Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud | 22 octobre 2021

« Les séries permettent aux marges des sociétés d’être convoquées dans un commun mainstream »

Virginie Martin, politiste et chercheuse à Kedge Business School, autrice de "Le charme discret des séries" aux éditions humenSciences, est l’invitée de la Midinale.

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 Sur la puissance des séries 
« Le monde des séries est un monde extrêmement puissant, notamment par le fait binge-watching, c’est-à-dire le fait de pouvoir ne jamais s’arrêter. »
« Le succès planétaire et très rapide de certaines séries leur donne aussi de la puissance. »
« Les séries arrivent à un moment où il y a des demandes d’empowerment : des féministes, des communautés gay, des communautés racisées, des personnes en situation de handicap. »
« Les séries répondent aux demandes et volontés des minorités d’en être. »

 Sur l’influence des séries 
« Il y a une passivité de ceux qui regardent des séries puisque l’on est plutôt en réception mais en même temps, parfois aussi, des gens s’emparent des séries pour mimer la série à l’extérieur. »
« La série Orange is the new black a été créée à partir d’un panel qualitatif basé sur des mos-clefs sur ce qu’ils auraient de voir dans une série. »
« La série, c’est d’abord un univers de familiarités : la série rentre chez toi mais en plus, elle met en scène des personnages familiers. »
« Beaucoup m’ont témoigné que les séries étaient leurs anti-anxiolytiques. »

 Sur les messages des séries 
« Dans les séries, il y a aussi beaucoup de messages quant au commun : sur l’écologie notamment mais aussi par leur opposition aux populismes en pointant du doigt les trumpismes internationaux. »
« Les séries ont aussi pour objectif de faire commun - enfin ! - avec tout le monde : ceux qui ont toujours été aux marges des sociétés (pour des histoires de colonisation, d’esclavage, de patriarcat ou de validisme) sont convoqués dans un commun complètement mainstream. »
« La question des minorités n’est pas abordée frontalement mais elle est quand même là. »
« Les séries sont souvent dans une approche intersectionnelle qui dit quelque chose de la race, de la classe, du genre et des préférences sexuelles. »

 Sur la géopolitique des séries 
« Les limites de la promesse d’internet, c’est que cela devait créer du commun mais le revers de la médaille, c’est que l’on s’isole sur nos propres préférences… »
« Les séries peuvent créer des communs parcellaires et segmentés. »
« A des heures de très grande écoute, on retrouve des séries avec les mêmes atours et contours que dans les créations américaines : des personnages gay, féministes, plus ou valides, des personnes qui parlent de pansexualité, de cancer chez les jeunes ou d’obésité sur TF1 à 19h30. »
« Le commun a de plus beaux jours devant lui avec le monde en séries qu’avec des gens qui veulent faire sécession ou mettre de l’huile sur le feu sur tous les problèmes qu’ils rencontrent. »
« De façon générale, le message des séries est plutôt woke culture : pro-écolo, pro-féministe, pro-racisé, pro-gay, pro-lesbiennes et interrogeant les questions de validisme. Pro-Europe aussi. En ce sens, ca peut participer à façonner les représentations »

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