Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 11 mai 2018

Julie Pagis : « Les crises politiques sont propices à des rencontres socialement improbables »

Dernière invitée de notre semaine consacrée à Mai-68, la sociologue Julie Pagis revient sur la réalité des évènements dont on oublie trop souvent les pans ouvrier et surtout... politique.

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 Sur les acteurs de Mai-68 
« La plupart des acteurs ont une certaine pudeur et ne veulent pas faire des récits d’anciens combattants. »
« C’est très compliqué de restituer ce qu’on a fait en 1968 parce que c’est un moment de suspension du temps ordinaire. »
« Les acteurs de Mai-68 ne revendiquent pas tous d’appartenir à une génération 68. »
« Le sentiment d’appartenance générationnel est socialement différencié. Les femmes répondent davantage oui que les hommes, les plus jeunes que les plus âgés. »

 Sur la réalité de Mai-68 
« Il y a une partie de mythe dans l’idée de la jonction entre des luttes ouvrières et étudiantes. »
« Les moments de crise politique, de suspension du temps ordinaire sont propices à des rencontres socialement improbables. »
« Il y a un abaissement des frontières sociales habituellement érigées entre les groupes sociaux. »
« C’est la grève générale qui permet ces rencontres. »
« Il y a eu beaucoup de fantasmes dans l’idée d’aller rencontrer le peuple. »
« Dans mon enquête, je n’ai quasiment pas eu de profil de déclassé alors qu’il y a beaucoup de profils inverses : des intellectuels de première génération qui sont les premiers de leur famille à obtenir le baccalauréat et à faire des études supérieures. »

 Sur l’ouverture de l’Université de Vincennes 
« Le fait que des étudiants non-bacheliers puissent intégrer une université expérimentale, ca permet des rencontres. »

 Sur l’idée que Mai-68 a été un événement bourgeois 
« Bien sûr que Mai-68 n’est pas un événement bourgeois. »
« Tout le pan ouvrier des évènements de 68 a été en partie gommé et écarté de la mémoire officielle. »
« Ont été effacé le mouvement ouvrier, le fait que le marxisme était l’horizon intellectuel de la plupart des participants, la répression et la violence… Ce sont finalement tous les aspects les plus politiques (…) qui ont été écartés de la reconstruction de la mémoire. »

 Sur « les Cohn-Bendit, Serge July… », ceux qui ont « incarné » Mai-68 
« Il y a eu une reconstruction de Mai-68 autour de quelques figures porte-parole autoproclamés qui ont construit la génération 68. »
« En 1968, ils avaient déjà des rôles de leaders, des rôles de pouvoir. »
« Ils ont converti leur rôle de pouvoir dans les évènements en rôle de pouvoir dans la politique institutionnelle. »

 Sur les comparaisons avec les luttes sociales aujourd’hui 
« La mobilité sociale ascendante qui a été une matrice très importante de 68 serait difficile à transposer aujourd’hui. »
« Les étudiants se mobilisent aujourd’hui contre Parcoursup, c’est-à-dire contre une refermeture de l’université, contre ce qui avait été acquis dans les années 60. »
« Il y a un certain nombre de lignes rouges qui ont permis Mai-68 qui ont été dépassées aujourd’hui. »
« Les structures d’encadrement de la jeunesse ont joué un rôle extrêmement important en Mai-68. »
« Les organisations par lesquelles sont passées des cohortes entières des jeunesses populaires sont en voie de très grande raréfaction. »
« Il y a un déficit de socialisation au collectif dans les jeunesses. »
« Les réseaux sociaux ne compensent pas une socialisation qui prend du temps et qui doit se faire en collectif. »
« Dans le vide laissé par les organisations d’encadrement de la jeunesse autour du Parti communiste et religieuses, ceux qui commencent à jouer ce rôle-là, c’est le Front national de la jeunesse : ils politisent des ressentiments et des sentiments de décalage. »
« Beaucoup d’ouvriers qui ont participé aux évènements de 68 ne se disent pas soixante-huitards et trouvent même le terme péjoratif. »

« Mai-68, ça a été une pluralité de réalités, parfois contradictoires. »

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  • J’ai vécu Mai 68 à l’UEC et à la Sorbonne ...nous étions totalement isolés de la masse des étudiants.L’anticommunisme régnait en maître dans ce parterre de futurs électeurs PS....En voyant cette atmosphère...j’ai compris dur le champ que le mouvement n’irait pas bien loin...de plus j’étais sûr que le PC ne voulait pas faire la révolution ...heureusement....

    Dominique FILIPPI Le 11 mai à 18:46
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  • j ai eu la chance de ne pas connaître cette époque dont on nous bassine depuis 50 ans.

    Mais dans le cadre d étude en IEP , j ai eu l occasion d’étudier le fascicule d ’ un responsable CGT -PCF de l époque ( pléonasme dans le contexte de la CGT de l époque).

    André BARJONET : La révolution trahie de 1968.

    EXTRAIT

    dans le figaro du 4 juin 1968 le sociologue anti marxiste et anti communiste Raymond ARON a pu rendre après les déclarations de Waldeck Rochet , secrétaire du PCF , un hommage ému au PCF.

    RAYMOND ARON DANS SON EDITO

    " A aucun moment le PCF et la CGT n ont poussé a l émeute , a aucun moment ils n ont voulu abattre le pouvoir Gaulliste dont la politique étrangère comble leur vœux et qui permet leur investissement progressif de la société française .

    Ils auraient évidement pris en charge l état si celui ci leur avait été livré.

    Mais ils ont eux pour objectif constant non de "faire la révolution " mais de ne pas se laisser déborder sur leur gauche par les étudiants et les maoïstes, par les jeunes ouvriers .

    Les erreurs commises tiennent pour une part a une confiance excessive dans le soutien du PCF.

    En dernière analyse celui ci n’a pas trahi cette confiance !

    Dans l heure qui a suivi l allocution du président de la république le PCF a désamorcé la bombe et consenti des élections qu il n avait guère espoir de gagner .


    On ne saurait mieux dire .

    BARJONET André

    rassurez vous FILIPPI avec le PCF , vous ne risquiez rien a l époque

    buenaventura Le 14 mai à 14:20
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