Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 27 octobre 2021

« Les expériences transpédégouines produisent des formes singulières d’attention au vivant »

Les luttes LGBTQI et les luttes écologistes peuvent s’enrichir les unes les autres. Comment ? Cy Lecerf Maulpoix, journaliste et auteur de "Ecologies déviantes - voyage en terres queers" (éditions Cambourakis), est l’invité de la Midinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la notion de nature 
« J’ai essayé de m’extirper du concept de nature parce qu’il a été employé à tort et à travers notamment dans des espaces politiques au moment des débats autour du mariage pour tous avec son envers - ou revers - la contre-nature. »
« Les idéologies mobilisées quand on utilise le terme de nature ont plutôt tendance à exclure les vies transpédégouines LGBTQI. »
« Ce qui m’intéresse, c’est le rapport au vivant que l’on tisse quand on a fait l’expérience d’être minoritaire. »

 Sur la notion de corps 
« Nos corps sont façonnés par le monde et la société, c’est-à-dire des normes esthétiques, scientifiques et morales. »
« En tant que quels, transpédégouines ou LGBTQI, on est sans cesse renvoyé à nos désirs catégorisés comme déviants ou pathologisés. »
« Il y a cette idée de vouloir renouer avec une sorte de vivant dont on aurait été exclu par la science et de se créer des espaces refuges en ville ou à la campagne où retisser d’autres rapports et compagnonnage. »

 Sur la marge 
« Les perspectives qui m’intéressent sont situées à la marge : elles sont à la fois des tentatives parfois séparatistes de créer des communautés (comme ce que je raconte autour de la vie d’Edward Carpenter) ou alors de petites communautés rurales de fées ou des rassemblements qui peuvent exister depuis la fin des années 1970. »
« L’idée n’est pas de faire rimer communauté avec ce qu’on entend derrière le mot communautarisme aujourd’hui, c’est-à-dire une peur de la communauté et de l’expérience minoritaire immédiatement assimilée à un désir de non-mixité. »
« J’essaie de voir comment on peut faire réseau, comment on peut exister ensemble avec des différences et des subjectivités singulières qui sont parfois propres à des expériences d’oppression. »
« L’idée est de développer une pensée critique par rapport à l’écologie telle qu’elle peut être pensée par le gouvernement mais aussi par rapport à la marge pour essayer de réentrer en dialogue avec des formes d’écologie telles qu’elles existent dans les mouvements sociaux, chez ATTAC ou Alternatiba. »

 Sur le rapport à la communauté 
« Je trouve difficile de me rapporter à l’idée de nation parce que je la trouve embourbée dans énormément d’idéologie politique que je trouve nauséabonde et qui permet de justifier de rejet et de l’exclusion de l’autre, notamment les exilés et les migrants. »
« La nation est une forme de fermeture. »
« En ce moment, il y a quelque chose autour de la personnification qui me semble problématique. Je préfère l’idée de réseau, plus proche de l’idéal anarchiste. »

 Sur les rapports entre luttes LGBTQI et écologie 
« J’avais une intuition sur les liens entre luttes LGBTQI et écologie. Depuis mon expérience militante, l’écriture du livre et mes voyages, énormément de choses se sont confirmées et je me suis rendu compte que d’autres étaient des fantasmes - mais c’est important les fantasmes. »
« Je voulais montrer que les expériences minoritaires (pédés, trans, gouines) ont pu produire des formes d’attention au vivant plus singulières : être plus sensible à la sexualité animale, au processus de croissance et de reproduction des plantes, d’utiliser les plantes comme des alliés ou des miroirs de soi dans une époque malade, de trouver une ressource dans la culture ou le maraîchage. »
« En retissant des généalogies, je me suis rendu compte que l’articulation entre les questions de sexualité et la politique plus cohérente de notre rapport au monde existait déjà. »
« Déjà à la fin du XIXe, au moment où se conceptualisent des subjectivités déviantes, les personnes concernées qui cherchent à penser leur place dans le monde, réfléchissent déjà à plus que la lutte pour l’égalité : déjà, notamment à l’extrême gauche, des luttes contre l’industrialisation et la destruction du monde sont déjà prises en charge politiquement. »
« En tant que LGBTQI, on a à se positionner vis-à-vis des problématiques écologistes et de luttes sociales. On ne peut pas en rester à la simple lutte pour l’égalité des droits. »
« L’écologie telle qu’elle a émergé et s’est construite en France m’apparaît comme extrêmement excluante vis-à-vis de ma propre subjectivité, notamment pétri de religiosité et alourdie par des considérations binaires nature-culture… »
« Europe-Ecologie-Les Verts, ce n’est pas un parti qui m’intéresse immédiatement parce que j’avais besoin de retracer des histoires qui ne rencontraient celle de ce mouvement politique. »

 Sur la ville 
« Enjoindre à quitter la ville est problématique car cela ne tient pas compte de nos déterminismes et des discriminations systémiques qui touchent les uns et les autres. »
« La défense du vivant se joue aussi, voire d’autant plus, en ville : juste mettre des pistes cyclables ou quelques arbres, ce n’est pas une vision écologiste. »
« Il faut repenser la manière dont on vit en ville : parce que l’on vit dans des habitats collectifs, la ville permet d’envisager des modes de vie plus intelligents et écologiques. »

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