Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien, Pierre Jacquemain | 26 avril 2022

« La tripartition de l’échiquier politique modifie fondamentalement les dynamiques à l’oeuvre »

Les sondages ont-ils fait l’élection ? Quelles leçons retenir du scrutin présidentielle ? Mathieu Gallard, directeur de recherche IPSOS, est l’invité de #LaMidinale.

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Les sondages : info ou intox ?
« Pour les sondeurs, cette présidentielle a été une élection où tout n’a pas été parfaitement réussi. Mais ça n’a pas été non plus une catastrophe industrielle puisque l’on avait le bon ordre d’arrivée des candidats, les deux finalistes et le vainqueur du second tour. »
« Il y a eu des problèmes sur Mélenchon et plus largement sur les trois candidats qui sont arrivés en tête que l’on avait sous-estimés. »
« Il y a eu une dynamique de vote utile à la fin de la campagne. »
« Dans la dernière ligne droite de la campagne, il y a eu énormément de ralliements de personnalités publiques à Jean-Luc Mélenchon et qui peuvent expliquer pourquoi une partie légère mais significative des électorats des candidats de gauche hors Mélenchon ont fait moins que prévu. »
« Il y a aussi eu une légère mobilisation, dans les tout derniers jours, de personnes qui disaient ne pas aller voter. Et cela s’est fait au bénéfice de Mélenchon. »

Les sondages font-ils les élections ?
« On a bien vu, pendant la campagne, des mouvements d’opinion avec des candidats qui progressaient - comme Valérie Pécresse ou Eric Zemmour à l’automne - mais cela n’a pas d’effet performatif qui ferait qu’à partir où vous progressez dans les sondages, cela ne s’arrête pas. Pour Zemmour et Pécresse, il y a eu un plafond puis une descente. »
« Les sondages ne font pas une élection mais ils y participent incontestablement - dans un écosystème où beaucoup d’autres aspects jouent et peuvent influencer les électeurs (la campagne, les débats, le bruit médiatique…). »
« Sans sondage, il y aurait probablement quand même un vote utile mais il s’appuierait sur des bases moins solides que les sondages : à chaque campagne, on essaie de réaliser des campagnes sur ce qui se dit sur les réseaux sociaux pour quantifier l’opinion, ça ne marche pas très bien mais s’il n’y avait pas de sondage, on se baserait probablement beaucoup là-dessus. On s’appuierait aussi sur les ralliements, sur le nombre de personnes dans les meetings : mais cela ne veut pas dire grand-chose en termes de mesure de l’opinion publique. »

Sur les sondages sur les législatives
« Ça donne un aperçu très général de la situation : ça permet de voir le rapport de forces en termes de voix plus qu’en termes de projection en sièges. »
« Il y a 3 blocs relativement égaux en termes de voix : un bloc de gauche dominé par la France Insoumise dans lequel pour l’instant, EELV, le PS et le PCF sont peut-être un peu plus solides qu’à la présidentielle, un bloc autour d’Emmanuel Macron et un bloc autour de Marine Le Pen. »
« La traduction du rapport de forces de voix en sièges est difficile car les législatives sont en partie des élections locales : le poids des candidats jouent un rôle, notamment lorsqu’ils sont sortants car ils peuvent générer un vrai vote personnel. »

Sur la nouvelle tripartition de l’échiquier politique
« La tripartition de l’échiquier politique modifie fondamentalement les dynamiques à l’œuvre. »
« Dans le passé, quand on était dans un affrontement bipolaire, lorsqu’un président était élu, la cohérence voulait que les Français envoient une majorité à ce président. »
« La vraie question, c’est de savoir si, lors des législatives, on aura, au second tour, un front anti-Macron, avec le candidat opposé à La République En Marche qui réunira les voix de gauche et d’extrême droite, ou bien si on aura une espèce de cohérence politique avec, si le candidat de La République En Marche est opposé à la droite, il récupérera une partie des électeurs de gauche - et inversement. »
« L’enjeu prioritaire des différentes familles politiques pour ces législatives, c’est de mobiliser leur électorat. Traditionnellement aux législatives, l’électorat d’opposition tend à se démobiliser parce que c’est une élection considérée comme de confirmation. »

Sur le sondage Harris aux législatives
« Dans le cas où un candidat de gauche se retrouverait au second tour, l’électorat des deux autres blocs pourrait être tenté de se réunir pour lui faire barrage. C’est ce que peut signifier le sondage Harris. C’est vrai aussi au cas ou un candidat d’extrême droite est présent au second tour. »

Sur les résultats de la présidentielle dans les Outremers
« En France métropolitaine, il y a eu un maintien du front républicain qui reste solide même si c’est sous des formes plus dégradées par rapport à 2017 et 2002. Mais dans les outremers, la plupart des régions et territoires d’outremers, c’est la logique inverse qui s’est mise en place avec un front anti-Macron et un électorat de Mélenchon qui a été en masse voter pour Marine Le Pen uniquement pour faire obstacle à l’élection d’Emmanuel Macron. »
« Dans les Outremers, il y a eu un vote extrêmement fort - et même majoritaire - d’opposition à la politique sanitaire d’Emmanuel Macron. »
« Les mouvements électoraux en outremers sont souvent différents, voire fondamentalement différents, de ce qu’il se passe en métropole. »

Sur le résultat de Marine Le Pen
« Il y a une progression du score de Marine Le Pen qui a obtenu, incontestablement, le meilleur score de l’extrême droite notamment face à une sorte de normalisation progressive de son image personnelle. »
« Les résultats du second tour montrent qu’on est encore très loin d’une arrivée au pouvoir de Marine Le Pen. Ça s’explique parce que le front républicain, bon gré ou mal gré, s’est remis en place avec un certain succès. »
« L’électorat de centre gauche a voté pour près des deux tiers pour Emmanuel Macron. Plus d’un électeur sur deux de Valérie Pécresse a voté pour Macron contre un sur cinq pour Marine Le Pen. Une partie significative des abstentionnistes du premier tour s’est mobilisée en faveur de Macron. Enfin, les électeurs de Mélenchon ont voté assez nettement pour Macron par rapport à Marine Le Pen. »
« Les fondamentaux du RN restent présents aux yeux des Français. Il y a toujours six Français sur dix qui considèrent que le RN est un parti raciste, autoritaire et potentiellement dangereux pour la démocratie et la République. Ça fait peur a une grande partie de l’électorat. »
« L’électorat de droite assez âgé qui pourrait être tenté par Le Pen, considère Le Pen pas assez solide pour gouverner. »

Sur le vote populaire
« Il y a quatre blocs : la France bien intégrée qui a voté pour Macron : une France de cadres, de catégories moyennes et supérieures, plutôt âgée. Une France plutôt populaire qui a voté plutôt pour Le Pen : une France des ouvriers, des catégories populaires à faible niveau de salaire. Une France plutôt précaire, jeune et diplômée, pas encore à ce stade bien intégrée dans le monde du travail, qui a voté pour Mélenchon. Et une France désengagée qui n’a pas voté et qui sociologiquement est un mixe entre l’électorat de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon : des jeunes issus des quartiers populaires. »
« L’électorat de Marine Le Pen a voté assez nettement en faveur de Marine Le Pen. »
« Il y a une majorité des personnes qui ont les plus faibles niveaux de revenus et de diplômes qui ont voté pour Marine Le Pen. Ça confirme ce qu’on voyait déjà en 2017. »
« Les catégories populaires votent plus Le Pen sans doute en partie parce que d’un point de vue idéologique, elles sont plus sensibles que la moyenne aux enjeux qui sont liés à l’immigration. Elles sont nettement plus sensibles que la moyenne aux enjeux du pouvoir d’achat et du coût de la vie que Marine Le Pen a mis largement en avant. Et elles sont sensibles à une logique et une rhétorique contestataires, anti-système, que Le Pen et le RN utilisent depuis longtemps. Et que Le Pen a particulièrement développé dans cette campagne. »

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