Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud | 17 décembre 2020

Emmanuel Rusch : « Le vaccin est un des outils pour répondre à la crise mais il ne résoudra pas tous les problèmes »

La crise du Covid-19 continue de sévir durement. Le vaccin, peut-il être envisagé comme une solution miracle ? On en parle avec Emmanuel Rusch, président de la Société française de santé publique, de la Conférence nationale de santé et du Comité de Contrôle et de Liaison Covid-19, invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la contamination d’Emmanuel Macron au Covid-19 
« Il n’y a pas de caractère inéluctable à la contamination. »
« Emmanuel Macron est dans une fonction où il a beaucoup de contacts. Certes, il doit prendre les mesures de précaution nécessaires mais on n’est jamais à l’abri d’un moment d’inattention. »

 Sur la vaccination contre la grippe saisonnière 
« [La pénurie] est une bonne nouvelle : cela fait longtemps qu’il y a des difficultés à faire de la promotion de la vaccination contre la grippe. »
« On est surpris de la demande de la vaccination contre la grippe. Le sursaut a été surestimé. »
« Il est toujours difficile d’avoir une idée claire et précise du nombre de personnes qui, finalement, se fera vacciner. »

 Sur les vaccins contre le Covid-19 
« C’est un des outils pour répondre à la crise mais ça ne résoudra peut-être pas tous les problèmes. »
« Nous sommes limités par rapport au nombre de doses qui sont commandées, nombre qui va augmenter dans les semaines et les mois qui viennent. »
« Si on avait eu la totalité des doses de vaccins d’emblée, on aurait peut-être pas eu la même stratégie. »
« Il y avait différentes stratégies possibles et [celle en trois temps choisie par le gouvernement] me semble une stratégie raisonnable. Est-ce que c’est la meilleure ? On ne sait pas. »
« Certains pays mettent plus l’accent sur la vaccination des soignants, d’autres sur des groupes qu’ils considèrent comme des sources de contamination plus accentuée. Nous, nous ciblons les personnes les plus fragiles, c’est-à-dire les personnes âgées qui vivent en collectivité. »
« La stratégie pour laquelle nous avons opté vise aussi à préserver les structures hospitalières. »
« En vérité, au départ, on n’a pas tellement le choix : on a un vaccin issu d’une technologie nouvelle à partir d’ARN messager, puis un deuxième issu de la même technologie. Ce n’est que le troisième qui aura une technologie un peu différente. »
« La question du choix entre les différents vaccins se posera au mois de mars quand on aura des vaccins avec des technologies différentes. On verra alors en fonction des caractéristiques d’efficacité. »

 Sur le manque de recul sur les conséquences du vaccin, notamment celui issu de la technologie avec l’ARN messager 
« La procédure de validation des vaccins a été assez rapide grâce aux moyens importants qui ont été mis et parce qu’un dispositif de suivi des études au fil de l’eau a été mis en place. »
« L’autorisation de mise sur le marché sera conditionnelle car on attend d’autres résultats dans les semaines et les mois qui viennent. »
« On a fait le choix d’avoir un vaccin qui sera mis sur le marché dans une temporalité courte, dans un cadre qui n’est pas nouveau mais qu’on applique ici car il y a une urgence sanitaire. »
« La balance bénéfices-risques est considérée comme suffisante pour dire que l’on va utiliser ce vaccin sans tout le recul nécessaire. C’est une prise de risques mais avec une balance bénéfices-risques positive. »
« Il ne faut pas oublier que la crise sanitaire liée au Covid-19, ce sont non seulement les personnes qui en sont malades mais aussi des patients qui ont d’autres maladies et qui ne peuvent se faire soigner car le système est surchargé. »
« Les données dont on dispose nous laisse à penser qu’il n’y a pas d’effets secondaires indésirables aujourd’hui mais on n’est pas à l’abri que quelque chose arrive demain. »

 Sur le comité citoyen qui a été annoncé pour accompagner le déploiement du vaccin 
« La démocratie sanitaire est un ensemble avec plusieurs dynamiques : il y a le Parlement qui fait partie du mouvement démocratique. Il y a la démocratie portée par la démocratie civile organisée : la Conférence nationale de Santé est une instance qui rassemble des membres qui représentent des associations de la société civile. Il y a la démocratie directe, citoyenne, qui peut se faire au travers un dispositif citoyen. Et il y a aussi les médias - indépendants. »
« Il ne faut pas réduire la démocratie à un seul élément. »
« Toute la chaîne d’instances de démocratie en santé n’a pas été mobilisée par les pouvoirs publics pendant 8 à 9 mois. Cela commence à peine. Mais ces instances s’étaient auto-saisies. »
« Le gouvernement a fait le choix stratégiques de s’appuyer sur des comités ad-hoc, d’expertise et de concertation. »
« La Conférence nationale de Santé, en accord avec le CESE (Conseil économique, social et environnemental), avec le Comité scientifique, la CNCDH, nous avions fait une proposition en avril de comité rassemblant la société civile. Ca n’a pas été retenu - nous n’avons pas obtenu de réponse. Et je le regrette. »
« Avec les collectifs et conventions citoyens, se pose la question de la temporalité : il faut les outiller en termes de connaissances pour qu’ils puissent apporter leur contribution utile. »

 Sur la relative cacophonie entre professionnels de santé 
« Il y a quelque chose qui relève du jeu d’acteurs : je suis médecin spécialiste de santé publique et, depuis le début de la crise, je n’ai jamais vu autant de médecins spécialistes en santé publique. »
« Il y a une responsabilité des médias sur le sujet. »
« Il faut repositionner les experts dans leur champ d’expertise. »
« Il est certain que nous n’avons pas eu une stratégie de communication à la hauteur. »
« Il faut une stratégie de communication pérenne et durable qui amène l’information aux soignants. »
« Pour les médecins généralistes, il y a une urgence à leur apporter les informations honnêtes et scientifiquement établis sur le vaccin puisque c’est eux qui vont le prescrire. »

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