Accueil | Par Pablo Pillaud-Vivien | 7 mai 2020

Marlène Saldana : « La culture paie aujourd’hui les décennies de massacres des services publics »

Les annonces du mercredi 6 mai par le président de la République concernant les arts et la culture en pleine crise liée au Covid-19 ont-elles convaincu ? La comédienne Marlène Saldana, co-signataire d’une lettre ouverte dans le Monde qui interpellait Emmanuel Macron sur l’oubli de la culture dans la période, est l’invitée de la Midinale.

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UNE MIDINALE À VOIR...

 

ET À LIRE...

 Sur la prise de parole présidentielle du mercredi 6 mai sur les arts et la culture 
« J’ai trouvé l’attitude du président de la République extraordinaire, complètement exaltée, très boy scout “debout les gars réveillez-vous”. »
« Ca ne m’a pas vraiment rassurée dans la mesure où, de toutes les façons, ça fait un moment que rien n’est rassurant. »
« “Se réinventer” ne veut pas dire grand chose dans la mesure où c’est ce que l’on fait constamment dans nos métiers de la culture, notamment à cause des contraintes financières. »
« Si “se réinventer”, c’est aller faire des prestations dans les écoles comme ça a été proposé, ce n’est pas vraiment une réinvention puisque c’est ce que l’on fait déjà depuis des années. »

 Sur la nécessité de se réinventer en période de confinement 
« On n’a pas attendu le président de la République pour se poser la question de la distanciation sociale dans les théâtres et sur les plateaux de tournage. On n’a pas besoin de quelqu’un qui nous dise quoi faire en la matière. »
« Moi, je fais beaucoup de danse et on passe notre temps à se rouler dessus… Donc en termes de distanciation sociale, ça me paraît compliqué. »
« Je pense qu’il faut continuer de réfléchir, avec tout le monde – et que chacun prenne ses responsabilités et ses décisions. »
« Il faut que chacun mais surtout chaque groupe trouve sa manière de fonctionner. »
« J’espère que la crise liée au coronavirus ne va pas durer toute la vie, que ce n’est qu’un mauvais moment à passer. »
« Pour les plateaux de tournage, ils ont parlé de mettre les équipes ensemble 15 jours en quarantaine pour être sûr que personne ne soit malade… Je ne suis pas sûr que ça marche vraiment. »
« S’il n’y avait pas eu ces années à détruire l’hôpital et le réseau sanitaire, on n’en serait pas là aujourd’hui. »
« On paie des décennies à massacrer le service public – et ça me rend dingue. »

 Sur le style de l’allocution présidentielle 
« “Enfourcher le tigre”, ça me fait penser à Tiger King, la série documentaire sur Netflix. »
« “Enfourcher le tigre”, c’est le côté Clemenceau du président de la République avec ses brigades du tigre. »
« Les manches retroussées et l’air hyper exalté : il y a un côté père de la Nation en marche. »
« Oui, on va y arriver parce qu’on ne va pas se laisser crever mais c’est difficile d’effacer tout ce qui s’est passé dernièrement. »

 Sur la proposition de Jack Lang d’un New Deal culturel 
« L’être humain a besoin d’art pour vivre et imaginer la suite. »
« Un New Deal culturel, c’est bien mais en vérité, cela voudrait surtout dire réparer ce qui a été fait auparavant. »
« Tu cites Jean Vilar mais c’est les années 50 : ce sont des idées qu’on a complètement oubliées pour essayer de faire autrement sans que cela marche totalement. »

 Sur la culture qui deviendrait de l’animation et de l’entertainment 
« Ce qui se passe avec les théâtres notamment pendant le confinement, ce sont des réflexes pour ne pas mourir. »
« Regarder du théâtre à la télévision ou sur son ordinateur, ce n’est pas vraiment du théâtre. Mais je pense aussi que le public n’est pas idiot et le sait. »
« Le public qui regarde le site internet du Théâtre de la Ville ou du Théâtre de la Colline, ce n’est pas, malheureusement, tout le monde (…). Ce public-là, je ne pense pas qu’il préférera regarder du théâtre via un écran. Quand ce sera possible, je pense qu’il fera le choix de revenir dans la salle, c’est certain. »
« Le public du théâtre public est un public exigeant en termes de pensée, de ce qu’on lui raconte ou de ce qu’il voit donc je pense que les gens vont revenir dans les théâtres. »
« Le théâtre, c’est un public ensemble, qu’il soit de 2 personnes ou de 1.000 personnes (oula, je cite la Cité de la Peur) mais c’est surtout se retrouver pour regarder un spectacle en vrai. Et je pense que ça, ça ne mourra jamais. »

 Sur la prorogation des droits des intermittents jusqu’à août 2021 
« Il y a des bémols quant à cette prorogation des droits des intermittents du spectacle jusqu’à août 2021 : il a d’abord dit “je souhaite que” mais ça reste un souhait. C’est Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, qui doit décider… et c’est quand même une autre paire de manche qu’Emmanuel Macron en la matière. »
« De plus, il a certes dit “année blanche pour les intermittents” mais il a ajouté : “on espère qu’on n’en aura pas besoin” et “on va tout faire pour donner des heures aux gens pour qu’ils puissent renouveler leur statut sans avoir besoin de passer par un dispositif dont on ne sait pas ce que c’est”. Je trouve ça pas clair du tout ! »
« Tous les intermittents du spectacle ne sont pas capables d’être devant des enfants et de leur apprendre quelque chose ou de les divertir ! Ca s’appelle la pédagogie et tout le monde ne l’est pas car ça s’apprend. »
« Par ailleurs, les intermittents ne seront de toutes les façons pas en vacances puisqu’en août 2021, il va falloir avoir fait les 507 heures pour bénéficier de l’intermittence du spectacle. Bref, ça ne fait que repousser le problème. »
« Ceux qui vont être le plus impactés, cela va être encore une fois les plus précaires qui ont le plus de mal à faire leurs heures. »

 Sur les gens qui participent du secteur culturel français mais qui échappent aux mesures avancées mercredi 6 mai par le président de la République 
« Il y aurait quelque 270.000 intermittents du spectacle en France et 1,3 million de personnes qui vivent dedans ou à côté du secteur culturel. Les intermittents sont ciblés par le dispositif mais il reste 1,1 million qui font quoi ? Qui vont faire comment pour payer leur loyer et s’acheter à manger ? »
« On m’a dit qu’il y avait un dispositif mis en place pour donner 250 euros aux jeunes qui n’avaient pas assez d’argent pour subvenir à leurs besoins. Mais 250 euros quand on habite à Paris, c’est quoi ? Un demi-loyer quand on a de la chance ! La situation est donc très inquiétante. »

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