Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 15 avril 2019

Jérôme Hourdeaux : « Assange ne doit pas être inquiété pour ses activités de journaliste »

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été arrêté la semaine dernière au Royaume-Uni. La liberté de la presse est-elle en danger ? Pour en parler, Jérôme Hourdeaux, journaliste à Médiapart, est l’invité de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur ce que représente Julian Assange 
« Julian Assange représente une nouvelle manière de traiter l’information sur Internet. »
« La sortie de WikiLeaks en 2006 - même si son éclatement médiatique a eu lieu en 2010 - a été une révolution dans la manière de traiter les sources pour la presse, avec l’apparition de plateforme de vérification et de protection des sources. »
« Dès 2008, il y a eu un mémo de l’armée américaine, annonçant que la création de WikiLeaks était l’ouverture d’une nouvelle ère, reposant sur la confiance de ces plateformes (…) et, dans ce mémo, ils disent qu’il faut détruire cette confiance en appliquant une politique de tolérance zéro et en faisant perdre leur emploi à tous les gens qui participent à ces plateformes. C’est exactement ce qu’il s’est passé. »

 Sur WikiLeaks et la presse 
« WikiLeaks est un organe de presse. »
« Pour moi, c’est une agence de presse d’un nouveau type dont le travail n’est pas d’apporter des informations mais d’apporter des documents en les vérifiant et en protégeant les sources. »
« C’est un média nouveau. »

 Sur la justice américaine 
« La question “est-ce que la justice américaine va sortir de son chapeau d’autres charges quand Assange mettra le pied sur le sol américain ?” est sur la table. »
« Le problème, c’est qu’aux Etats-Unis, il y a le premier amendement qui protège la liberté d’expression qui, si Julian Assange était poursuivi pour ses leaks, impliquerait que tous les gens qui ont participé à ces leaks seraient poursuivables donc le New-York Times, Le Spiegel, Libération, Mediapart, etc. »
« L’administration Obama avait abandonné l’idée de se lancer dans ces poursuites. »
« La question des ingérences russes et donc d’espionnage aurait pu être un autre angle d’attaque, qui a priori pour l’instant, est abandonné. »

 Sur le rôle de Julian Assange dans la dernière élection d’américaine 
« Il y a beaucoup de gens qui pensent que Assange a fait une erreur stratégique. »
« Il est difficile de répondre à la question “est-ce qu’Assange avait conscience que c’étaient les Russes qui étaient derrière ?”. »
« Je pense qu’il a fait une erreur claire de revendiquer publiquement sa haine et sa volonté de blesser Hillary Clinton par ses leaks. A ce moment là, il a dépassé une ligne rouge. »
« On parle d’un mec qui vit depuis six ans enfermé dans 18m2 avec comme seule fenêtre sur le monde Twitter. Et on parle d’Hillary Clinton qui avait promis de détruire Wikileaks et qui en avait fait un ennemi de l’Etat. »
« Ses petites phrases politiques font partie de son personnage et de son pétage de câble depuis quelques années où il sort des trucs qu’on n’arrive pas à comprendre. Il se décrédibilise lui-même. Mais ces petites phrases sont pour moi anecdotiques. »

 Sur la révélation des affaires d’Etat 
« Ce qui est public doit être public. Ce qui doit être privé doit rester privé : c’est la vie des citoyens. »
« On est face à des dirigeants politiques qui savent tout sur nous et nous, en tant que citoyens, on ne sait rien sur eux. C’est ce que Julian Assange appelle l’asymétrie de l’information et il propose de renverser cette asymétrie : les comptes d’entreprises doivent être publics, les travaux parlementaires doivent être publics, les comptes de partis politiques doivent être publics. »
« Les discussions diplomatiques doivent être publiques. »
« Ça n’est pas aux journalistes de faire le travail d’offuscation, de dissimulation, que n’arrivent pas à faire les politiques. Ce n’est pas à nous de nous censurer. Quand on a une information, on doit la publier - sauf si elle met en danger des vies, ce qui n’a jamais été le cas dans l’affaire Wikileaks à ma connaissance. »

 Sur le rôle de la Russie dans la défense des lanceurs d’alerte 
« Je pense que la Russie se frotte les mains. »
« Les Etats-Unis sont entrés dans une guerre contre ce nouveau mode de journalisme qui menace leurs opérations et, face à ça, la Russie joue logiquement le jeu du gentil défenseur des Droits de l’Homme, ce qui est totalement ironique. »

 Sur la solidarité internationale des médias 
« J’espère qu’il y aura des soutiens (…). Il y a déjà eu pas mal d’éditos disant qu’il faut soutenir malgré tout, pour le principe, ses activités de journaliste. »
« Qu’il soit jugé en Suède pour ce qu’on lui reproche là-bas mais qu’il ne soit pas jugé aux Etats-Unis pour ses activités de journaliste : c’est une question de principes qui nous touche tous. »
« Ils sont venus chercher Assange. Le prochain, ça sera peut-être Médiamat ou un journaliste du Spiegel. »
« J’espère que ça va se mobiliser. Les grandes ONG américaines se sont positionnés clairement et j’espère que ça va continuer, y compris de la part des journaux qui ont pu se montrer très critiques vis-à-vis de Julian Assange. »
« On peut dire ce qu’on veut d’Assange mais le journaliste ne peut pas être inquiété pour ses activités de journaliste. »

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