Accueil | Par Pierre Jacquemain | 15 janvier 2018

Leila Slimani : "L’absence de violence ne va pas rendre le monde plus puritain mais plus juste."

Auteure d’une tribune dans Libération pour défendre le "droit à ne pas être importunée" en réaction à la tribune des cent femmes qui redoutent un retour au "puritanisme", la romancière, Leila Slimani, Prix Goncourt 2016, est l’invitée de #LaMidinale. L’occasion d’évoquer la controverse intellectuelle mais aussi le climat général en France et le projet de loi "asile et immigration".

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 Sur les controverses intellectuelles 
« Je suis favorable au débat de manière générale. »
« J’ai grandi dans un pays où le débat n’était pas possible parce qu’on ne pouvait pas dire librement ce qu’on voulait et surtout pas sur la liberté sexuelle et les femmes. »
« Je suis admirative qu’on vive dans une société où l’on peut s’engueuler. »

 Sur la tribune des cent femmes du Monde 
« Il y a une confusion entre l’individuel et l’universel. »
« Elles essayent de défendre quelque chose qui pour moi est individuel et qui se passent derrière les portes closes. »
« L’absence de violence ne va pas rendre le monde plus puritain, elle va rendre le monde simplement mais plus juste. »
« Je ne comprends pas comment elles passent de la lutte contre les violences sexuelles au puritanisme : c’est une confusion dangereuse et malhonnête. »

 Sur la place des hommes 
« [La place des hommes] est absolument essentielle et centrale. »
« C’est très important de dire que les hommes ne sont pas tous des porcs. »
« J’aimerais plus les entendre sur comment demain ils ont envie de définir leur virilité. »
« Les hommes ne doivent pas avoir peur (…) nous ne sommes pas des harpies, on n’est pas des sauvages. »

 Sur le climat général en France 
« Je suis plutôt quelqu’un d’optimiste. Et je trouve que c’est un climat bouillonnant où il se passe beaucoup de choses avec une nouvelle génération qui est en train de regarder le monde autrement et qui a envie de transmettre un monde différent à ses enfants. »
« Il n’y a pas de fatalité et c’est aussi ce qui m’a dérangé dans la tribune de ces femmes, c’est ce déterminisme. Il y a une valeur qui est au centre de ma vie c’est la liberté et je crois que chaque être humain est capable de s’inventer. »
« Je ne crois pas qu’on nait en étant un porc, je ne crois pas qu’on soit déterminé à se frotter contre les gens ou à les harceler, je ne crois pas que les hommes et les femmes soient déterminés à vivre des relations violentes et qu’on ne pourra jouir sexuellement que si on est dans cette espèce de relation de violence ; je crois que tout est à inventer et qu’on est en train de l’inventer aujourd’hui. »

 Sur le projet de loi « asile et immigration ». 
« Cette façon de parler de la politique migratoire avec une grande froideur, avec un pragmatisme, en ne parlant que de chiffres, ça déshumanise les gens. C’est là où les mots sont très importants, remettre des mots, de la poésie, c’est remettre de l’individu, et c’est rappeler que se sont des âmes, des corps, des gens qui ont une histoire, qui ont des parents et qu’on ne pourra jamais qu’on le veuille ou non faire cette espèce de distinction entre des migrants économiques - qui viennent en fuyant la misère et seraient des sous-migrants - et les autres migrants qui fuient des situations terribles, politiques, la guerre, les viols, etc. »
« Le fait qu’ils soient des humains, le fait même qu’ils parcourent des distances pareilles, qu’ils meurent et qu’ils soient prêts à mourir fait qu’on ne peut pas les regarder avec une telle simplicité. Donc l’intellectuel doit ramener de la complexité et de l’humanité dans ce débat. »

 Sur l’efficacité et la fermeté voulue par Emmanuel Macron 
« On a l’impression que les politiques, avec ce qu’il se passe en Europe, ne peuvent plus porter que des politiques d’efficacité, de gestion et c’est très triste et c’est pour ça que les intellectuels ne doivent absolument pas se taire pour rappeler qu’one ne pourra jamais traiter les gens comme ça. »
« Je serai vigilante et je ferai tout pour faire entendre ma voix. »

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  • Formidable intervention, Leïla Slimani ! Votre brillante intelligence revigore nos neurones. Merci. Nous avons besoin de vous entendre encore et encore.

    Amram D Le 15 janvier à 13:44
  •  
  • Un mot, un seul merci pour cette corne d’abondance culturelle, d’ humilité et d’humanité que furent ces quelque minutes.

    René-Michel Le 18 janvier à 10:14
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