Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud | 6 octobre 2021

« Les Pandora Papers le montrent à nouveau : les fraudeurs fiscaux agissent en totale impunité »

Un consortium de 150 médias à travers le monde a révélé un nouveau scandale de fraude fiscale de grande ampleur impliquant politiques et milliardaires. Pour quelles conséquences ? On en parle dans la Midinale avec Eric Bocquet, sénateur communiste du Nord.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur les Pandora papers 
« Les Pandora papers, c’est une nouvelle enquête faite de révélations fracassantes. »
« Depuis l’affaire Cahuzac en 2013, on en est à la 13ème affaire. »
« On n’est pas dans un dysfonctionnement de l’économie libérale et financiarisée : on est au coeur d’un système où les argents se mélangent. Dans les mêmes tuyaux, on a de l’argent des grands de ce monde, des politiques, des milliardaires, qui sont dans des banques qui ont des filiales dans les paradis fiscaux, y compris des banques françaises, l’argent de la corruption, l’argent de la prostitution, l’argent du commerce des armes, l’argent des narcotrafiquants… »
« On a affaire à un système avec des clients comme DSK, Tony Blair et d’autres, des banques, des avocats fiscalistes dans des grands cabinets d’audit et de conseil (KPMG, Ernst & Young, PWC, Deloitte…) qui font des “montages d’optimisation”, c’est-à-dire de l’évasion fiscale pour échapper à l’impôt pour dissimuler de l’argent dans des paradis fiscaux. »
« Il y a toute une chaîne de responsabilités avec des complicités et des proximités avec des politiques de haut niveau que l’on retrouve alternativement à la tête de gouvernements et dans les grandes institutions comme le FMI ou la Banque mondiale. »

 Sur l’accumulation des affaires de fraudes fiscales sans que rien ne bouge vraiment 
« Même ceux qui ont été convaincus de fraude fiscale comme, pour ne prendre que les exemples les plus emblématiques comme Jérôme Cahuzac ou Patrick Balkany, n’ont qu’un bracelet à la cheville et ne finissent pas en prison. »
« Les évadés fiscaux agissent en totale impunité. »
« Les déclarations sous la forme de rodomontades de Bruno Le Maire qui se dit choqué et intransigeant, ce n’est pas assez : il faut agir et frapper fort. »
« L’optimisation fiscale est organisée par le système libéral qui a produit des lois qui autorisent les grands groupes à échapper à l’essentiel de l’impôt : l’impôt sur les sociétés est aujourd’hui à 28% - même si le gouvernement veut le ramener à 25% - mais la moyenne des taux d’imposition des groupes du CAC40 est comprise entre 8 et 9%. Et ceux alors même que les TPE ou les artisans ne peuvent eux pas échapper au barème. Il y a donc une injustice fiscale patente entre les gros contribuables et les plus modestes. »

 Sur l’échelle idoine pour lutter contre la fraude fiscale 
« Le problème est mondial : toutes les enquêtes le démontrent. Mais commençons par l’Union européenne. »
« L’Union européenne ne reconnaît, dans son périmètre, aucun paradis fiscal. Or on apprend dans les Pandora papers qu’un Etat comme Chypre est l’un des rouages de ce système d’évasion fiscale… Et Chypre fait partie de l’Union européenne sans figurer sur la liste officielle des paradis fiscaux de l’UE ! »
« Pas plus tard qu’hier mardi, le jour où l’affaire écarte, l’Union européenne retire les Seychelles de la liste des paradis fiscaux… Seychelles qui sont explicitement citées dans les Pandora papers ! »
« Il faut que le politique reprenne les choses en main : il faut une décision politique globale pour dire que tel Etat ne joue pas le jeu et crée les conditions d’un dumping fiscal anomal dans un espace commun. »
« L’Union européenne était une idée magnifique mais elle a été construite par le libéralisme comme un espace de concurrence sociale et fiscale. »
« La France va présider le Conseil européen au premier semestre 2022 : je propose que la question de l’harmonisation fiscale soit la question numéro 1 dans l’agenda à venir de la présidence du Conseil. »

 Sur le levier populaire, seul à même à permettre des avancées en terme de fraude fiscale 
« Le levier principal pour lutter contre la fraude fiscale, c’est l’intervention populaire. »
« L’émotion suscitée par les affaires ne dure jamais que quelques jours et qu’après tout revient à la normale. »
« Beaucoup considèrent que la fraude fiscale est une fatalité, qu’il y a toujours eu de la fraude et qu’à leur place, on ferait la même chose. »
« Il faut que la fraude fiscale devienne un sujet politique majeur. »
« L’évasion fiscale, en France, selon des études convergentes, coûte entre 80 et 100 milliards au budget de l’Etat. C’est l’équivalent du déficit budgétaire constaté annuellement - hors pandémie. Or c’est ce manque-à-gagner qui amène la France à emprunter cet argent pour combler le déficit sur les marchés financiers… marchés financiers qui organisent tout ce système d’évasion fiscale. On marche sur la tête ! »
« On va nous rechanter le couplet de la dette à payer, vouloir reculer l’âge de départ à la retraite, on a réduit l’allocation chômage.. on fait toujours payer les mêmes alors qu’il y a dans l’évasion fiscale de l’argent, à nos portes, au Luxembourg, à Gersey, à Chypre et à Malte : qu’est-ce qu’on attend pour y aller ? »

 Sur les raisons pour lesquelles la droite au pouvoir ne fait pas grand chose en matière de lutte contre la fraude fiscale 
« Ce n’est pas un gros mot que de dire que ce sont des intérêts de classe, notamment quand on voit les connexions entre les leaders politiques en fonction ou ex-en fonction comme Tony Blair ou Gerhard Schröder qui rejoignent des grands groupes économiques mondiaux après leur mandat politique. »
« José-Manuel Barroso qui était à la tête de la Commission européenne, quand il a cessé ses fonctions à Bruxelles, a rejoint immédiatement Goldman Sachs, la plus grande banque d’affaires au monde. Il y a une proximité entre le monde de la finance et certains politiques. »
« Christine Lagarde qui préside aujourd’hui la Banque centrale européenne et qui était précédemment à la tête du Fonds monétaire international, était aussi auparavant au sein du cabinet McKinsey qui fait partie de ceux qui construisent les systèmes d’évasion fiscale. »

 Sur la candidature communiste de Fabien Roussel à la présidence de la République 
« C’est une chance pour la gauche que [la candidature communiste de Fabien Roussel à l’élection présidentielle] existe car les communistes n’existent pour eux-mêmes. »
« On ne peut pas imaginer une gauche en France sans sa composante communiste qui pèse et qui rayonne. »
« Je suis en soutien total de la candidature de Fabien Roussel. »
« Fabien Roussel a fait de l’évasion fiscale son cheval de bataille lorsqu’il a été élu député dès 2017. »
« La présence d’une candidature communiste à la présidentielle évite que l’on ait une gauche qui capitule et renonce. »
« Les communistes ont vocation à rassembler : pendant toute notre histoire, on a contribué au rassemblement des forces de gauche. »

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  • Pour Éric Bocquet, l’extrême-gauche soit n’existe pas soit fait partie de la gauche et le PCF, parti extrémiste par son idéologie, y jouerait un rôle fédérateur allant jusqu’à la gauche modérée, qui ne partage aucune des valeurs révolutionnaires, marxistes-léninistes, du PCF.

    Éric Bocquet prend ainsi des libertés avec le positionnement de son parti et le sens des mots. Il en prend aussi avec l’histoire, ce qui est classique avec les communistes. Ils la réécrivent à leur gloire. A faire le bilan de l’action des communistes depuis 1917, il apparaît qu’ils ont eu beaucoup moins la vocation de rassembler que de massacrer. Les victimes de la place Tiananmen en témoignent, pour ne prendre que l’exemple du massacre le plus récent.

    Glycère BENOIT Le 6 octobre à 22:39
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