Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 24 septembre 2019

Laurence Cohen : « Les alertes sur le Mediator étaient connues des ministres qui se sont succédé »

Hier s’est ouvert le procès du Mediator. Dix ans après le retrait du médicament, les victimes ont enfin leur procès contre le laboratoire Servier. Pour en parler, Laurence Cohen, sénatrice PCF et vice-présidente de la commission des affaires sociales, est l’invitée de #LaMidinale.

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VERBATIM

 

 Sur les attentes du procès Mediator 
« J’attends déjà que les victimes puissent s’exprimer et qu’elles disent le calvaire qu’elles ont enduré et qu’elles continuent d’endurer. »
« Outre le scandale sanitaire, ce qui est terrible, c’est que Servier a joué les prolongations en ouvrant tous les recours possibles pour empêcher que toute la lumière soit faite. »

 Sur la défense des laboratoires Servier 
« Il y a beaucoup de cynisme. »
« C’est un gros laboratoire qui est responsable de milliers de victimes et qui ne veut pas le reconnaître. »
« C’est un médicament qui est sorti en 1976 : il y a eu plusieurs alertes et, malgré elles, ils ont continué à le commercialiser. »
« Ce que je dénonce, c’est la recherche effrénée du profit à tout prix au détriment de la santé et des personnes. »
« Les victimes sont des gens de conditions fragiles, qui non seulement souffrent dans leur chair de maladies extrêmement graves et qui, en plus, ont dû se défendre, avoir recours à des avocats, et attendre pour être indemnisés. »
« 80% de l’activité de Servier est connue sous la marque Biogaran. Personne ne le sait et je pense que s’ils le savaient, les patients ne feraient pas confiance aux médicaments commercialisés. »
« Les experts des laboratoires Servier n’ont jamais été inquiétés. »

 Sur la pneumologue Irène Frachon 
« Je veux dire toute mon admiration vis-à-vis d’Irène Frachon qui est une véritable lanceuse d’alerte. »
« Irène Frachon a été extrêmement dénigrée, y compris par ses pairs. Elle a eu beaucoup de force de caractère. »
« Son livre est sorti en 2010, elle a subi de la censure. On a voulu la salir. »

 Sur le rôle de l’Agence nationale du médicament 
« Il y a eu très certainement des négligences mais on est là au coeur de conflits d’intérêts. »
« Ce que met en place la loi Buzyn me parait assez faible notamment en matière de formation des personnels de santé. »
« Il y a un retrait de l’Etat sur la recherche et seuls les gros laboratoires arrosent et arrivent à convaincre des professionnels d’être plutôt favorables ou passifs vis-à-vis des manquements qu’il peut y avoir. »
« Il faut créer un véritable service public du médicament et de la recherche. »
« Aujourd’hui, le gouvernement ne peut pas obliger un laboratoire à commercialiser un médicament. »
« L’Etat doit retrouver une liberté et une autonomie dans sa politique du médicament. »

 Sur l’accumulation des grands scandales d’Etat 
« Il faut une volonté politique pour permettre d’acquérir une indépendance en matière de recherche et de politique du médicament pour éviter ces scandales. »
« On peut pardonner une erreur humaine mais, dans l’affaire du Mediator, on n’est pas sur une erreur humaine, on est sur quelque chose de délibéré. »

 Sur les responsables de cette affaire  
« J’aurais souhaité que quelques ministres puissent venir témoigner : je ne peux pas croire que tout ça, soit passé inaperçu. »
« Les alertes d’Irène Frachon étaient connues des ministres en place. »
« Ce qui est terrible, c’est qu’on a un laboratoire malfaisant, qui veut faire du profit sur le dos des victimes et on a un aréopage d’indifférence et de laisse-faire qui sont tout aussi criminel. »

 Sur la pénurie de médicament 
« Les pénuries sont organisées par les laboratoires. »
« La santé n’est pas une marchandise donc il faut la sortir de la loi du marché. »
« On laisse les grands laboratoires de manière indépendantes leur politique et suivant qu’un médicament est rentable ou non décide de le poursuivre ou de l’arrêter. »
« On doit créer un pôle public du médicament et de la recherche et aussi de produire en France. »
« Il faut donner des pouvoirs aux salariés dans les entreprises, ils sont les experts. »

 Sur les aides à domicile des seniors et les retraites  
« Le gouvernement mène une politique antisociale. »

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