Accueil | Entretien par Pierre Jacquemain | 22 novembre 2018

Marie-Pierre Vieu (PCF) : « Lors du congrès, il ne faut pas construire une unité factice »

A la veille du congrès du PCF qui doit voir Fabien Roussel devenir secrétaire national, beaucoup de questions se posent encore. Pour y répondre, la députée européenne Marie-Pierre Vieu, membre du comité exécutif du parti, était l’invitée de la Midinale.

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VERBATIM

 

 Sur le nouveau secrétaire national du PCF, Fabien Roussel 
« Derrière les personnes, il y a des orientations pour le parti. »
« Le texte que porte Fabien Roussel s’ordonne autour de l’idée que, ces dernières années, le Parti communiste se serait effacé. »
« Il faut redéfinir la fonction que l’on veut assigner au Parti communiste. »

 Sur l’échec de Pierre Laurent 
« L’échec de Pierre Laurent correspond à la fois à un débat interne et qu’il faut analyser au regard de ce qui se passe à gauche. »
« L’idée qu’il faut faire du neuf, ça joue partout dans le pays et ça joue aussi au Parti communiste. »
« On a subi un échec : celui du Front de gauche, c’est-à-dire de l’incapacité structurelle de la gauche en France de se ressembler. »

 Sur sa vision du PCF 
« Je suis communiste parce que Ralite, parce que Vitez, parce que je crois au travail de classe c’est-à-dire à l’affrontement capital-travail, parce que je veux que l’on répartisse différemment les richesses (…) et parce que je veux me battre pour l’émancipation. »
« Je me bats pour que l’idée de dépasser le capitalisme pour construire autre chose ne disparaisse pas de la société. »
« Il ne faut pas construire une unité factice. »
« Je revendique d’être une communiste de plein exercice tout en continuant de faire entendre ma voix – pas simplement pour le respect de la diversité mais dans le courant communiste que j’incarne avec d’autres. »
« [Marie-Pierre Vieu à la tête du Parti communiste français ?] Pourquoi pas. »

 Sur le caractère prétendument identitaire de la nouvelle direction du PCF 
« Il y a un certain patriotisme communiste ; l’idée de reprendre des couleurs. »
« A partir du moment où l’affirmation de ce que l’on est se construit dans le rapport aux autres et pas contre les autres, il faut regarder comment on peut cohabiter. »

 Sur les élections européennes 
« On va préciser le type de liste que l’on veut aux européennes : une liste conduite par un communiste et ouverte aux autres ou bien une liste de rassemblement qui puisse être menée par un communiste ou par un autre. »
« Aujourd’hui, le pays est en train de se constituer en blocs politiques de part les différentes recompositions : l’axe Macron en Europe qui passe par une relance néolibérale très liberticide, une partie de la droite qui est tentée par l’extrême droite et se recompose idéologiquement, et le sillon tracé par la France insoumise qui hésite entre des propositions social-démocrates et du populo-populisme. »
« Il faudrait ouvrir une autre perspective : le rassemblement des anti-austéritaires pour dépasser les logiques des traités. »
« Pour ces élections européennes et pour ce qui va suivre en France, je préférerais faire le choix d’un rassemblement. »

 Sur le congrès du PCF 
« A partir du moment où on est dans un rapport de force, fraternel mais dans un rapport de force, tant qu’il y a débat, tout est possible. »
« Si je me sentais niée dans mes convictions politiques et dans ce que je suis, il se pourrait que je fasse un autre choix individuel mais pour l’heure, je trouve que le combat européen est un beau combat à mener. »
« Je crois à la démocratie militante : quand on est sortant, on remet en jeu son mandat. »

 Sur les “gilets jaunes” 
« Non [je n’irai pas manifester samedi avec les “gilets jaunes”.] »
« Je pourrais être dans une manifestation des “gilets jaunes” où, en tant qu’élue, j’irais écouter ce que disent les manifestants. Par contre, je n’y participerais pas. »
« Dans les “gilets jaunes”, il y a de la colère, des gens sincèrement progressistes et qui, par ce biais-là sont en train d’interpeller la société sur les rapports de force, la manière dont on redistribue les richesses… et en même temps, je pense que globalement, ce mouvement abonde un fond de dégagisme, un fond populo-poujadiste, qui, pour moi, peut conduire à tout et n’importe quoi, y compris à des solutions régressives. »
« C’est un mouvement qui me fait peur. »
« La gauche doit faire une proposition politique par rapport au mouvement des “gilets jaunes”. »
« Si on met les “gilets jaunes” côte à côte avec les revendications des services publics, pour le pouvoir d’achat et la hausse des salaires comme le font certains syndicats, pourquoi pas. »

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  • populo-populisme... populo-poujadisme... ok.....pourquoi pas... Pour autant, populisme ou poujadisme tout court ça aurait suffit à bien cerner la pensée de M.P. Vieu sur les limites du périmètre de la démocratie militante telles qu’elle se la représente...

    carlos Le 22 novembre 2018 à 12:38
  •  
  • ...S’il s’agit de prendre réellement au sérieux « l’effacement du PCF », évidemment qu’il faut s’interroger sur « ces dernières années » !... En balayant vraiment devant sa porte et sans masquer « l’échec de Pierre Laurent » derrière et « au regard de ce qui se passe à gauche » !... Par exemple, lorsque se sont « passées »... des « primaires » pour la Présidentielle, devant aller jusqu’à Hollande ou Valls, pourquoi avoir voulu y participer ?!?...

    Mais il faut arrêter avec le « périodisme » qui autorise le lunatisme historique à courte vue, et l’amnésie !... ... Louis Aragon, dans un entretien de 1967 avec Jean-Jacques Brochier, pour le magazine littéraire, disait : " Il y a dans ce que j’écris un principe d’unité. Les périodes, c’est peut-être très commode pour les historiens, mais dans la vie ça n’existe pas."

    L’agonie du PCF n’est certainement pas qu’une affaire d’effacement ...juste au cours de la dernière période ! C’est ridicule. Ni même, comme d’autres le prétendent, qui « osent » remonter plus avant, ...elle ne daterait de « la Mutation » de Robert Hue !... Ce qui veut dire qu’il suffirait de se recentrer sur quelques fondamentaux de patriotisme de Parti, du temps... de Georges Marchais !?!?... Ben voyons !...

    Oui, comme vous (je pourrais dire comme toi...), Marie-Pierre, j’en suis (toujours) un autre, UN communiste parmi d’autres..., « parce que Ralite, parce que Vitez ! Parce que moi aussi je crois au travail de classe c’est-à-dire à l’affrontement capital-travail ! Parce que moi aussi je veux que l’on répartisse et surtout que l’on utilise différemment les richesses..., et parce que moi aussi je veux me battre pour l’émancipation, dans ses différentes dimensions... » Mais ça, c’est du « contenu ». Quid, précisément de la crise d’une certaine forme-parti, corollaire de « l’échec » d’un certain type d’union de la Gauche, comme réponse à 68 ?

    Antoine Vitez est sorti du PCF, moi aussi. Ça ne date pas d’hier. Pourquoi ? Regardez sur cette vidéo comment Marchais traitait encore... en 1989 des dits « communistes critiques » dans notre genre (ici : https://www.youtube.com/watch?v=3K80iLs6wG0&t=5s ) : « - Ils ne représentent rien !... », disait-il...

    Oui, qu’est-ce que le PCF a foutu depuis 68 ? N’a-t-il pas été, au fond, à la ramasse de l’Histoire ? Voilà la seule question d’ampleur qui permet de regarder en face et en grand le problème de son déclin, puis de son « effacement ». Et c’est une question qui ne peut être atténuée par le constat que ce serait pareil pour tous les PC d’Europe !...

    Oui, chère Marie-Pierre, il ne s’agit en outre pas seulement de « respecter la diversité » des communistes... Respecter peut signifier mettre à distance. Prendre en compte cette diversité, dans une conception saine et fraternelle des « rapports de force », c’est plus et mieux.
    Mais malheureusement, c’est maintenant une vieille question !... « Redéfinir la fonction que l’on veut assigner au Parti communiste », ce qui suppose de le « révolutionner » dans son « fonctionnement », cela fait bien un tiers de siècle que la question fut posée en grand !... Si cette question est re-posée hors-sol et hors-temps, et en « oubliant » en particulier de rappeler l’immense gâchis de communistes que "le retard" pris pour l’affronter a occasionné, ...elle reste inutile.
    Et, pardon de cette pique, ...vous pourrez mettre au menu final de la cantine du trente-huitième congrès de ce parti autophage : « du coq au vin »... (= du coco vain) !...

    Aubert Sikirdji Le 22 novembre 2018 à 15:37
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  • J’ai oublié de relever cette affirmation :

    « On a subi un échec, qui est celui du Front de gauche, et l’incapacité structurelle dans ce pays à gauche de se rassembler et de faire en sorte, en 2017, qu’on sorte autre chose que Macron président de la République. »

    Lorsque je parle de commencer par « balayer devant sa porte » (avant d’installer une lunette dans son grenier), cela implique de ne pas se réfugier derrière des généralités, et d’« assumer » un rôle actif dans « l’échec » dont on parle !...
    Car non, « l’échec » du Front de Gauche n’a pas juste été « subi » par le PCF, étant dû à on-ne-sait-quelle tare structurelle de « la gauche » !...
    Je rappelle, pour être précis, que la première lézarde du Front de Gauche fut malheureusement produite il y a un bon lustre, fin août 2013 (-...J’ai vécu cet épisode en direct, au « Remue-Méninges » à Saint-Martin d’Hères, près de Grenoble...-), alors que, dans la perspective des municipales de 2014, ...Pierre Laurent avait reproché publiquement à Jean-Luc Mélenchon un propos jugé exagéré : à savoir d’avoir "confondu la colère et la radicalité avec l’invective", dès lors que celui-ci avait osé parler de ...Manuel Valls comme étant "contaminé par l’extrême-droite"...
    Ouh là !... Quelle outrance en effet !
    En attendant, ...il faudrait savoir vers quelle « gauche » l’on veut se tourner !...

    Aubert Sikirdji Le 22 novembre 2018 à 17:13
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  • Mélenhon voit dans les "gilets jaunes" un mouvement révolutionnaire. Notre Lénine national oublie qu’en 2017 les votants se sont exprimés à 20% pour l’extrème droite, 20% pour la droite extrème et 20% pour la droite de macron. Les voix de la FI se sont portées sur un programme social démocrate. La police et l’armée sont elles prêtes à mettre la crosse en l’air si le "peuple" veut virer les banquiers du pouvoir ? Les manifestants badigeonnés de jaunes demandent-ils seulement le changement de système politique et économique ? Que nenni semble-t-il. Pour un insoumis combien de xénophobes, poujadistes ? Il semble que beaucoup de collabos du système se cachent en jaune pour dire : je veux une plus grosse part du gâteau, ne plus payer d’impôts. Aucune revendication claire sur les profits versés aux actionnaires, sur le déclin des services publics, la xénophobie (au contraire)...la victoire (temporaire) de l’idéologie dominante est patente. Il faut réinvestir ce terrain de toute urgence. Le PCF est absent de ce terrain, la FI n’étant pas révolutionnaire mais populiste "post marxiste"n’ira pas. Qui va s’y coller ?

    jeandu13 Le 22 novembre 2018 à 17:16
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  • Cette analyse n’est pas du Lénine français mais de V.I.O Lénine (l’authentique) Je pense qu’elle vous permettra de comprendre pourquoi on peut effectivement considérer qu’il y a quelque chose de révolutionnaire dans le mouvement populaire (oups, désolé) des gilets jaunes.
    «  Croire que la révolution sociale soit concevable sans explosions révolutionnaires d’une partie de la petite bourgeoisie avec tous ses préjugés, sans mouvement des masses prolétariennes et semi-prolétariennes inconscientes contre le joug seigneurial, clérical, monarchique, national, c’est répudier la révolution sociale. […] Quiconque attend une révolution sociale pure ne vivra jamais assez longtemps pour la voir. »
    Nous sommes un certain nombre qui attendions cette révolution pure. Mais comme le temps passe sans se soucier de nos rêves de la révolution sociale nous sommes passés à la révolution antisociale. Et il se trouve encore quelques brontosaures de la pensée pour croire que le processus qui mène à la révolution est un chemin semé de roses. Pendant que nous débattons sur le sexe de la révolution l’ennemi avance. Le mouvement des gilets jaune est comme le peuple français divers et contradictoire. On peut regarder passer le train ou prendre le risque de se tromper sur sa signification, mais en restant sur le quai il est certain que le train passera sans nous. Il est des moments dans l’histoire des sociétés dont on ne sait pas ce qu’ils peuvent accoucher. Autant être dedans pour au moins ne pas laisser la voie libre à d’autres, moins bien intentionnés.

    choucroute Le 24 novembre 2018 à 09:20
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