Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud, Pierre Jacquemain | 10 février 2021

« Les moulinets sur la culture d’un matamore comme Louis Aliot ne m’intéressent pas tellement »

Le maire RN de Perpignan Louis Aliot a annoncé en grande pompe la réouverture de 4 musées de la ville. Pourtant, la culture n’a pas attendu l’extrême droite pour s’organiser un peu partout en France. La preuve avec Christophe Adriani, directeur du théâtre Antoine Vitez à Ivry-sur-Seine.

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ET À LIRE...

 Sur la réouverture de 4 musées à Perpignan par le maire RN Louis Aliot 
« Le RN mène une bataille culturelle bien relayée par les médias qui confine à une sorte d’hégémonie sur beaucoup de sujets. »
« La culture, ce n’est pas seulement l’ouverture des musées ou des théâtres, c’est aussi tout un système de références et de valeurs, notamment de fraternité et de partage. »
« Les moulinets d’un matamore [comme Louis Aliot] ne m’intéressent pas tellement. »
« Les politiques ont beaucoup la parole et pas beaucoup le terrain. »
« Des actes dits de désobéissances ou, en tous les cas, qui jouent dans les interstices pour proposer des alternatives en étant dans le concret, il y en a beaucoup. »
« Le Rassemblement national est en train d’essayer de changer son image - ce qu’ils n’arriveront pas à faire pour des raisons de fond. »
« Quand on est des diviseurs dans la société, on ne peut pas mener la bataille pour la culture. »
« Les logiques de gratuité, adossées à des politiques d’action culturelle et de vrais liens avec les populations pour faire en sorte que les quartiers populaires fréquentent plus les lieux culturels, ça, c’est une bataille que nous menons depuis des décennies. »
« Les communistes ont été pionniers de la politique de décentralisation culturelle dans les années 70. »

 Sur le contre-récit 
« On développe un récit dans la lignée d’Edouard Glissant : on est pur le tout-monde. Et on fait en sortes que ca se traduise dans les propositions artistiques, des rencontres et des œuvres plurielles avec des racines-rhizomes. »
« Pour moi, avoir un théâtre, c’est créer les conditions de la rencontre entre ce qui se passe au plateau et ce qui se passe dans la salle. »
« La composition de la salle a son importance : la ville nous a, par exemple, donné la mission de faire venir gratuitement, au moins une fois dans l’année, les enfants au théâtre depuis la petite maternelle jusqu’au CM2, voire jusqu’au lycée. »

 Sur la vie du théâtre depuis le début de la pandémie 
« Les capacités d’invention ont souvent été empêchées par les conditions objectives, notamment l’isolement des acteurs. »
« Ce qui nous a rendus réactifs à Ivry-sur-Seine, c’est la solidarité des acteurs. »
« Toutes les inventions qu’on a pu faire, ce n’est pas moi et mon équipe qui les avons faites mais tout un réseau d’acteurs publics de la culture et d’artistes que l’on a désisolés. »
« Chacun était à sa place dans cette bataille : nous, service public, on n’était pas en situation de difficulté financière. Il fallait mettre des financements dans la rémunération des artistes ou des associations d’éducation populaire qui, eux, pouvaient l’être. »
« Je ne sais pas si on peut parler de désobéissance par rapport à ce que l’on a fait : on l’a fait sans autorisation du préfet et avec l’aval tacite de la municipalité. On a pris un risque vis-à-vis de la police. »
« En allant dans les quartiers, on a vu les gens descendre de leurs immeubles et on a fait de la pédagogie : on a organisé la distanciation physique, on a expliqué le port du masque… »

 Sur le caractère essentiel de la culture 
« Le caractère très important de la culture s’est manifesté dès que l’on a pu rouvrir après le premier confinement : les gens ont repris respiration. »
« Dès que l’on sortait le chariot, ça circulait comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. »
« Ce qui est essentiel pour survivre, il faut manger tous les jours. Mais pour faire humanité, on a besoin de s’enivrer de vin, de poésie ou de vertu à votre guise, comme l’écrivait Baudelaire. »
« On fait face à une crise majeure de ce qui nous fait humain et de ce qui nous permet de tenir droit. »
« On peut se passer de poésie, de lieux de rassemblement et de terrasse mais on va consommer beaucoup d’anti-dépresseurs. »

 Sur CultureBox, la nouvelle chaîne de télévision 
« Le théâtre à la télévision, c’est-à-dire en vidéo, ça ne marche pas. »
« La logique, c’est de dire que l’on va rémunérer des acteurs pour montrer leurs spectacles et maintenir la flamme : je n’y sois pas hostile mais je trouve que la télévision le fait très mal. Notamment parce qu’elle ne s’appuie pas sur le direct qui remettrait en jeu le vivant. »
« On a travaillé avec de la radio et c’est différent : on peut fermer les yeux et se projeter dans la représentation. Mais pour le théâtre, je n’y crois pas, c’est trop triste et pas très intéressant. »
« Je ne suis pas inquiet du tout : dès que l’on va pouvoir rouvrir, les gens vont avoir un appétit pour les rassemblements artistiques. »

 Sur réouverture des lieux culturels 
« On attend les étapes pour aller vers la réouverture de la part du Ministère de la Culture. »
« Il faut revendiquer l’ouverture des musées : dès aujourd’hui, je ne vois aucune objection à ce qu’on trouve des conditions sanitaires optimum de visite de musées. »
« Les théâtres, quand ils s’ouvrent aux scolaires, on peut faire beaucoup mieux que lorsque l’on va dans les écoles - ce que l’on fait aujourd’hui et dont on en se prive pas. »

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