l’histoire de SOS Mediterrannée
« En ce début octobre 2018, c’est la date anniversaire du naufrage de l’île de Lampedusa il y a 5 ans, où 366 personnes ont perdu la vie. Et c’est ce naufrage qui a été à l’origine d’une réaction forte de l’opinion publique italienne qui a conduit l’état italien à mettre en place une opération de sauvetage à très grande échelle : 150 000 personnes sauvées en mois de 12 mois. »
« En 2014, l’Union européenne a demandé à l’Italie d’arrêter l’opération de sauvetage. A ce moment-là, une poignée de citoyens européens réalise que la tragédie des naufrages à répétition en Méditerranée va s’amplifier. »
« Et ils décident, cette poignée de citoyens français et allemands, de créer une association pour affréter un bateau et réaliser des opérations de sauvetage auxquelles l’Europe décide clairement de tourner le dos, et les années qui ont suivi ont montré que c’était une politique constante. Donc en 2015 se créé l’association SOS Méditerranée avec pour objectif le sauvetage, avec un principe moral de base : devoir d’assistance à personne en danger »

Sur la crise du sauvetage en Europe
« L’origine de la crise du sauvetage n’est pas simplement l’arrivée de Salvini au gouvernement italien, ça date d’avant. »
« Le point culminant de la crise, c’est la fermeture des ports italiens, effectivement le 10 juin dernier. »
« Et au même moment d’ailleurs se passe une opération qui est passée inaperçue mais qui a des conséquences ; c’est que l’organisation maritime internationale a labellisé la zone de recherche et de sauvetage libyenne, en confiant a une autorité libyenne la responsabilité de la régulation des secours sur cette zone-là. »
« C’est ce qui a permis à l’état italien de se désengager »
« On est dans une crise de l’organisation des sauvetages qui fait qu’on en est arrivé à certains moments à ne pas connaitre le centre de secours compétent. »
« Normalement c’est une décision immédiate mais entre le centre de secours italien et le centre de secours libyen, il y a des renvois de balles insupportables. »
 « Il n’y a pas de port sûr en Lybie. »
 « On sait très bien que mettre entre les mains des garde-côtes libyens des rescapés, c’est les renvoyer dans des lieux où ils vont être maltraités. »
« Lorsque l’Aquarius va rentrer dans le port de Marseille, à ce moment là il perdra son immatriculation au registre panaméen, et donc il ne pourra plus naviguer. »
« L’été dernier il y avait une dizaine de navires d’ONG qui compensaient la défaillance des Etats. […] 10 bateaux durant l’été, 5 bateaux au début 2018, plus qu’un seul bateau, l’Aquarius, la semaine dernière, et tout à l’heure, 0 bateau. »

Sur l’action de l’Europe pour sauver les migrants
« Il y a une obligation à tout capitaine de navire, qui est celle de porter assistance à embarcation en danger. La marine militaire ne se dérobe pas à ce principe »
« Mais il faut aller au-devant des embarcations en détresse, ce que fait l’Aquarius. Il a une mission non pas de sauvetage, mais de recherche et sauvetage. »
« L’Europe, après avoir mis fin à l’opération Mare Nostrum, elle a organisé plusieurs opérations, l’opération Triton, l’opération Poséidon, l’opération Thémis, toutes ces opérations sont des opérations militaro-policières qui n’ont pas comme premier objectif le sauvetage. »

Sur les relations des sauveteurs avec les États
« Il se trouve que le gouvernement italien a décidé de lancer une opération de criminalisation encore plus forte que celle qu’a lancé le directeur de Frontex, puisqu’il lui donne des conséquences judiciaires [aux sauvetages]. »
« Plusieurs ONG ont vu leurs bateaux mis sous séquestre lorsqu’elles sont rentrées dans un port italien. »
« Les garde-côtes libyens ont une feuille de route, qui est une feuille de route d’interception. » l’Europe a pris une décision d’équiper, de financer, d’entrainer les garde-côtes libyens en février 2017. L’an dernier, les taux d’interception des garde-côtes libyens étaient faibles ; ils sont passés à 75% le mois dernier. »
« C’est-à-dire que 3 personnes sur 4 qui quittent la Libye sont interceptés par les garde-côtes. »
« Ils deviennent de plus en plus efficaces. Et effectivement, ils contribuent au fait qu’il y ait une baisse du nombre d’arrivées en Italie. […] Cette baisse est due en grande partie à l’interception par les garde-côtes libyens, et à l’augmentation phénoménale du taux de mortalité. C’est-à-dire des noyades. »

Sur la mobilisation citoyenne autour de l’Aquarius
En s’adressant aux chefs d’Etats Européens depuis plusieurs années, on n’obtient pas la remise en route d’un dispositif à la hauteur de Mare Nostrum »
« On fait donc directement appel aux citoyens européens dans lesquels on a plus confiance pour comprendre la hauteur de l’enjeu, l’importance de la tragédie. »
« On va proposer aux manifestants du 6 octobre de demander à l’Europe de remettre en place un dispositif de sauvetage Européen avec un mécanisme de répartition anticipée des rescapés »
« Même s’il n’y a que 58 personnes à bord, il faut qu’il y ait des responsables d’états européens qui se réunissent pour savoir qui va en prendre 18 et qui va en prendre 22. C’est pathétique, vu l’ampleur du drame. »
« On va surtout demander un pavillon pour l’Aquarius. Là c’est la condition pour qu’on puisse repartir. »
« On va demander à l’Union Européenne de faire respecter le devoir d’assistance, cesser de criminaliser les ONG mais au contraire de valoriser le devoir d’assistance. »
« [Les manifestants] vont être en orange parce que c’est la couleur des gilets de sauvetage, et c’est le centre du thème de la manifestation, c’est pour le sauvetage. Pour le rendre possible, pour arrêter de le criminaliser, pour mettre les moyens à la hauteur de la situation. »
 « On peut signer la pétition, on peut venir au rassemblement, on peut contribuer au financement de l’Aquarius, puisque ce sont les citoyens qui font vivre l’Aquarius. »

« Rendez-vous le 6 octobre ! »

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  • Il semblerait qu’il y a un contre-sens dans le titre, qui aurait dû être " On fait plus confiance aux citoyens pour comprendre l’importance de la tragédie "

    CAMPMAS Le 4 octobre à 19:59
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