Accueil | Par Pierre Jacquemain | 11 avril 2019

« L’UE est un appareil étatique conçu pour empêcher l’expression de volontés populaires »

Pour eux, il est impossible de changer l’UE. Réformer ses institutions n’y changera rien. Ils en appellent à une conscience nationale, une rupture radicale pour imposer une souveraineté monétaire, populaire et de démocratie. Plusieurs chercheurs européens publient Europe, alternatives démocratiques aux Editions de La Dispute. Alexis Cuckier et Benjamin Bürbaumer sont les invités de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur la démocratie européenne 
« Une étude publiée récemment montre que, depuis les années 80, la majorité du débat autour de l’Union européenne est confisquée par un petit noyau d’instances parmi lesquelles les instances dirigeantes et les gouvernements nationaux. »
« 3/4 des prises de parole sont confisquées par ces instances dirigeantes et il reste 25% des prises de paroles réparties dont 14% pour les partis politiques de tous les bords. »
« Alors que souvent, on dit que les eurosceptiques monopolisent le débat autour de l’Union européenne, finalement, c’est tout le contraire : la majorité des informations que l’on reçoit viennent des instances qui sont favorables à ce projet d’Union européenne tel qu’il est construit aujourd’hui. »
« L’Union européenne est devenue une construction antidémocratique. Elle s’est mise à l’abri de l’intervention populaire, du vote. La Parlement a très peu de prérogatives. Par exemple, les directives sont le monopole de la Commission européenne. »
« On fait l’analyse partagée avec d’autres qu’on ne peut pas réformer l’Union européenne par voie institutionnelle. »

 Sur la gauche prise au piège des institutions européennes 
« La social-démocratie de tous les pays membres de l’UE s’est contentée de fonctionner avec les institutions telles qu’elles existent. »
« La gauche radicale critique les traités sans aller jusqu’aller à dire - ce qui nous semble être la vérité - qu’il est impossible de réformer ces institutions. »
« Cette gauche est prise au piège parce qu’elle n’adhère pas à ces institutions mais elle est obligée de présenter des projets de réformes alors même qu’elle n’assume l’idée d’une rupture avec ces institutions c’est-à-dire que c’est de l’extérieur de l’UE qu’on peut faire avancer les choses. »
« On a l’impression que la difficulté à laquelle font face les formations politiques, c’est qu’elles conçoivent l’UE comme si c’était un Etat-Nation, donc ils appliquent la même grille de lecture (…) alors qu’il y a une différence fondamentale : l’UE est un appareil étatique conçu pour empêcher l’expression de volontés populaires. »
« L’Etat capitaliste se caractérise par une sélectivité structurelle (…). L’UE, à travers notamment ses compétences exclusives, à savoir le marché intérieur et la concurrence, les politiques commerciales et la monnaie unique qui sont au sommet des préoccupations de l’UE, ne permet pas aux forces populaires de s’exprimer puisque ce qu’elles mettent en avant, ce sont les politiques sociales, l’écologie - qui sont toujours subordonnées du point de vue de l’UE. »

 Sur le mouvement social et les convergences des luttes à l’échelle européenne 
« Pour qu’une autre Europe soit possible - une fédération populaire, démocratique -, pour qu’un autre projet que l’UE soit possible, il faut commencer par être réaliste sur l’état des forces et sur les possibilités politiques. »
« Le mouvement social, les rythmes des luttes sociales et des conflits sociaux sont désynchronisés en raison même des politiques inégalitaires orchestrées par l’UE. Les enjeux des luttes sociales dans les pays du centre - comme l’Allemagne ou la France - ne sont pas les mêmes que pour les pays des périphéries du Sud - comme la Grèce - ou de l’Est. »
« L’idée selon laquelle on pourrait avoir un grand mouvement social européen complètement conjoint, en même temps, qui ferait pression sur Bruxelles, n’est pas crédible en raison même de cette construction européenne et de ces politiques européennes. »
« Ça n’empêche pas qu’on appelle à un travail internationaliste, de mise en réseaux, de désobéissance, de rupture du point de vue des mouvements sociaux de manière coordonnées. »
« Cette idée d’un grand soir ou d’un grand mouvement social de l’UE n’est pas crédible. »
« Nous ne sommes pas dans une situation où un grand mouvement social pourrait faire peur d’un point de vue électoral. »

 Sur la crédibilité des discours de gauche sur l’harmonisation fiscale ou sociale 
« Dans le cadre des institutions européennes, il n’est pas crédible de proposer l’harmonisation fiscale ou sociale à l’échelle européenne. »
« Les rythmes des conflits sociaux en Europe sont désynchronisés et l’UE n’est pas réceptive aux revendications populaires en raison de la sélectivité structurelle. »
« Il reste la possibilité de développer des politiques sociales dans le cadre de l’Etat nation. »
« Ces idées d’un salaire minimum européen ou d’une harmonisation fiscale, sont très importantes parce qu’elles permettent de penser à nouveau d’unir les peuples européens qui sont divisés par le fonctionnement de l’UE. »
« L’Etat nation peut être le point de départ pour une internationalisation et une européanisation successive et graduelle à nouveau. »

 Sur la conscience nationale et le nationalisme 
« Ce qui est généralement admis, c’est que faire quelque chose à l’échelle européenne rapprocherait les peuples en Europe. A partir de ce raisonnement, on a eu l’impression que tout ce qui était européen s’opposait à l’idée de nationalisme. »
« La Commission européenne est un facteur de division nationaliste en Europe. »
« Le rejet de l’UE qui est assez répandu repose sur deux raisons principales : avec l’UE, les pays perdent le contrôle sur les politiques économiques et les démocraties sont minées. Ces deux raisons nous conduisent souvent à nous considérer comme des nationalistes alors qu’elles devraient plutôt nous faire réfléchir sur ce que ça veut dire ce rejet de l’UE. »
« La différence entre conscience nationale et nationalisme permet de comprendre cette distinction entre conscience nationale, c’est-à-dire conscience de se trouver à un endroit donné et pour améliorer les choses, il vaut mieux commencer par son entourage. »
« La conscience nationale, c’est l’acceptation passive que l’on se trouve à un endroit donné alors que le nationalisme correspondant à une démarche active de construire la Nation comme priorité politique. »

 Sur le public du livre et l’interpellation de la gauche 
« Si on veut réfléchir à une politique de gauche, réaliste, démocratique, radicale - au sens de quelque chose qui pourrait avoir lieu -, il faut prendre au sérieux cette question européenne, ce que la plupart en réalité des stratégies aujourd’hui ne font pas. »
« C’est un livre qui analyse les mécanismes qui font qu’au lieu d’unir les peuples européens, l’UE les divise. »

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  • Cette gauche prônant le réalisme, la radicalité, la démocratie prônera-t-elle aussi le socialisme ? Peut-on à la fois déplorer l’étouffement de la volonté populaire et militer pour le socialisme qui la nie ? Peut-on face à ce dilemme imaginer une gauche qui reconnaisse la prééminence du parlement et par là même condamne le socialisme ?

    Glycère Benoît Le 12 avril à 07:07
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