Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 21 octobre 2021

« Les gens et même les journalistes ne se rendent pas compte de ce qui se produit avec Bolloré »

L’empire médiatique de Vincent Bolloré s’agrandit. La nomination de Patrick Mahé et de Jérôme Bellay à Paris Match et au JDD, deux anti-Macron partisans d’une alliance droite/extrême droite, s’inscrit dans le prolongement de l’opération de l’industriel sur CNews et Europe 1. Alexis Levrier, historien du journalisme, est l’invité de #LaMidinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

Sur Zemmour le sniper
« Zemmour sait très bien ce qu’il fait. Il connaît l’histoire des médias et de la presse. »
« Quand Zemmour met en joue des journalistes, c’est un amusement sérieux : il les provoque. »
« Zemmour entretient avec les journalistes un climat d’hostilité. »
« Zemmour reprend les ingrédients de Trump. Il entretient une détestation des médias mainstream, des médias de gauche et d’un discours qu’on voit se répondre notamment dans les médias de Bolloré : la détestation des journalistes ou les écoles de journalistes. »
« Il y a tout un discours anti-journalistique et c’est tout le paradoxe avec Zemmour parce qu’il est un journaliste cultivé, qui fait de la presse politique depuis 40 ans et qui se nourrit de cet imaginaire anti-journalistique. »

Sur le rôle des chaînes d’informations
« Les chaînes d’infos en continu sont beaucoup braquées sur Zemmour. »
« Zemmour a imposé sa présence sur les chaînes d’infos et il y a un malaise dans les rédactions. »
« il y a un malaise des médias vis-à-vis de Zemmour. Ils lui ont donné trop de place dans les conditions fixées par Zemmour lui-même. »
« Le CSA n’a pas pris une bonne décision en décidant de traiter Zemmour comme un homme politique. Ça a enclenché une dynamique et on l’a vu partout ailleurs, traité comme un candidat. »
« La presse écrite s’en sort pas mal : la presse hebdomadaire n’a quasiment pas fait de Une sur Zemmour. »
« La presse écrite résiste en mettant à distance le phénomène Zemmour. »
« Les chaînes d’infos cèdent à Zemmour parce qu’il fait de l’audience. »

Sur Vincent Bolloré
« Je ne suis pas sûr que Laurence Ferrari fasse encore un travail de journaliste irréprochable qu’elle a pourtant longtemps été. »
« L’arrivée de Bolloré sur Cnews et Europe 1 a été un désastre. »
« On sait à quel point il y a des liens idéologiques entre Vincent Bolloré et Valeurs Actuelles. »
« Je ne pense pas que la ligne Bolloré puisse s’imposer aussi facilement. Il y aura des résistantes dans ces journaux [JDD/Paris Match]. »
« Les gens et même les journalistes ne se rendent pas compte de ce qui est en train de se produire avec Bolloré. »
« Il est très rare qu’un patron de presse, dans notre histoire, prenne le contrôle en quelques années d’une chaîne de télé, d’une radio et de plusieurs titres de presse. Et c’est encore plus rare qu’il impose une ligne éditoriale aussi marquée. »
« Si je cherche dans l’histoire, le seul précédent que je vois, c’est celui - et ça renvoie à l’imaginaire de Zemmour - de l’entre-deux guerres. »
« François Coty [l’industriel] avait racheté Le Figaro et Le Gaulois et avait lancé le titre "L’Ami du Peuple" destiné à valoriser les idées fascistes. C’était un admirateur de Mussolini. Et il avait un projet politique aussi clair que celui de Bolloré qui était de permettre à l’extrême droite de triompher en France. »
« Avant Bolloré, il y a eu Valeurs Actuelles et son virage dès 2012 et les condamnations judiciaires qui ont suivi. Il y a eu une contamination qui s’est faite avec les autres médias et on s’est rendu compte qu’il y avait un public pour ça. »

Sur la concentration des médias
« La concentration que l’on vit est assez inédite et il faut imaginer des instruments pour s’en défendre. »
« On voit les limites de notre système. »
« Dans la presse, Bolloré ne détient pas tous les médias. Il n’est pas le seul acteur mais il est présent partout. »
« Ce que la loi ne peut pas faire, c’est le contrôle des dérapages. Et le CSA ne parvient pas à contrôler non plus ces dérapages. »
« Il y a un travail de démolition de la presse qui est fait par les médias de Bolloré : Pascal Praud par exemple s’en prend à Radio France et qui construit un mythe : il explique qu’il y aurait un îlot de résistance que seraient les médias de Bolloré face à une presse qui serait complètement vendu à la gauche. En réalité, c’est l’inverse. La presse qui résiste à la droitisation, c’est plutôt l’exception. »

Sur le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel
« Le CSA ne remplit pas bien son rôle et est très maladroit. »
« Il y a trop peu de mises en garde de la part du CSA. »
« On a construit sur Cnews une figure de l’étranger, le musulman comme figure du traitre à la nation comme qui remplace la figure du juif dans la presse de l’entre-deux guerres. Ça c’est condamnable et on constate que le CSA ne remplit pas son rôle. »
« Il y a une culpabilisation des autres médias qui fonctionne : au lieu de s’interroger sur les privilèges dont bénéficie Cnews, on en vient à remettre en question des privilèges inexistants. »

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