Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 5 décembre 2019

Laurent Brun (CGT-Cheminots) : « Sur les retraites, le gouvernement peut reculer face à la masse »

Nous sommes le 5 décembre et le mouvement de grève contre la réforme des retraites du gouvernement d’Emmanuel Macron commence. Pour en parler, Laurent Brun, secrétaire général de la fédération CGT des Cheminots, est l’invité de la Midinale.

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 Sur la mobilisation ce 5 décembre 
« Il y aura une forte mobilisation aujourd’hui. »
« Les déclarations de grève sont déjà beaucoup plus importantes que celles de l’année dernière [au moment de la grève de juin contre la réforme de la SNCF]. »

 Sur la durée et les conditions de la grève 
« Vu les déclarations du gouvernement, il n’y a pas tellement d’autres options que de faire durer le mouvement de grève. »
« Il faut faire monter l’idée que l’on peut se battre tous ensemble et qu’ensemble, on peut gagner. »
« On n’est pas trop favorables aux cagnottes (…) : c’est toujours compliqué quand elles sont centralisées parce que la répartition fait toujours polémique. »

 Sur le préjugé de la droite selon lequel les cheminots sont des privilégiés 
« Les privilégiés, ce sont ceux qui n’ont pas besoin de travailler pour avoir une vie confortable : les filles Bettencourt, les fils Arnault, les fils Lagardère, les fils Dassault… »
« Les cheminots travaillent beaucoup et dans des conditions par toujours simples : ils ne sont absolument pas privilégiés. »
« Nous avons des acquis et une situation sociale particulière que nous sommes prêts à défendre. »
« C’est tout à fait normal d’avoir du temps de repos quand on a du travail de nuit, de partir plus tôt en retraite quand on a un travail pénible… »
« Ceux qui considèrent qu’ils ont un travail aussi pénible que nous, pourquoi ne se battraient-ils pas pour avoir les mêmes conditions de départ à la retraite ? Dans le BTP, dans la métallurgie, dans le commerce par exemple. »

 Sur les revendications de la CGT 
« La revendication de la CGT, c’est la maison commune : des règles communes (le départ à 60 ans et le taux de remplacement du salaire à 75%) et, à l’intérieur des branches et des métiers qui l’estiment nécessaires au vu de leurs spécificités et de leur pénibilité, la possibilité d’avoir des départs anticipés. »
« Il faut des cotisations supplémentaires, c’est-à-dire d’imposer au patronat de financer ces droits spécifiques. »

 Sur la possibilité de gagner le bras de fer qui s’engage 
« Il y a une position dure du gouvernement – et c’est normal, c’est le début, ils défendent leur camp. »
« Oui, il est possible de gagner sur la question de retraites : le sujet s’étend dans la mesure où, au début, on disait qu’il n’y avait que la SNCF et la RATP mais ça s’est finalement très largement élargi au secteur public et maintenant au privé (dans l’agroalimentaire, dans la métallurgie, dans le commerce…). »
« La question, ça va être : est-ce qu’on va réussir à maintenir la mobilisation de manière forte et durable ? »
« En 1995, il y a eu des pics à deux millions de grévistes : on apporte nous 100.000 cheminots, il faut trouver 1,9 millions de plus de salariés qui sont prêts à se battre pour renverser la situation. »
« Le gouvernement recule face à la masse – nous devons organiser cette masse. »

 Sur les violences policières 
« Nous craignons les violences mais pas tellement des black-blocs : durant les dernières manifestations, ce sont les CRS qui nous ont chargés et gazés. »
« Le 1er mai dernier, nos services d’ordre ont du repousser les charges au bouclier des CRS contre le carré de tête de la CGT alors qu’il n’y avait aucun casseur identifié sauf à considérer que Philippe Martinez est un jeteur de pavés. »
« On craint l’attitude des forces de l’ordre et des ordres qui seront donnés par le préfet. »
« Avec le départ Gare de l’Est, tout est fait pour qu’il puisse y avoir des incidents. »

 Sur un potentiel compromis 
« On est sur une réforme systémique : c’est très compliqué d’avoir une position intermédiaire. »
« Les organisations qui essaient de défendre la clause du grand-père ou des choses comme ça, c’est quand même un peu brinquebalant. »
« Le compromis qu’il peut y avoir, c’est sur nos revendications. »

 Sur la CFDT 
« La position de la CFDT est un vrai handicap pour les cheminots. »
« La position de la CFDT, c’est : on veut bien un nouveau système mais il ne faut pas que cela fasse perdre de droits aux salariés. Sauf que c’est l’inverse qui va arriver. La CFDT-Cheminots est donc obligée d’aller à l’action par rapport à cette situation mais maintient les demandes de contreparties… Ca nous paraît très bancale comme position. »
« Pour l’instant, le gouvernement n’a jamais joué le jeu de la division syndicale : il préfère s’affronter à toutes les forces sociales quelles qu’elles soient, il ne cherche pas de compromis avec les uns ou les autres. »

 Sur le politique dans la lutte 
« Notre objectif, c’est convaincre la population qu’une autre réforme des retraites est possible (…) et ça, ça ne peut pas être que de la responsabilité des organisations syndicales. »
« Nous avons des revendications mais nous ne sommes pas destinés à prendre le pouvoir. »

 Sur l’extrême droite 
« Un mouvement qui serait gagnant permettrait de ne pas tomber du côté de l’extrême droite : l’extrême droite se nourrit de la frustration des salariés. »
« L’extrême droite s‘appuie sur le mécontentement des salariés tout en leur disant qu’ils ne doivent pas s’organiser et se donner des outils de lutte dans la mesure où elle critique les organisations syndicales. »
« L’extrême droite est pour la non-solution au problème. »
« C’est dans la nature du projet que l’on doit arriver à mettre en difficulté l’extrême droite : ils étaient favorables à la suppression de l’ISF, ils sont globalement favorables à ce que l’on laisse l’argent là où il est. »

 Sur le mouvement étudiant 
« Il y a, contrairement à la mobilisation de 2018, des rencontres avec d’autres mouvements comme le mouvement étudiant. »
« Je lance un appel aux étudiants : vous pouvez occuper vos facs, vous pouvez occuper les lycées mais n’oubliez pas d’aller manifester pour qu’on se retrouve tous ensemble. »

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