Accueil | Entretien par Pablo Pillaud-Vivien | 2 mai 2019

Marie-Noëlle Lienemann : « Tout est fait pour discréditer Jean-Luc Mélenchon »

Au lendemain du 1er mai, Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice cofondatrice de la Gauche Républicaine et Socialiste, est l’invitée de la Midinale. Au menu : état de la démocratie, de la gauche et perspectives pour la France insoumise et la fédération populaire proposée par Jean-Luc Mélenchon.

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VERBATIM

 

 Sur le 1er mai 
« Ce 1er mai, c’était un nouveau début, pour une nouvelle dynamique de convergences autour de revendications. »
« C’est le moment de poursuivre une offensive sociale avec des formes différentes qui permettent de mieux allier la tradition militante du syndicalisme et d’autres formes d’engagement. »
« Ce mouvement des gilets jaunes exige de tous une mutation : de nos pratiques politiques, de nos projets politiques, de nos pratiques syndicales et associatives. »

 Sur l’état de notre démocratie 
« Qu’on s’inquiète de l’état de notre démocratie est une évidence. »
« Moi-même ayant été dans les manifestations, j’ai observé des stratégies de tensions. »
« On a un pouvoir qui espère se maintenir sur le recours à la peur et à l’ordre au lieu du dialogue et de l’avancée collective. »
« Le gouvernement croit pouvoir résoudre les problèmes en accentuant les tensions et en surfant sur la minorité condamnable de black-blocks. »
« La doctrine gouvernementale n’est pas efficace. »
« J’observe que la France a été condamnée ou mise à l’index à la fois par des instances européennes et par l’ONU. Franchement, pour la terre des droits de l’homme et du citoyen, c’est quand même une honte. »
« MM. Macron et Castaner jouent aux apprentis sorciers dans une situation sociale et démocratique délicate : ils ont une vision cynique de leur intérêt politique et pas celui de la France. »

 Sur Emmanuel Macron et sa politique 
« Emmanuel Macron a été élu dans des conditions très particulières mais il fait semblant de ne pas le voir. »
« Emmanuel Macron répond à l’establishment qui a tout fait pour son émergence. »
« Emmanuel Macron crée dans le pays une frustration démocratique dramatique. »
« Nous sommes dans une période où, partout dans le monde, il y a un reflux de la vague libérale – même si c’est parfois de façon très négative. »
« La France a toujours été un pays résistant parce que républicain et parce que pour nous, l’Etat est un outil au service de l’intérêt général. »
« Emmanuel Macron, au lieu de percevoir l’identité spécifique de la France, veut la faire entrer coûte-que-coûte dans un moule qui n’a subi que des échecs et qui est en décalage avec ce qu’attendent les Français. »
« Emmanuel Macron fait preuve d’un mépris : il fait semblant de ne pas entendre les Français… comme s’ils étaient tellement bêtes qu’ils ne se rendaient pas compte de ce qu’il fait ! »
« L’électorat d’Emmanuel Macron est à un quart des votants et il est assez homogène : ce sont les gens bien situés dans la mondialisation et qui pensent que le libéralisme est bon. »

 Sur la gauche 
« Un peu partout en Europe et dans le monde, l’alternative à la crise du libéralisme, elle est plutôt identitaire, nationaliste, régionaliste et pas sociale, émancipatrice, de gauche ou solidaire. »
« Est-ce que la gauche française fait son travail ? Non. »
« La gauche française paie un très lourd tribut – en tout cas pour celle qui était engagée dans une culture de gauche de gouvernement – de l’attitude de François Hollande et des gouvernements Valls qui, sur tous les fronts, ont mis à mal les valeurs et les identités de gauche. »
« La gauche est en crise de confiance. »
« Le peuple ne croit plus la gauche, ne voit plus ce qu’est son projet et doute de la cohérence entre des valeurs affichées et des actions menées. »
« On dit souvent “ah, c’est de la faute de Mélenchon s’il n’y a pas l’union des forces de gauche !” mais force est de constater que, même entre eux, ceux qui n’étaient pas pour être avec Jean-Luc Mélenchon mais parfois contre (ce que je trouve dramatique parce que pour moi, il n’y a pas d’unité des forces de gauche si ce n’est pas toute la gauche), sont divisés. »
« On fait face à une crise grave d’émiettement de la gauche ; grave parce qu’elle fait écho à ce que racontait Manuel Valls sur les deux cultures de gauche irréconciliables. »
« J’entends Raphaël Glucksmann et Olivier Faure dire : “la gauche doit être à notre image parce que nous, on a une vraie culture et les autres, ce sont des populistes”. »
« Certains caricaturent le débat à la France insoumise en disant : “ils ne veulent plus la gauche, ils veulent le peuple” mais je réponds en disant que je n’ai jamais vu de gauche sans le peuple et on voit ce que ça donne quand il y a le peuple et pas la gauche… »
« Le fondement de la gauche, c’est de défendre les plus opprimés, les travailleurs, ceux qui n’ont pas de capitaux et de rentes pour vivre et de faire prévaloir un intérêt général autour d’un idéal de république sociale. »
« Dans une période où la gauche paraît disqualifier, il faut faire revenir dans l’engagement et dans le vote, toute une série de gens qui s’abstenaient et qui se sentent out de notre vie politique. »
« La question de l’émergence populaire dans notre démocratie est quelque chose de fondamental. »
« Le mouvement des gilets jaunes a incarné une aspiration d’une partie de notre peuple à être entendue, prise en compte et à peser sur les décisions. »
« Opposer peuple et gauche me paraît devoir être dépassé. »

 Sur la proposition de fédération populaire de Jean-Luc Mélenchon 
« La fédération populaire proposée par Jean-Luc Mélenchon, c’est reconnaître qu’il faut s’extraire des cadres anciens où chacun venait avec son petit logo. »
« Il faut faire cohabiter une dynamique populaire et l’existence de partis politiques qui ne doivent pas être des appareils clos qui négocient leurs positions mais qui sont des ferments d’une culture politique, d’une action collective, d’une élaboration commune. »
« La gauche n’est pas homogène : il y a des cultures différentes qui doivent être respectées et entendues. »
« Nous, on a cette histoire socialiste que je ne renie pas : j’ai adhéré sur les thèses de Jean Jaurès pour être à la fois une gauche de transformation, de contestation et de gouvernement. »
« J’ai toujours été pour l’unité des forces de gauche mais je suis plutôt républicaine, je crois au poids des institutions (même s’il faut les transformer !). »
« Nous avons besoin de partis. D’ailleurs, à la France insoumise, il y a le Parti de Gauche, Ensemble (qui n’est pas exactement un parti mais qui est un mouvement autonome)… »
« Nous, anciens du Parti socialiste et du Mouvement républicain et citoyen, on a souffert que le PS avait abandonné sa culture socialiste et républicaine. »
« La fédération populaire, c’est redonner à la gauche une capacité d’être crédible à tous les niveaux : dans l’action et le rapport de forces social, dans les prochaines élections municipales (…) et dans la conquête du pouvoir. »
« Si on avait une gauche unie qui remobilisait les couches populaires, elle serait en situation de passer devant Emmanuel Macron. »

 Sur Jean-Luc Mélenchon 
« Pour l’instant, le meilleur candidat pour 2022 m’apparaît être Jean-Luc Mélenchon. »
« Jean-Luc Mélenchon a fait la preuve de sa capacité à être à la hauteur d’un homme d’Etat. »
« Tout est fait pour discréditer Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui. »
« J’ai vécu le Congrès d’Epinay en 1971 et je me rappelle les déclarations sur Mitterrand : ce pourri, ce vieux de la Quatrième, y’a rien à attendre de lui… Il était le point focal de toutes les critiques ! »
« Est-ce que ça veut dire qu’on est tous unis derrière Jean-Luc Mélenchon, dès qu’il dit un truc, on dit amen ? Non. Je ne suis pas pour un président de la Cinquième République, ce n’est pas Dieu-le-père. »
« Ce n’est pas parce que le gouvernement fait de la provoc sur l’ordre public que la question de l’ordre social n’est pas la priorité absolue du moment. »

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