Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 5 décembre 2018

Juliane Pinsard : « On dérive vers une privatisation et une perte d’indépendance de la justice »

Ça fait plus d’un an que les avocats, les greffiers, les magistrats, les juristes se mobilisent contre le projet de réforme de la justice. La loi devait être adoptée aujourd’hui au Parlement mais son vote vient d’être reporté, une deuxième fois. Pour en parler, la secrétaire nationale du Syndicat de la Magistrature, Juliane Pinsard, était l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur les gilets jaunes 
« Les magistrats n’ont pas enfilé le gilet jaune, ça fait plusieurs mois qu’on est mobilisés contre la réforme de la justice. »
« Le mouvement est assez disparate donc il est compliqué d’en faire une analyse globale. »
« On sent une fracture entre la France des périphéries des villes, des campagnes et celle des grandes villes du fait de la fermeture d’un certains nombres de services publics. »
« La seule réponse du gouvernement à ce mouvement est répressive, pénale et pas politique, ce que tout le monde en attend. »

 Sur la réforme de la justice 
« Il n’y a pas eu de concertation avec les professionnels de la justice. »
« La ministre de la justice essaie de nous faire avaler la pilule. »
« Sur le plan budgétaire, c’est que la hausse du ministère, c’est deux fois moins qu’il y a deux ans. »
« Pour les services judiciaires, c’est une augmentation qui équivaut à l’inflation donc ça n’est pas une augmentation. »
« Tous les professionnels de la justice ont bien compris que cette réforme est une réforme pour faire des économies. »
« Cette réforme multiplie les obstacles à l’accès aux juges par des médiations obligatoires qui pourront être données à des sociétés privées, par le transfert de contentieux aux notaires, aux directeurs des CAF, à des mandataires privés. »
« Ces obstacles vont toucher les plus fragiles, ceux qui ont déjà du mal à accéder à l’ensemble de leurs droits. »
« Il y a une dérive vers une privatisation et une perte d’indépendance de la justice. »

 Sur le secteur pénitentiaire 
« L’histoire démontre que plus on construit des prisons plus on les remplit. »
« La solution, c’est une vraie politique en matière de déflation carcérale et de marginalisation de l’emprisonnement. »
« Le projet de loi sur la justice va faire exploser l’incarcération avec notamment la baisse du seuil d’aménagement de peine. »
« On est à un taux de population carcérale qui est autour de 140% aujourd’hui. »
« Le risque, c’est que les magistrats prononcent des peines de deux ans au lieu d’un an. »

 Sur les peines de détention à domicile sous surveillance électronique 
« On n’y est pas favorable parce qu’elle vient remplacer dans l’échelle des peines la contrainte pénale qui, bien qu’imparfaite, est une peine de probation qui s’effectue en milieu ouvert avec un accompagnement des personnes condamnées. »

 Sur les baisses de budgets aux associations qui interviennent en milieu carcéral 
« La peine d’emprisonnement, ça n’est pas que la privation de la liberté, on doit pouvoir avoir accès aux soins, à l’éducation, à la culture, au sport. »
« Ce qui est difficile pour les personnes qui ont été incarcérées, c’est de se réinsérer ; et si pendant la période de détention elles n’ont accès à rien, leur réinsertion va être beaucoup plus difficile. »

 Sur la mobilisation du 12 décembre 
« Ça fait plus d’un an qu’on se mobilise, le contexte est un peu différent, peut-être que les médias seront plus attentifs à ce que nous portons. »
« On réclame une justice pour tous, surtout pour les plus faibles. »
« L’Assemblée nationale n’arrive pas à voter cette loi, ça fait deux fois qu’ils la reportent. Et c’est reporté à très tard parce que le gouvernement a d’autres problèmes à régler. »

 Sur le mur des cons 
« Le procès a commencé hier et on l’aborde assez clair sur les principes juridiques. »
« Ça n’était pas une expression syndicale et nous n’avons jamais eu l’intention de rendre public cette affichage. »
« Cet affichage devait rester de l’ordre de l’intime et du privé, et d’une forme d’exécutoire dans un contexte politique très violent contre la justice où tous les jours l’institution judiciaire était attaqué par le pouvoir - c’était sous Nicolas Sarkozy. »

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