Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 5 septembre 2018

Lauren Bastide : « Quand je vois l’acharnement sur Rokhaya Diallo, je suis affolée »

Elle va succéder au philosophe Geoffroy de Lagasnerie aux rencontres du Carreau du Temple à Paris. Le cycle Présent.e.s proposera d’interroger une fois par mois la place des femmes dans l’espace public. La journaliste et féministe Lauren Bastide, productrice de podcasts (Nouvelles Ecoutes), est l’invitée de #LaMidinale.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 

VERBATIM

 

 Sur la promesse d’Emmanuel Macron de faire de l’égalité femme-homme une priorité du quinquennat 
« On adorerait avoir des femmes aux plus hauts postes possibles dans l’Etat. »
« Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’était plus ou moins engagé à nommer une femme premier ministre sauf que, dans la réalité, les résistances structurelles sont colossales. »
« Il y a beaucoup d’effets d’annonce, on nous répète que c’était la grande cause du quinquennat… il y a quelques effets, mesures qui ont été prises pour la communication et les médias. »
« Les associations sont extrêmement mécontentes de ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale sur le harcèlement sexuel et sexiste. »

 Sur le sexisme à l’université 
« L’université est un milieu qui est encore extrêmement masculin. »
« Dans les instances dirigeantes, il y a un plafond de verre comme dans tous les domaines de la société. »
« A la fac, au niveau des maîtrises, il y a à peu près autant de femmes que d’hommes en moyenne, mais plus on monte dans les échelons, plus on arrive au niveau des professeurs ou des dirigeants d’université, moins il y a de femmes. »
« Les stéréotypes de genre continuent de se perpétrer dans les sciences dites “dures”, comme les mathématiques ou en économie où l’on trouve beaucoup moins de femmes alors qu’elles ont leur place plus facilement en sociologie ou dans les études sur le “care”. »

 Sur la place des femmes dans les médias 
« D’un côté, on a des journalistes dans les rédactions, qui vont avoir le réflexe de sortir le vieux 06 du mec qu’ils connaissent depuis 10 ans parce qu’il a sorti un bouquin sur un sujet (…) . Et d’un autre côté, on constate que les scientifiques femmes elles-mêmes vont avoir tendance de répondre au téléphone “j’ai mon collègue qui est plus à fond sur ce sujet-là” et qu’elles vont s’auto-censurer et ne pas se sentir aller parler dans les médias. »
« L’effort d’aller chercher des femmes sur des thématiques précises est très rarement fait ; c’est pourquoi on a contribué à créer avec bien d’autres, le Guide des Expertes. Maintenant, on ne peut plus dire qu’il n’y a pas de femmes économistes ou vulcanologues ! »

 Sur l’acharnement à l’encontre de Rokhaya Diallo 
« Quand je vois l’acharnement sur Rokhaya Diallo, je suis affolée. »
« Ce qui est le plus dur à accepter, c’est que ce sont des voix qui émanent d’une sorte de gauche humaniste prétendument progressiste qui réclame l’étiquette féministe, humaniste et égalitariste alors que ce qu’elle porte, ce sont des valeurs écrasantes, uniformisantes, qui refusent l’expression d’identités propres. »
« Tant qu’on ne pourra pas dire calmement en France qu’il n’y a pas de noir-es dans les journaux et dans les émissions de télé et qu’on peut essayer d’arranger ça en parlant par exemple de quotas, cette situation ne s’arrangera pas. »

 Sur les réunions non-mixtes 
« Si, dans les années 60, autour du MLF [Mouvement de libération des femmes], il n’y avait pas eu les groupes de parole non-mixtes dans les facs, on n’aurait jamais pu parler du viols, mettre en avant les discriminations spécifiques faites contre les femmes, l’union des droits civiques américains n’aurait pas pu avoir ce qu’ils ont obtenu sans les réunions mixtes entre noirs américains. »
« Les réunions non-mixtes sont des lieux d’encapacitement. »
« Le fait de pouvoir mettre côte-à-côte des expériences individuelles, c’est-à-dire de mettre en valeur le fait qu’elles sont récurrentes et systémiques et que ce n’est pas nous le problème mais quelque chose qui vient de la société, ça permet de structurer les combats et de donner plus de force au message. »
« Les espaces [réservés aux femmes] passent bien quand on ne les montrent pas comme trop politiques ou quand ils sont faits par des personnes qui passent bien comme des femmes bourgeoises blanches comme moi. »
« Comme la couverture du podcast est rose, comme moi je suis blonde et que je présente bien, on ne s’attend pas à ce que je porte des valeurs trop révolutionnaires. Par contre, quand ce sont des femmes noires, d’un seul coup ce n’est plus possible et il faut que la mairie intervienne ! »
« Les espaces non-mixtes affolent beaucoup ceux qui n’y sont pas autorisés sauf qu’en réalité, ils n’y viendraient même pas. »

 Sur le cycle Présent-e-s au Carreau du Temple 
« Je vais prendre la suite de Geoffroy de Lagasnerie pour un cycle de rencontres mensuelles dans l’auditorium du Carreau du Temple. »
« La thématique sera les femmes dans l’espace public, un thème qui m’anime depuis toujours. »
« Je recevrai des femmes, des militantes, des chercheuses pour parler de ces problématiques. »
« Le public du Carreau du Temple, je le souhaite ouvert, mixte. »

Sur les podcasts Nouvelles écoutes 
« L’objet du podcast, c’est laisser la parole se déployer dans un espace où elle a la place d’être nuancée, d’être précise et de sortir de la caricature et des stéréotypes. »
« Les invitées que je choisis sont toujours des femmes pour lesquelles j’ai une forme d’admiration pour le parcours accompli et pour les valeurs portées. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.