Accueil | Entretien par Pablo Vivien-Pillaud | 12 octobre 2021

Marie-Hélène Bacqué : « Les jeunes des quartiers populaires sont très engagés dans le domaine de la solidarité »

Quelles réalités pour les jeunes des quartiers populaires ? Avec Jeanne Demoulin, spécialiste de sciences de l’éducation, la sociologue Marie-Hélène Bacqué vient de coordonner un ouvrage collectif aux éditions C&F, intitulé Jeunes de quartier, le pouvoir des mots. Elle est l’invitée de la Midinale.

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 Sur les "jeunes de quartiers“ 
« On a beaucoup hésité à reprendre cette expression "jeunes de quartiers" mais c’est l’expression qui est utilisée par les jeunes. »
« Notre projet de recherche avait pour thème les jeunes des quartiers populaires et on s’est aperçus que l’’expression "quartier populaire", pour la plupart des jeunes, ne voulait pas dire grand chose. »
« Il y a une contradiction parce qu’à la fois les jeunes utilisent "jeunes de quartiers" mais ils voient aussi quelque chose de très stigmatisant. »
« La catégorie de jeunes est aussi discutable puisqu’elle évolue dans le temps. Et la catégorie de quartier peut être enfermante. »
« Les jeunes sont très divers avec des trajectoires personnelles et des aspirations qui sont très différentes. »
« Cet ouvrage fait éclater cette catégorisation "jeunes de quartiers » parce qu’il y a une grande diversité de ces jeunes mêmes s’ils ont des points communs - via l’expérience notamment de la discrimination et de la stigmatisation. »

 Sur les discriminations  
« Ce qu’on a constaté c’est qu’il y a une conscience diffuse des inégalités, de la stigmatisation et de la discrimination. Une conscience de vivre dans une société où on est en bas de l’échelle. »
« La stigmatisation vécue par les jeunes n’est pas forcément conscientisée en discours politique. »
« Il y a des moments ou des expériences qui peuvent contribuer à transformer la stigmatisation en politisation. Le travail qu’on a fait est un moment de conscientisation pour une partie des jeunes. » 
« Les mouvements lycéens, les mouvements des gilets jaunes peuvent participer à une forme de conscientisation. »
« Cette discrimination est plus souvent nommée à partir du territoires qu’à partir de catégories sociales ou ethno-raciales. »

 Sur le rapport des jeunes à leurs quartiers 
« La question des rapports avec la police est majeure dans la façon dont les jeunes vivent leurs quartiers. C’est ressorti de façon très fort de notre recherche. »
« Les jeunes voient que peu de choses ont changé, voire que les choses se sont aggravés. »

 Sur le rapport des jeunes à leur avenir 
« Plusieurs jeunes nous ont dit - et en particulier des jeunes femmes - nous ont dit se projeter à l’avenir à Dubaï ou à Londres - où il n’y a pas la stigmatisation que l’on peut connaitre en France. »
« La plupart de ces jeunes se projettent dans l’avenir et leurs rêves ne sont pas très différents de tous les jeunes. Il y a des rêves d’études. De départs. De voyages. Et ce qui est très frappant, en particulier chez les filles, c’est qu’elles se projettent dans un vie où elles seront autonomes, avec un travail. Elles se voient indépendantes. On est très loin de l’image des filles que l’on dit ou que l’on croit enfermées dans des schémas religieux. Elles se projettent toutes et ont une capacité à négocier leur avenir de manière souvent plus forte que chez les garçons. »

 Sur les capacités individuelles 
« Cette jeunesse-là, comme la jeunesse en général, a absorbé un certain nombre d’idées néolibérales, d’idée du marché ou de la réussite individuelle (…). »
« Cette jeunesse est marquée par une forme d’individualisation mais est aussi marquée par une socialisation collective. Elle est consciente de ce que lui apporte l’Etat ou les services publics et de ce dont elle peut bénéficier. Mais elle a aussi conscience de la façon dont elle est traitée par l’Etat et les services publics. »

 Sur l’engagement des jeunes 
« Des jeunes de quartiers populaires prennent en charge la solidarité dans Paris. Ce sont des formes de solidarité qui sont organisées de façon très spontanée. Il s’agit le plus souvent d’engagements ponctuels. Ils ne sont pas vraiment dans la régularité. »
« Les valeurs de solidarité de jeunes des quartiers populaires sont très fortes. » 
« Ces formes de solidarité sont parfois vues de façon négatives jusqu’à y voir quelque chose de communautaire alors qu’au contraire, on est face à une ouverture face à la société. »

 Sur l’enclavement des territoires  
« Il y a de grandes différences : ça n’est pas la même chose d’habiter à Pantin et à Aubervilliers, aux portes de Paris, que d’habiter à Corbeil ou à Clichy-sous-Bois qui sont beaucoup plus enclavés. »
« Ce que montrent les jeunes, c’est qu’il y a une très grande mobilité des jeunes en Ile-de-France, notamment entre espaces de banlieues. »
« Les jeunes utilisent à la fois l’espace parisien et l’espace du Grand Paris. »

 Sur la notion de populaire 
« Le terme de populaires a du sens au pluriel : il n’y a pas un peuple homogène et mythifié mais des classes populaires qui sont traversées de tensions et de contradictions. »
« Quand on demande aux jeunes de décrire leur quartier, c’est qu’il est diversifié : pour des raisons ethno-raciales ou socio-économiques. »
« La question est de savoir comment ces groupes sociaux qui font partie des classes populaires peuvent - ou non -, à un moment, s’unifier ou faire alliance autour d’un certain nombre de revendications et de points communs. » 

 

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