Accueil | Entretien par Catherine Tricot | 27 mai 2021

Marche des libertés (12 juin) : « Le basculement vers le pire est possible »

Initié par Éric Coquerel, député La France insoumise, et par le porte-parole de Génération.s Thomas Portes, l’appel à manifester partout en France le 12 juin pour les libertés et contre l’extrême droite rassemble de très nombreuses associations, organisations politiques et syndicales. Ils sont les invités de #LaMidinale.

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TRIBUNE. Appel pour les libertés et contre les idées d’extrême droite

 

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 Sur l’origine de l’appel du 12 mai 
Thomas Portes
« Il y a à la fois un recul des libertés et une dérive autoritaire du gouvernement puisqu’on a une accumulation des lois liberticides depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. »
« Il y a une évolution idéologique de l’extrême droite qui gangrène la société civile mais aussi le plus haut niveau de l’Etat lorsqu’il parle d’islamogauchisme ou d’ensauvagement. »
« On a des lois qui n’ont rien à envier à ce que pourrait faire l’extrême droite. »
« On a pris l’initiative d’écrire un texte et de rassembler des organisations et des personnalités qui se retrouvent dans l’urgence à réagir. Il y a une envie des gens de réagir. C’est le moment de relever la tête parce qu’il existe autre chose que le fascisme et le libéralisme. »
« On peut avoir un basculement du pays avec une présidente d’extrême droite. »
« Ça n’est pas une manifestation qui peut tout régler mais il faut inscrire la mobilisation dans la durée. »

Eric Coquerel 
« Les libertés académiques ont été mises en péril par Vidal et ses attaques sur l’islamogauchisme et ça nous a inquiété. Dès ce moment-là, on avait fait un appel aux autres partis pour dire qu’il serait peut-être temps de faire quelque chose. Malheureusement, trois partis n’ont pas été au rendez-vous : le PS, le PCF et EELV. »
« Plus tard, il y a eu l’attaque sur les groupes de paroles de l’UNEF (…). Il n’y a pas eu beaucoup de réactions et même à gauche, certains y ont vu un problème. On a renouvelé notre proposition en faveur d’un appel des partis et de nouveau les trois partis [PCF-EELV-PS] ont décliné. » 
« Cet appel d’aujourd’hui nous permet de faire ce qu’on n’arrivait pas à faire depuis longtemps. »
« J’ai l’impression parfois qu’on n’a plus besoin de madame Le Pen pour faire vivre les idées d’extrême droite. Le gouvernement recycle ses idées. »

 Sur la banalisation de l’extrême droite 
Thomas Portes 
« Il y a des signaux inquiétants qui rappellent des moments sombres de l’histoire. »
« Il y a un curseur qui s’est déplacé sur la droite. »
« Quand les membres du gouvernent répondent à des médias d’extrême droite - comme Gabriel Attal dans Valeurs Actuelles qui fait une Une transphobe - ils participent de la légitimation des idées de l’extrême droite. »
« On est dans un moment où le basculement vers le pire est possible. »
« La raison d’être de la République, c’est la liberté. Aujourd’hui, elles sont menacées. »

Eric Coquerel 
« Les Etats, parmi les plus autoritaires, ne le sont pas devenus par la grâce de partis d’extrême droite : Bolsonaro vient du libéralisme, Orban aussi - et il vient même de la social-démocratie quand il était jeune. Trump vient du libéralisme. Les trois ont fait progresser leur pays vers un régime autoritaire et liberticide. »
« Il y a un pouvoir discrétionnaire qui se met en place et qui s’autorise des abus de pouvoir. »
« Le gouvernement Macron a de vrais problèmes avec les libertés. »
« La question des libertés de la démocratie c’est que d’abord on a des droits. C’est toujours prioritaire par rapport aux devoirs. Celui qui a des devoirs avant d’avoir des droits, c’est l’esclavage. » 
« Macron est liberticide et que ça n’est pas juste de la communication. »

 Sur les conséquences politiques de la marche des libertés 
Thomas Portes 
« On prend nos responsabilités pour ne pas subir le scénario qu’on veut nous imposer entre Macron et Le Pen. »
« Il faut un moment de rupture pour faire avancer nos idées. »
« La participation d’une partie de la gauche et des écologistes à la manifestation des policiers participe à un brouillage idéologique. »
« Il faut créer les conditions d’offrir une alternative, un autre projet de société et en mettant en lumière que l’extrême droite n’apporte pas de solutions et on le voit partout en Europe. »

Eric Coquerel 
« Macron a encore un an pour donner envie aux gens d’aller voter mais ça n’est pas ce qu’il fait. »
« Ce gouvernement prend Marine Le Pen sur sa droite. »
« La politique d’Emmanuel Macron est la plus inégalitaire de la Vè République. »
« C’est à Macron de faire preuve que son pouvoir est préférable à celui de Le Pen mais il va avoir beaucoup de mal. Les gens n’ont pas vu beaucoup de différences depuis cinq ans. »
« Macron est le pire candidat face à madame Le Pen. »
« Je prends les paris que le second tour ne sera pas celui qu’on nous annonce. »

 Sur la question des libertés  
Thomas Portes 
« La République ne peut pas être autre chose qu’un régime de libertés et elles sont remises en cause aujourd’hui. »
« Notre modèle républicain est en danger. »
« La remise en cause de nos libertés a un impact sur les inégalités sociales, sur les enjeux sociaux et environnementaux. On interdit les manifestations et toutes formes de contestations sociales. »
« Emmanuel Macron éteint toute forme de contestation par la répression. »
« Les libertés individuelles sont devenues l’exception sous l’état d’urgence. La seule liberté qui était autorisée c’était celle d’aller travailler et notamment ceux qui étaient en première ligne. »
« Les libertés doivent être au cœur du projet politique. Et les libertés individuelles ne sont plus au cœur du projet d’Emmanuel Macron. Ni même des politiques publiques. »

Eric Coquerel
« Les associations et organisations qui signent cet appel sont toutes confrontées aux privations de libertés et c’est bien pour cette raison qu’elles signent. »
« On peut se demander si on n’est pas dans la situation des années qui ont malheureusement permis à des États totalitaires de prendre le pouvoir. »
« Dans d’autres capitales européennes, les manifestations ne sont pas encadrées comme elles le sont à Paris. »
« Si on accumule les attaques liberticides depuis quelques années - sur l’autoritarisme - l’Etat où on est aujourd’hui est inquiétant. »
« S’il y a quelque chose qui réunit la gauche - ou le temps progressiste - c’est la liberté. »
« Il y a un danger qui est celui d’un pouvoir absolu et d’une souveraineté absolue des marchés, du libéralisme et de la finance. »
« L’évolution naturelle du libéralisme est totalitaire. »

 Sur l’hypothèse d’un front républicain  
Thomas Portes
« La fracture à gauche était déjà perceptible et la manifestation des policiers a mis sur la place publique et dans le focus médiatique les divisions profondes et les différences idéologiques. »
« Je n’appellerais pas notre initiative comme un front républicain. »
« Si autant d’organisations ont signé ce texte c’est que c’est synonyme d’un contexte très grave et qu’il convient de se rassembler sur cette question-là. »
« Toutes les organisations politiques de gauche n’ont pas signé cet appel à manifester le 12 juin : le PS et le PCF - même s’ils ont fait leur propre appel. »

Eric Coquerel
« Il y a des gens aujourd’hui qui ne se repèrent plus sur la littéralité gauche/droite. »
« Il y a incontestablement une bascule très à droite de l’espace politico-médiatique. »
« La dérive à droite n’est pas aussi forte dans le peuple. »
« La plupart des gens subissent avant tout les inégalités sociales et la situation qu’ils vivent n’est pas celle transmise dans les médias. »
« La question sécuritaire n’ets pas la priorité pour les gens. »
« Tout le monde est bienvenu à la manifestation du 12 juin même si, pour le coup, c’est pour des valeurs et au nom des idées de gauche. »
« Il y a une volonté de diviser la société en commençant par diviser les plus pauvres. »
« On ne peut pas dissocier la question des libertés de celle de l’égalité et du climat. »

 Sur la mobilisation du 12 juin 
Thomas Portes
« C’est une manifestation nationale avec une grosse mobilisation à Paris pour la région Ile-de-France, et des déclinaisons par territoire. »
« On veut que la manifestation soit festive, agréable et où les gens aient envie de venir parce qu’on a envie de sortir et de se retrouver. »
« On espère qu’il y aura des citoyennes et des citoyens de tout ordre, de toute organisation politique et de toute situation professionnelle qui vont aller dans la rue pour dire leur attachement à la défense des libertés. »

Eric Coquerel
« Je ne boude pas mon plaisir parce que cette manifestation s’organise avec un front très large qui ignore les frontières habituelles entre associations, syndicats et collectifs. »
« On veut que le camp de la liberté montre ses forces et ses muscles de la manière la plus pacifique possible. »
« Le gouvernement va n’avoir qu’une envie : montrer des images de violence donc ne leur donnons pas ce plaisir et manifestons dans la fête en restant combatifs ! »

 Sur la réunion de la gauche et des écologistes du lundi 24 mai organisée par Yannick Jadot 
Thomas Portes
« Est-ce que l’espace qui va nous permettre d’avoir une candidature commune ? Je pense que non dans la mesure où les gens qui viennent participer à la réunion ne sont pas sur cette idée-là. »
« C’est le bal des faux-semblants. »
« A Génération.s, ce qui nous anime, c’est d’avoir une candidature de rassemblement mais qui porte un projet de radicalité écologique et de justice sociale qui ouvre des horizons. »
« On a été un peu surpris qu’à la première réunion, à la sortie de celle-ci, Olivier Faure communique en disant qu’il y aurait un rassemblement avec les écolos et Génération.s avec un candidat commun. Or, ce n’était pas du tout le contenu de la discussion. On ne peut pas construire avec des gens qui trahissent. »
« Le rassemblement sur du contenu, c’est la seule solution qui nous permettra aujourd’hui de créer les conditions pour gagner l’élection présidentielle. »

Eric Coquerel
« Je crois qu’il n’y aura pas de troisième réunion. »
« Au départ, on avait accepté d’aller à la réunion initiée par Yannick Jadot parce que ce qu’il nous avait vendu - et on trouvait ça plutôt bien -, c’était de se rassembler sur les choses prioritaires et de considérer que, si on était peut-être concurrents, il ne fallait pas que l’on soit des adversaires au même niveau que la droite et l’extrême droite. L’idée, c’était de se voir pour élaborer un pacte de non-agression et voir ce que l’on pouvait faire ensemble. »
« Ces réunions, c’est un coup politicien du duo Jadot-Faure pour essayer de construire la candidature des sociaux-libéraux et des écolos libéraux pour contourner la primaire d’EELV. C’est plus des questions internes à leurs camps qu’ils essayaient de régler. »
« Ces réunions devaient être un cadre pour créer des mobilisations communes. Or celles-ci se font à l’extérieur comme la manifestation du 12 juin qu’une partie des organisations politiques présentes n’a pas voulu signer et est même allée manifester avec l’extrême droite la semaine dernière. »
« Il y a un côté bal des dupes. »
« Je ne crois pas à une unité large… D’ailleurs, François Hollande vient encore de sortir un texte où il explique bien les différences qui existent à gauche, notamment chez ceux qui n’admettront jamais d’avoir un Jean-Luc Mélenchon comme candidat. »

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