Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 20 septembre 2021

« Le gouvernement a décidé de passer en force sa réforme de l’assurance-chômage »

Malgré l’avis du Conseil d’État qui avait suspendu la réforme de l’assurance-chômage, le gouvernement entend passer en force. Mathieu Grégoire, sociologue, spécialiste du travail et du chômage, est l’invité de #LaMidinale.

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 Sur le taux de chômage 
« Les chiffres du chômage ne sont pas aussi bons que le dit la ministre. »
« Ce que la ministre met en avant, c’est une baisse des catégories A, c’est-à-dire des gens sans activité entre le mois de mai et juillet. Trois mois c’est trop faible pour donner une tendance réelle. »
« Si l’on prend l’ensemble des catégories, le nombre de demandeurs d’emploi n’a pas évolué d’un iota. »
« Il y a deux typologies de demandeurs d’emploi qui augmentent : d’abord, c’est les catégories D. Et les catégories D, c’est les gens qui sont en général en formation. Et c’est un grand classique des années électorales, on envoie plein de gens en formation pour les sortir des chiffres du chômage. Y’a environ 70.000 personnes qui basculent, en trois mois, dans la catégorie D. Et l’autre catégorie qui augmente normalement, c’est les catégories B et C, c’est-à-dire les intermittents de l’emploi, des gens qui travaillent ou qui ont travaillé dans le mois, soit + 150.000 personnes. Et quand on additionne tout ça, on retrouve un chiffre nul. »
« La ministre se félicite mais elle se félicite d’une baisse de ceux qui ne travaillent pas du tout pendant qu’il y a une hausse de ceux qui sont les futurs victimes de la réforme de l’assurance chômage, plus ceux qu’on a cachés sous le tapis dans la catégorie D. »

 Sur les emplois non pourvus  
« Il y a un niveau d’embauche record mais il y a aussi un niveau de débauche et de fins de contrat records. »
« Les décisions de licenciement n’ont pas eu lieu parce qu’il y avait du chômage partiel. »
« Le coup des emplois non-pourvus est un grand classique. »

 Sur la réforme de l’assurance chômage  
« On pourrait réformer le chômage de façon plus progressiste mais là, l’idée c’est d’essayer de faire des choses qui ne correspondent pas au programme Macron. Son programme tournait autour de la flexi-sécurité, ça reposait sur le modèle danois avec une indemnisation très généreuse pour que les salariés puissent aller et venir sur le marché du travail de façon assez sécure. Là, on fait tout l’inverse : on diminue les droits des salariés. » 
« Le premier argument du gouvernement c’est de dire qu’on va encourager les salariés à réclamer un CDI à leurs futurs employeurs qui proposent des contrats précaires. »
« Le gouvernement diminue le pouvoir de négociation de ses salariés pour qu’un salarié ou un chômeur accepte n’importe quel emploi. »

 Sur les arguments du gouvernement  
« Le raisonnement un peu tordu qui était porté jusqu’alors est en train de changer. La ministre du Travail, Elisabeth Borne, est en boucle avec les mêmes éléments de langage. Donc quand elle change, ça se voit. Et là, ça vient de changer : elle a arrêté de dire qu’il fallait encourager l’emploi stable et demander aux salariés de réclamer un emploi stable, elle a commencé à dire qu’il faut travailler plus. Ça n’est pas la même chose. Ça peut vouloir dire : prenez plus d’emplois précaires. Dès qu’il y a un emploi précaire, prenez-le, vous n’avez pas le choix. »
« Le gouvernement met les chômeurs dans une situation d’accepter n’importe quel emploi. »

 Sur les préjugés contre les chômeurs  
« Personne ne sait dire dans quelle condition un chômeur peut gagner plus au chômage qu’en travaillant. Il n’y a pas d’exemple - à part quelques rares cas particuliers de personnes qui travaillent à temps partiel. »

 Sur le passage en force de Macron 
« On est à neuf mois d’une élection présidentielle. Emmanuel Macron a besoin d’un bilan et il veut éviter un procès en incompétence qu’il leur sera nécessairement fait pendant la campagne. »
« Le Conseil d’Etat n’aime pas intervenir pendant les campagnes électorales et donc on ne sait pas quand le jugement aura lieu sur le fond. »
« Le gouvernement a besoin d’un bilan et a décidé de passer en force avec des arguments très fragiles. »
« Les différentes oppositions, notamment à gauche, s’est pas mal mobilisée : du PS aux Verts en passant par le PCF et les Insoumis. Tous ont dénoncé la réforme. »
« La droite aussi a un peu critiqué la réforme notamment sur la remise en cause du paritarisme. Ça ne plaît pas à la droite gaulliste et sociale. »
« Ça serait bien que les parlementaires se mobilisent à nouveau. »
« Il y a une forme de lassitude, les mêmes arguments sont répétés depuis 2018. »

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